‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 72 sur 87 · Système de Politique positive, t. I, p. 3G · texte numérisé non relu

Système de Politique positive, t. I, p. 3G

2. Voyez Discours de combat, deuxième série : l'Idée de Solidarité,

l'équation fondamentale 263

ciale » des « prétendus droits humains » ; et si, par exemple, on convenait une fois de définir nos droits par le besoin que nous en avons pour pouvoir procéder à l'accomplissement de nos devoirs, je ne vois pas bien comment Comte s'y prendrait pour en contester la légitimité. Mais c'est assurément un aveu précieux à retenir, qu'il ne saurait exister de u droits véritables » qu'autant qu'on les dérive d'une « volonté supérieure » ou même « surnaturelle ».

Il faudrait encore s'entendre sur « la subordination de la politique à la morale » , qui pourrait aisément devenir — et cela s'est vu plus d'une fois dans l'histoire — l'instrument de la pire tyrannie. La prétention a été celle de Calvin et de Robespierre. Mais c'est en revanche une belle formule, et une formule utile à propager parmi les hommes, que « nul ne possède d'autre droit que celui de faire toujours son devoir * ». Les cas sont assez rares où l'application en serait à redouter, et je n'en vois guère que d'une sorte,

1. Par exemple, et en nous plaçant dans l'hypothèse de Comte, si nous admettons que le père a le devoir d'élever ses enfants, il en résultera, pour l'enfant, un droit à l'éducation, et pour le père, qui en est responsable, un droit à choisir, entre les moyens de donner à l'enfant cette éducation, celui qu'il croira le meilleur.

si, par exemple, nous voulions « faire notre devoir » aux dépens de quelqu'un de nos semblables.

Scientifique, politique, économique donc, si l'on veut, mais secondairement, accessoirement, ou de surcroît, la « question sociale » est principalement, et d'abord, une « question morale ». Yoilà ce que Comte a parfaitement vu. Voilà ce qu'il a voulu dire, quand il a dit que « nul ne possédait d'autre droit que celui de faire toujours son devoir )). 11 a précisé la nature de ce devoir quand, en termes généraux, il Ta fait essentiellement consister dans la « subordination de la personnalité à la sociabilité ». Si la « question sociale » est une « question morale », c'est parce que cette « subordination » de nousmêmes à autre chose ne nous est pas naturelle, et nous ne nous y soumettons qu'au prix d'un effort considérable. « La moralité, dit excellemment M. Th. Ziegler, est un devenir social qui évolue lentement. La victoire du principe moral, dans un individu comme dans le monde, est toujours une œuvre inachevée ^. » C'est dans l'individu que cette « victoire » se réalise d'a-

Page 1