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Bourdaloue: Sermon sur les devoirs des pères

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n'ayant point de « mission )) comme Église, — c'est la liberté spirituelle de l'individu ; c'est la facilité de remplir ses obligations de chrétien ; c'est la possibilité de a disposer des choses dont il était responsable ». Et il était évident, il l'est du moins aujourd'hui pour nous, que, de cette liberté toutes les autres devaient s'ensuivre, y compris la première de toutes, qui est celle de disposer de sa personne. Auraiton d'ailleurs atteint le même résultat d'une autre manière et par d'autres moyens? C'est naturellement ce qu'il est difficile ou même impossible de dire. L'histoire est ce qu'elle est, et nulle occupation ne saurait être plus vaine que de s'amuser à la refaire. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans la mesure oij l'abolition de l'esclavage est un commencement de solution de la « question sociale » on n'y a réussi qu'en traitant la question comme une question morale. Quelque opinion que l'on eût sur les différences qui séparent un individu d'un autre, et un M homme noir » d'un « homme jaune » ou d'un « homme blanc », il a fallu reconnaître, pour pouvoir abolir l'esclavage, que ces différences étaient « superficielles », et que n'altérant, mais surtout n'anéantissant en aucun de nous le fond

commun de l'humanité, l'égalité d'espèce ou d'origine se déduisait de là. Il a fallu définir ou préciser la nature de cette égalité qui, n'étant évidemment ni physique, ni surtout intellectuelle, ne peut donc être que morale, et consister, par conséquent, qu'en une égalité de titres ou de droits, mais de droits fondés eux-mêmes sur une identité d'obligations ou de devoirs.

Ce qu'il y a d'égal en tous les hommes, ce sont, par exemple, leurs obligations de père ou de fils, ou, plus généralement, ce sont leurs devoirs envers les autres, et, plus expressément, ce sont ceux de ces devoirs qui ne sauraient varier avec leur (( condition )). On ne ferait que jouer misérablement sur les mots, si l'on essayait de soutenir que les devoirs d'un père envers son fils dépendent de la a condition » de ce père :

Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre, Est soumis à leurs lois ;

et il est clair que la quotité, si je puis ainsi dire, de l'accomplissement de ces devoirs n'en modifie pas la nature. Mais, si l'on demande là-dessus pourquoi ces devoirs sont conçus comme tels, avec leur force obli^ itoire, et une autorité qui s'oppose à toutes les conventions que l'on ferait

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en vue de nous en libérer, c'est ici que l'on voit se former la liaison de la « question morale )> avec la « question religieuse ».

C'est ce qui nous permet de croire et d'affirmer que, si l'Église n'a pas seule opéré l'abolition de l'esclavage, — et qui donc l'a jamais prétendu? — elle n'en a pas moins été la principale ouvrière de cette révolution. Car, avons-nous besoin de démontrer que ceux-là ont raison qui disent que l'égalité n'est pas dans la nature ? et si quelqu'un soutient qu'un nègre du Congo n'est pas la même espèce d'homme qu'un Italien du temps de la Renaissance ou qu'un native born de Saint-Louis ou de Chicago, quelle preuve du contraire l'histoire et l'expérience pourraientelles nous donner ^ ? La science, apparemment, ne nous la donnerait pas davantage, — anatomie, physiologie, anthropologie, — qui nous montrerait des différences presque plus profondes entre un aristocrate anglais et un Pahouin qu'entre celui-ci et les grands singes anthropomorphes. T^'a-t-elle pas même inventé toute une théorie de la régression de certaines races vers l'animalité, pour nous expliquer précisément ce que

1. Voyez, à ce sujet, Gobin&. : Essai sur l'inégalité des races humaines.

l'énormité de ces différences a physiologiquement d'inexplicable? Il faut donc s'élever audessus de la science et de la nature pour trouver un fondement solide à l'égalité. Disons quelque chose de plus : il faut s'élever au-dessus de l'expérience commune et de la morale vulgaire ; il faut s'élever à une hauteur où ne se sont élevés ni les philosophes grecs, sans en excepter Socrate, ni Çakya-Mouni dans l'Inde, ni même, et quoique survenu six siècles après Jésus-Christ, Mahomet, En fait et dans l'histoire, le christianisme, encore une fois, y a seul réussi.

Et comment y a-t-il réussi ? C'est en faisant de l'égalité un de ces articles de foi qui, peutêtre, ne se « démontrent )> pas plus que les axiomes de la géométrie, ou encore — et jaime mieux cette comparaison — que l'existence du monde extérieur, mais qu'il suffit, pour en faire éclater l'évidence, qu'une inspiration généreuse ait dégagés de l'obscurité dont l'ignorance, les préjugés, les intérêts et les passions les enveloppaient. Que si d'ailleurs ces sortes de vérités ne se u démontrent » point, elles s'établissent, et elles se « prouvent », en dépit des pharisiens de la science, par la nature de leurs conséquences^.

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