H. de Balzac : l'Envers de V histoire contemporaine
tant d'autres, ne sont que des contrefaçons de religion — peuvent seules répondre à ces questions, et toutes les fois qu'on y répond, et de quelque manière qu'on y réponde, on fait de la métaphysique ; et selon le sens de la réponse qu'on y fait, cette métaphysique est « confessionnelle », puisqu'elle est celle du bouddhisme, ou du judaïsme, ou du christianisme.
Quand on dit que la « question morale » est une (( question religieuse », on veut donc dire, premièrement et en fait, qu'on ne connaît point dans l'histoire de système de morale qui ne soit l'application à la conduite humaine d'une conception religieuse, — à moins que ce ne soit la morale « sans obligation ni sanction » de Guyau, laquelle d'ailleurs est tout ce que l'on voudra, mais non pas une morale ; — et on veut dire, en second lieu, que la raison ne saurait concevoir d'obligation ni de sanction qui ne soient ultra ou supra-rationnelles.
Mais on veut dire encore quelque chose de plus; et on entend, avec M. Benjamin Kidd, dans son livre sur U Évolution sociale, que, les « questions sociales » étant des u questions morales », et les « questions morales » des « questions religieuses », les « questions sociales » sont
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donc, en dernière analyse, des « questions religieuses ».
tt M. Herbert Spencer, écrivait M. Kidd il y a quelques années, déplore que l'élément surnaturel dans la religion survive avec force jusque dans notre époque. » Toutes les croyances religieuses, officielles ou dissidentes, impliquent, dit-il, la croyance que le bien et le mal sont tels simplement en vertu d'une ordonnance divine. « Gela est vrai, et non pas en vertu de quelque instinct humain insignifiant. Cela est vrai en vertu dane loi fondamentale de notre évolution sociale... Les croyances religieuses ne sont pas simplement des phénomènes particuliers à l'enfance delà race. Elles sont des éléments caractéristiques de notre évolution sociale... Elles sont les compléments naturels et nécessaires de notre raison, et loin d'être menacées d'une dissolution éventuelle, elles sont probablement destinées à croître et à se développer en même temps que la société, conservant comme élément immuable et commun la sanction supra-ralionnelle qu'elles offrent à la conduite humaine ^. »
l . Benjamin Kidd : VÉvolalion sociale, traduction française, p. 112, 113, 114.
C'est à peu près la même chose que le docteur Herron veut dire quand, après avoir affirmé que {( l'étude consciencieuse de la marche du progrès dans l'histoire nous révèle la présence d'un gouvernement invisible et de lois que nous ignorons, bien qu'elles aient sur nous plein pouvoir )) ; il ajoute, en précisant ce que son observation semblerait avoir d'abord d'un peu banal : u Les institutions humaines sont toujours la mise en œuvre d'une conception religieuse donnée » ; ou encore : « Toutes les tentatives de réforme se rencontrent dans l'efTort de traduire le christianisme en doctrines et en institutions politiques » ; et ailleurs, et enfin : « Le christianisme n'est pas une forme de culte, mais un idéal social à réaliser dans une société d'hommes... Le caractère foncièrement social de l'expérience religieuse, voilà le fait fondamental de la religion ^. »
Et, à notre tour, si nous n'avions peur que la figure en parût bizarre, c'est ce que nous résumerions, en même temps que l'idée de cette étude entière sur l'utilisation du positivisme, par la formule suivante :