‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 68 sur 87 · Système de Politique positive, t. I, p · texte numérisé non relu

Système de Politique positive, t. I, p

opposons, à ce passage d'Auguste Comte, quelques mots de ce Gondorcet dont il ne s'est pas caché de s'être inspiré, mais dont on se tromperait étrangement de le considérer comme le continuateur, a Si, dans aucun pays, il n'y a eu jusqu'ici de bonnes mœurs, écrivait en 1779 le marquis déjà radical, c'est que nulle part il n'y a eu encore de bonnes lois. Pour détruire les mauvaises mœurs, il en faut ôter la cause. Et quelle est-elle? Il n'y en a qu'une : les mauvaises lois ^. » C'est comme s'il disait de la question morale qu'elle est une a question sociale », et de la (( question sociale » qu'elle est une question politique ou de législation ; — et pourquoi pas une question de forme de gouvernement, de république ou de monarchie ^ ? On ne le croit aujourd'hui qu'en France, à l'école primaire, et,

1. Gondorcet: Réponse à d'Esprémesnil {OEuvres complètes, t. VII).

2. Je veux dire qu'aujourd'hui la forme du gouvernement, « république ou monarchie » n'a plus qu'une importance tout à fait secondaire, et j'entends par là : 1° qu'aucune forme de gouvernement, à l'exception des extrêmes, qui sont l'autocratie et l'anarchie, n'est incompatible avec l'existence des « libertés nécessaires » ; 2" que la réalisation des réformes « sociales » n'est contradictoire avec aucune constitution politique ; et 3" qu'aucune étiquette ne suffit à nous garantir le contenu réel d'une constitution.

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pour notre malheur, dans nos conseils municipaux !

Il y a vingt raisons pour que la politique soit impuissante, nous n'avons garde de dire à résoudre, — car nous croyons qu'on ne la résoudra jamais, — mais à faire avancer la « question sociale )) .

La principale en est celle-ci, que la politique ne se soucie que des intérêts, et le mécanisme, à vrai dire, n'en est-il pas faussé dès que le sentiment s'en mêle? Telle était du moins l'opinion de Machiavel, de Frédéric, et de Napoléon. Mais les progrès de la question sociale ne dépendent que de la « bonne volonté » de ceux qui sont nantis. Faites des lois entre politiciens pour modifier dans son fond le régime de la propriété : vous soulèverez aussitôt contre vous la coalition de tous les possesseurs, et une révolution même ne réussira pas à en triompher. La Révolution française, qui s'est résumée, selon le mot de Taine, en une « translation de propriété » , n'en a pas été une modification; et, d'une classe à une autre, de la noblesse ou du clergé à la bourgeoisie et au paysan, la propriété s'est transmise telle quelle, avec ses droits utiles, ses privilèges et ses modalités. Si les a socialistes » réussissent

à renverser un jour la société capitaliste, on peut prédire que ce ne sera qu'avec beaucoup de capitaux et la complicité du plus grand nombre des capitalistes. Il faut en revenir à la vérité du dicton : Qaid leges sine moribus ? et la traduction que j'en propose est la suivante : « Les lois ne peuvent rien, ni contre ni poar les mœurs. » Ce n'est pas ici le domaine de l'action politique. De la « question sociale », il faut que le citoyen, chaque citoyen, en fasse personnellement son affaire, — moins comme citoyen que comme homme, — et, sinon toujours, mais le plus souvent contre son intérêt, il faut que, de la faire avancer, chacun de nous se fasse une obligation de conscience.

(i Notre civilisation, — dit éloquemment le pasteur Herron, dans un discours intitulé le Message du Christ aux riches, et le pasteur Herron, je le répète encore, est un Américain parlant à des Américains, — notre civilisation est l'épanouissement des caraclcrcs dislinciifs d'une classe dominante ; elle est plutôt un effet qu'une cause ; les forces qu'elle met en œuvre portent une empreinte particulière ; ses énergies sont V expression des sentiments de ceux de qui elles émanent. Aucune civilisation ne peut devenir

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juste ni s'inoculer la justice par la voie de réformes ou de règlements extérieurs. Une civilisation équitable ne peut procéder d'une autre source que de la justice de ceux qui mettent ces forces en action et qui les contrôlent. ^ »

Ce rôle n'est pas, n'a jamais été celui des hommes politiques ; nous ne devons pas souhaiter qu'il le devienne; et c'est pourquoi, quand nous disons que la question sociale est une question morale, nous voulons dire, et nous entendons, avant tout, qu'elle n'est pas une question politique.

Elle n'est pas non plus une « question économique ». Ceci ne signifie point que les économistes n'aient pas voix au chapitre ; et, par exemple, il est clair que, s'il s'agit de modifier les conditions du contrat de louage, ou encore d'assurer le fonctionnement des syndicats professionnels, ce sont les économistes qu'il faudra consulter. Ils étudieront la « position » et les différents aspects de la question ; les hommes d'État s'inspireront d'eux pour formuler un texte de loi ; les jurisconsultes mettront ce texte en rapport et en harmonie avec les lois

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