‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 49 sur 87 · Voyez, sur l'ensemble de la question, E. de Roberty · texte numérisé non relu

Voyez, sur l'ensemble de la question, E. de Roberty

l'Jncûnnaissable, sa métaphysique et sa psychologie. Paris, Alcan, laaa.

dans des distinctions infinies, l'objet même du débat ; mais il faut refaire le raisonnement du positivisme ; le rattacher, comme nous disions, à la théorie de la « relativité de la connaissance )) ; et, ici encore, voir sortir la métaphysique, une métaphysique nouvelle, du fond même de la doctrine que l'on croit qui l'aurait ruinée, — et qui elle-même l'a cru, dans « sa première phase ». On n'est jamais aussi méchant qu'on voudrait le paraître, et on fait rarement tous les dégâts qu'on avait rêvés I

Nous ne connaissons rien que de relatif, ou en d'autres termes, nous ne connaissons rien que dans son rapport avec autre chose, et, par conséquent, sous la condition et au moyen d'autre chose. Ce serait parler chinois, ou plutôt ce ne serait rien dire, que de dire « qu'un corps plongé dans un fluide perd de son poids le poids du volume de ce fluide qu'il déplace », si nous n'avions pas une certaine idée de ce que c'est qu'un corps, un fluide, un poids, un volume, et de quelques autres choses encore. Nous ne pensons donc le principe d'Archimède qu' « en relation » de ces choses, et le principe lui-même n'a de sens ou de vérité qu'en fonction de ces relations.

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Mais ces relations, nous l'avons vu, ne sont elles-mêmes « scientifiques » qu'autant qu'elles sont « constantes » et « nécessaires » ; et c'est ce qui distingue la relation qu'exprime le principe d'Archimède de celle qui se traduirait dans la phrase suivante : u Au moment qu'il la croyait perdue, Bonaparte gagna la bataille de Marengo. )) 11 faut, pour l'établissement du principe d'Archimède, qu'un corps soit toujours un corps, un fluide toujours un fluide, un poids et un volume toujours un volume et toujours un poids. Il le faut, quel que soit le nom dont on les nomme, et en toute indépendance de la convention verbale qui les désigne par tel ou tel signe et tel ou tel son. Il faut qu'il y ait, du corps et des fluides, une définition fixe et une notion commune, générale, universelle. D'où la tirerons-nous ? De la comparaison que nous ferons entre eux de leurs caractères, laquelle sans doute ne sera qu'une manière encore de penser « en relation » , et de l'expérience que nous aurons des qualités des objets.

Mais, corps ou fluides, quand de l'idée que nous nous en formons, nous avons écarté tout ce qui s'y peut mêler de variable ou de circonstanciel, la définition scientifique s'en

trouve composée de ce qu'il y a d'identique ou de permanent en eux. C'est ce quelque chose d'identique ou de permanent qu'Herbert Spencer, en son langage, appelle « la chose eflective, actaalily », et comme nous n'en pouvons rien connaître, sinon sa permanence et son identité, c'est u cette chose efTective » qu'il nomme l'Inconnaissable. Que dira-t-on qu'il y ait dans tout ceci qui ne soit entièrement conforme à la théorie de la relativité de la connaissance, ou plutôt qui n'en dérive .^ S'il n'existait pas un « inconnaissable )) dont les corps, solides ou fluides, ne sont que des manifestations phénoménales, appropriées, si l'on veut, ou adaptées à nos sens, nous ne pourrions nous former aucune idée, même conventionnelle, d'un fluide ou d'un solide; et c'est ainsi que, de la « nécessité même de penser en relation », se conclut la nécessité d'un « nonrelatif réel » .

Que pouvons-nous cependant savoir de ce non-relatit ou connaître de cet inconnaissable? Il est ! mais est-il autre chose et quelque chose de plus qu'une condition de la pensée ? Car, pour ceux qui n'y prétendent voir « que l'absence des conditions sans lesquelles la pensée est possible », ils le confondent avec 1' u incon

cevable », lequel est tout autre chose ; et pour ceux qui ne sont frappés que delà contradiction impliquée dans la prétention de « connaître l'inconnaissable », ils abusent de la pauvreté du langage humain.

Si nous ne pouvons pas tout connaître de l'inconnaissable, il n'est pas contradictoire d'en vouloir connaître quelque chose; et, au fait, combien n'y a-t-il pas de causes ou de forces que nous ne connaîtrons jamais en ellesmêmes, quoique nous en connaissions et même que nous en gouvernions les effets?

Nous ne pouvons pas non plus nous contenter

de dire, avec le poète :

Il est, il est, il est ! Il est éperdument * ;

et, quoique d'ailleurs cela n'équivalût pas du tout à ne rien dire, on voudrait cependant quelque chose de plus précis. Qu'est-ce donc que l'inconnaissable ? et, d'abord, de la reconnaissance ou de l'aveu que le positivisme en a dû faire, — dont nous avons même vu, sous le nom d'agnosticisme, sortir une doctrine entière ^ — quelles sont les conséquences qui ont suivi?

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