II. Etude Anatomo-pathologique
. Anatomie Macroscopique. — KElle a déjà été largement esquissée au chapitre précédent ; il nous restera cependant à préciser que l'aspect des lésions est très différent suivant qu’on se trouve en présence d’altérations nouvelles, ou ayant déjà évolué dans le temps. Les tumeurs récentes, en effet, sont formées par la réunion d’un plus ou moins grand nombre de poches, de dimensions variant d’une lentille à une noix, et même plus. On a comparé assez justement cette formation à une éponge, imbibée du liquide crémeux dont nous avons parlé plus haut.
Les tumeurs anciennes, au contraire, ont une consistance nettement solide. Ce sont de petits nodules roulant sous le doigt, souvent mûriformes, ou encore des productions donnant l'impression de plaques d'ivoire enchâssées
No
entre le derme épaissi et l’hypoderme. On observe alors assez souvent en surface le phénomène de la peau d'orange.
Anatomie Microscopique. Suivant l’âge de la tumeur observée, on peut distinguer trois types de lésions.
1° L’altération histologique initiale, paraît être un nodule formé par une agglomération de cellules, du type appelé jadis du nom général de cellules embryonnaires, et représentées ici surtout par des éléments se rapprochant du type lymphocytaire. Ces nodules contiennent un assez grand nombre de cellules géantes, énormes, visibles même aux faibles grossissements. DARIER fait remarquer qu'il s’agit de productions analogues aux tubercules. Mais on ne trouve, au grand. jamais, la moindre tendance à la caséification, ce qui éloigne logiquement toute idée de tuberculose possible ; de plus, les cellules géantes qui parsèment ces nodules sont de véritables plasmodes (FEr- NET et NAHAN) bien vivants, à noyaux extrêmement nombreux, et où le protoplasme paraît de ce fait relativement peu abondant. Ces cellules géantes, qu’on ne saurait confondre avec les cellules de Lancnans, à centre acidophile, des tubercules, nous ont paru assez différentes aussi des plaques syncitiales qu’on trouve dans les oléomes ou dans d’autres affections dont l’origine irritative par corps étrangers est indubitable.
Ces altérations initiales, très visibles sur les planches du mémoire de Mira (1900), sont assez difficiles à retrouver sur toutes les préparations microscopiques. Il faut, de toute nécessité, pour courir la chance . heureuse d’en rencontrer sur des lésions déjà anciennes, faire porter la coupe histologique, ou sur la peau qui recouvre la concrétion calcaire, où, mieux encore, sur les parties des téguments immédiatement voisins de la région altérée.
2° Après une certaine évolution, on sait que le centre du nodule crétacé fond et se trouve comme remplacé par une véritable boue calcaire renfermant une multitude
Émis
de grains. Les parties centrales des préparations n'offrent pas d’autres figures.
Le tout est entouré par un tissu fibreux, creusé de cavités kystiques avec cristaux réfringents. On y trouve les mêmes cellules géantes et mononucléaires que JEANNE et NiCozLE (1901) considèrent comme ressemblant à des cellules de sarcome.
3° Enfin, quand la calcification en masse des lésions s’est progressivement complétée, on observe l’aspect histologique suivant : é
L'épiderme est généralement aminci, les papilles dermiques sont affacées, mais on retrouve intactes ses diverses couches.
Le derme est plus ou moins épaissi ;: on y rencontre un certain nombre de grains calcaires qui deviennent plus confluents dans les parties profondes, et se retrouvent plus nombreux dans l’hypoderme.
La substance calcaire se teinte elle-même vivement et d’une façon diffuse. Elle est formée de cylindres juxtaposés. d'aspect grenu, légèrement sinueux, avec, par place, des images cristallines ; la coloration générale est bleu sale avec l’hématéine-éosine, bleu intense avec le polychrome de Uxna et la thionine, gris sale avec le VAN GïrEson.
Autour de ces substances crétacées, on constate des figures plus curieuses encore : la lumière de certains capillaires ‘dilatés renferme des granulations calcaires indubitables, si'bien que les formations les plus anciennes ont pu sembler consécutives à des lésions oblitératives des vaisseaux. On retrouve à ce stade des nodules à centre calcifié, à bordure cellulaire encore reconnaissable, ou encore des sortes de kystes calcaires à coque conjonctive, renfermant des grains réfringents disséminés, de petites cellules rondes, des mastzellen, des fibroblastes, peu ou pas de plasmocytes, et des fibres collagènes : étirées (GizgerT et PoLLET).
On trouve parfois quelques cellules géantes même dans cette zone dépourvue de réactions leucocytaires de voisinage, comme CHaurrarp et M. Wozr en ont signalées dans les tophi goutteux. |
Les capillaires visibles sur chaque champ microscopique de nos préparations personnelles nous ont particulièrement frappé, par leur grand nombre et leurs dimensions. Et, dans les points où ils se présentaient obstrués par des -concrétions minérales, l’aspect rappelait vraiment celui des psammomes. Avant nous, cette remarque avait déjà été faite à plusieurs reprises : Durer le signale dans son mémoire, et CorniLz, examinant les coupes de cet auteur, avait conclu à un endothéliome calcifié de la peau.
Enfin, on peut observer de simples grains calcaires, d'apparence cristalline, dont certains sont pigmentés, sans doute compris eux aussi dans la lumière d’un vaisseau de moyen ou de petit calibre et qui ont pu simuler, aux yeux de certains auteurs, des figures de coccidies.
En’ dehors de ces altérations diverses, assez spéciales pour l’œil de l’histologiste, il n’y a pas l’altérations des glandes sébacées ou sudoripares (sauf éventuellement quelques transformations kystiques), pas d’altérations des fibres nerveuses, pas d’éléments de transformation osseuse caractéristique ; mais les vaisseaux, dans leur ensemble, sont véritablement atteints d’endopériartérite.
Nous ne saurions passer sous silence le mémoire de Parrassr (1929), qui, s’il ne dissipe pas les obscurités de la question qui nous occupe, a fait un effort d'analyse et de discrimination des plus intéressants concernant les aspects microscopiques observés ; il y distingue :
1° Des faits d’'hyperplasie, avec transformation fibreuse du tissu conjonctif dermo-épidermique.
2° Des faits de calcification étendue, sous forme d’imprégnation, de précipitation, ou même (fait assez particulier) d’ossification.