‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 46 sur 87 · LA RELIGION DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LA RELIGION DE LA SCIENCE

Quelques adversaires du positivisme ne s'y sont pas mépris, dont Renan, — le Renan jeune, et sincère encore, de r Avenir de la science ; — et ils ont bien compris que ce qui s'évanouissait, dans ce passage de l'un à l'autre point de vue, c'était le mirage d'une religion de la science. Vers le milieu du dix-neuvième siècle, ne pouvant faire que la religion fût une chose assez scientifique à leur gré, quelques philosophes avaient essayé de transformer la science en une religion. On a cru plus d'une fois qu'ils s'inspiraient d'Auguste Comte, et, en effet, nous l'avons dit, le positivisme de Comte devait aboutir à une religion. Mais, au contraire, si la religion de Comte en est une, c'est précisément pour ne rien avoir de scientifique ; et, en fait comme en droit, sa conception de la science a ruiné dans son fondement même l'idée d'une « religion de la science ».

M'objectera-t-on peut-être ici que cette expression de « religion de la science » n'est qu'une manière de parler, une métaphore, — comme

i{)0 l'utilisation du positivisme

« la religion de la souffrance humaine », — et que personne, pas même Renan, n'a commis cette erreur de la prendre au pied de la lettre ? C'est l'objection qui aura tort, et quelques textes suffiront à le prouver. « On n'envisage d'ordinaire la science — lisons-nous dans l'Avenir de la science — que par ses résultats pratiques et ses effets civilisateurs. On découvre sans peine que la société moderne lui est redevable de ses principales améliorations. Cela est très vrai, mais c'est poser la thèse d'une façon dangereuse. La science a sa valeur en elle-même, et indépendamment de ses résultats avantageux. » Quelle peut bien être cette valeur ? Renan, pour nous l'expliquer, s'en prend alors à la u science anglaise », qui, dit-il, « n'a jamais compris d'une façon bien profonde la philosophie des choses ». Ce jeune homme parle là bien irrévérencieusement de Newton I Et il continue : « La science, en effet, ne valant qu'en tant qu'elle peut remplacer la religion, que devient-elle dans ce système ? Un petit procédé pour se former le bon sens, une façon de se bien poser dans la vie, et d'acquérir d'utiles et curieuses connaissances. Misères que tout cela ! Je ne connais qu'un seul résultat à la science, c'est de résoudre

l'énigme, c'est de dire définitivement à l'homme Je mot des choses, c'est de l'expliquer à lui-même, c'est de lui donner, au nom de la seule autorité légitime, qui est la nature humaine tout entière, le symbole que les religions lui donnaient tout fait et qu'il ne peut plus accepter. » Il y revient, en un autre endroit, de peur sans doute qu'on ne l'ait pas compris, et il ajoute : « Que restet-il, si vous enlevez à la science son but philosophique ? De menus détails, capables de piquer la curiosité des esprits actifs et de servir de passe-temps à ceux qui n'ont rien de mieux à faire, fort indifférents pour celui qui voit dans la vie une chose sérieuse, et se préoccupe avant tout des besoins religieux et moraux de l'homme. La science ne vaut qu'autant qu'elle peut rechercher ce que la révélation prétend enseigner '^. « Ai-je besoin de citer encore ? La science, dans la pensée de Renan, n'apparaît-elle pas comme destinée à « remplacer » la religion ? Si la « religion de la science » n'est qu'une métaphore, ne la réalise-t-il pas ? et si l'Avenir de la science est une œuvre de sa jeunesse, qui ne sait que son âge mûr ne s'est en quelque manière

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