PRONOSTIC, DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Si l’évolution des concrétions calcaires peut, à l'extrême rigueur, se faire vers la cachexie, cette éventualité est heureusement fort rare, et le pronostic des concrétions calcaires sous-cutanées ne comporte pas de gravité réelle, chez un sujet sain.
La dissémination cependant sera d'autant plus à craindre
que la maladie évoluera chez un individu plus jeune.
Le diagnostic positif de concrétion calcaire est fait habituellement à la période d'état. Il reposera alors sur les trois grands signes dont nous avons parlé, c’est-à-dire :
SA
dureté pierreuse de la tumeur, adhérence à la peau,
mobilité sur les plans profonds. La radiographie sera d’un très grand secours en précisant le siège et la nature de la tumeur. Elle permettra également de déceler les lésions jeunes, encore molles, en voie de calcification.
L’affection avec laquelle les concrétions calcaires sont le plus souvent confondues est la goutte à tophi. La localisation des tumeurs calcaires est cependant plus éloignée des articulations, en général. L'évolution aussi est différente et les concrétions sont habituellement moins douloureuses. La radiographie tranchera les doutes, en montrant la transparence des tophi goutteux (urates et acide urique). En cas d’ulcération de la masse, l’analyse chimique ne manquera pas de révéler l’absence de ces corps. ë
On évitera également de confondre, par un examen trop sommaire, les concrétions . calcaires sous-cutanées avec d’autres formations calcaires, phlébolithes, kystes, fibromes ou épithéliomes calcifiés, filaires cor (dans les pays chauds), etc...
On pensera encore, pour les éliminer, aux éxostoses: ce qui ne souffre guère de difficultés, et aussi à ces curieuses nodosités juxta-articulaires, décrites par JEAN- SELME (1900). Ce sont des nodules sous-cutanés, saillants, durs, pouvant atteindre les dimensions d'un, œuf de poule, et mobiles à la fois sur les parties sous-jacentes et sous la peau. Symétriques et indolentes, ces nodosités siégent avec prédilection près des articulations, surtout à la surface d'extension des coudes et des genoux. On sait aujourd'hui que ces altérations, rarement vues en France, sont dues tantôt au parasite du pian (tréponéma perté-
nuis), tantôt au tréponéme pâle, et guérissent par les arsénos.
En cas de difficultés diagnostiques improbables, une biopsie (à défaut d’une radio) montrera la masse uniquement composée de «conglomérations fibreuses plus ou moins dégénérées (ELIASCHEFF) ».
Il en serait de même pour les nodosités diles rhumatismales (Troïsttr, MEyNet), petits nodules sous-cutanés fermes, qu’on ne saurait confondre avec les concrétions calcaires sous-cutanées, ne fût-ce que du fait de leur évolution rapide et en plusieurs poussées successives.
Cependant on en a vu persister des mois et même des années.
On ne confondra pas non plus les concrétions jeunes, encore molles, avec des abcès froids. Cela ne pourrait guère se produire que dans le cas de lésions petites et pour ainsi dire naissantes. L'évolution naturelle de ces deux ordres de lésions ne tarde pas à mettre en relief leurs différences physiques fondamentales ; d'autant que
NE | DE la transformation calcaire de nos granulomes a. pour caractéristique d’être extrêmement précoce.
Il ne faudrait pas plus prendre un débris calcaire, pointant par exemple au fond ou vers les parois d’une ulcération, pour un séquestre osseux, comme cela avait été fait d’abord pour notre second malade.
Enfin, certaines localisations juxta-articulaires, par leur symétrie et leur disposition générale (conglomération de masses müûriformes, absence ou peu de netteté des points de dissémination périphérique) pourront faire penser d’abord à certain hygromas chroniques à transformation calcaire (Mirran), ainsi que cela aurait peut-être pu se produire dans notre observation I. Il ne faudra qu'un examen plus attentif, détaillant la lésion à l'œil et au doigt, pour rectifier ce diagnostic. Cependant l’analogie avec les collections froides en voie de résorption et de transformation peut être, dans un cas donné, assez grande pour réclamer l'examen histologique, examen qui fait, comme on l’a dit, la spécificité de nos concrétions granulomateuses.
Le traitement sera surtout chirurgical : ablation précoce des tumeurs et chasse aux essaimages, révélés surtout par la radiographie. Quels que soient le soin et la précocité de l'intervention, on ne peut jamais garantir qu'il ne se produira pas de récidives ; il y aurait lieu alors de les extirper à leur tour.
Le traitement médical pourra peut-être avoir A utilité dans certains cas. Si l’on suspecte une altération du système endocrino-sympathique, on aura recours à l’opothérapie pluri-glandulaire, selon Wei et Wrissmann-
NeTter et, plus récemment, Georges Lévy.
En tous cas on fera bien d'’écarter autant que possible du régime des malades, les aliments’ riches en sels de chaux, tels que les légumes, le lait, les eaux minérales