GOMMENT LA QUESTION SOCIALE EST SOLIDAIRE DE LA QUESTION RELIGIEUSE
{( Quand même notre constitution cérébrale permettrait la prépondérance de nos meilleurs instincts, leur empire habituel n'établirait au cune véritable unité, surtout active, sans une base objective que l'intelligence peut seule fournir. Lorsque la croyance à une puissance extérieure se trouve incomplète ou chancelante, les plus purs sentiments n'empêchent jamais d'immenses divagations ni de profondes dissidences. Que serait-ce donc si l'on supposait l'existence humaine entièrement indépendante du dehors ?... La religion doit donc, avant tout, nous subordonner à une puissance extérieure dont l'irrésistible suprématie ne nous laisse aucune incertitude^... Au début du siècle actuel, cette intime dépendance restait encore profondément méconnue par les plus éminents penseurs. Son appréciation gra~
1. Il y a ici, dans le texte de Comte : « aucune certltade... », ce qui est un parfait contresens.
l'équation fondamentale 287
dadle constitue la principale acquisition scientifiaue de notre temps ^. w
Je ne feindrai point de m 'étonner que l'on cite rarement ces paroles d'Auguste Comte. On le lit peu ; elles ne sont pas très clairei ; et c'est toute une affaire que d'en expliquer, sinon d'en démêler le sens. Mais elles n'en ont pas pour cela moins d'importance, et on pourrait même dire que c'est une chose capitale d'entendre ici le fondateur du positivisme affirmer, avec cette autorité, ce qu'on appellerait aujourd'hui l'interdépendance de la « question religieuse » et de la « question morale » .
Il n'y a peut-être pas, en effet, d'entreprise où la philosophie du dix-huitième siècle, par l'organe de ses « plus éminents penseurs », se soit acharnée plus obstinément qu'à séparer l'une de l'autre — et de manière à les empêcher de se rejoindre jamais — la morale et la religion. Toute la polémique antichrétienne de Voltaire n'a tendu qu'à ce but ; et, sur les ruines de l'orthodoxie confessionnelle, c'est l'autonomie, d'abord, et ensuite la souveraineté de la morale que l'auteur de la Profession de foi du vicaire savoyard