‹ Sur les Concrétions Calcaires sous-cutaneesChapitre 8 sur 28 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I (personnelle — inédite)

Yvonne V..., jeunc fille de 32 ans, lingère.

Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants, âgés de 6% et 62 ans. La mère a fait trois fausses couches ; elle a eu sept

enfants, dont trois Sont morts en bas âge ; quatre sont actuellement vivants : À

1° Notre malade.

2 Une fille, mariée, mère de 2 enfants ; elle a eu un point de pleurésie et est « un peu faible de la poitrine ».

3° Une fille, bien portante.

4° Un garçon, actuellement soldat. Il a été réformé deux fois pour otite. i

Antécédents personnels. — Née le 17 février 1898. -A 2 ans, bronchite grave. Vers 13 ans, albuminerie. Réglée à 16 ans, elle n’a jamais rien présenté d’ancrmal de ce côté.

La malade a toujours été « faible des jambes », au point de n’avoir jamais pu supporter le port de chaussettes (?). L'hiver, elle souffre particulièrement d’avoir froid aux pieds et aux mains.

Pendant l'occupation allemande, en 1916, une grippe grave la tient au lit durant assez longtemps, mais guérit sans séquelles.

En 1922, Yvonne V.. commence à se plaindre des genoux. Ses douleurs sont qualifiées rhumatismales (frictions, enveloppements ouatés, baume tranquille, etc...)." L'année suivante apparaît une pélite tuméfaction à la face antérieure de la jambe gauche, sous la pointe de la rotule ; une « grosseur » symétrique se montre bientôt à droite. Ces deux tumeurs, du volume d’un pois à leur début, augmentent peu à peu de dimensions, la gauche restant plus importante que la droite. Elles sont d’une dureté pierreuse, sensibles au toucher, roulent sur les plans profonds, mais adhèrent à la peau. De par le siège des lésions, la maladie mérite assez bien le nom d’hygromas calcifiés.

Un peu à la fois, l'état général de la malade fléchit ; elle est fati-

EAN guée, la marche lui devient pénible, il lui semble, dit-elle, Ée « de l’eau froide lui coule le long des jambes ».

En 1927, elle se présente à la consultation de Mle Pr Dane. On fait le diagnostic de concrétions calcaires, et la malade est adressée à la Charité. Opération le 13 novembre 1928. SE funes opératoires sont normales.

Actuellement, Yvonne V.. paraît complètement guérie. “Les « cicatrices, linéaires, sont Here Il ne s’est produit aucune récidive. L'état général s’est beaucoup amélioré, maïs reste assez précaire, avec un certain degré d’anémie. L'appétit est très médiocre : l'estomac ne tolère aucun aliment gras. à

Les mains sont habituellement froides, mais la peau y est normale et ne présente, en tous cas, aucunement l'aspect sclérodermique. La malade est une lingère fort adroite.

Le corps thyroïde est un peu volumineux à la palpation, Le reste de l’examen est absolument négatif.

La malade a fait une chute, il y a six mois, et s’est fracturé le coude gauche ; consolidation parfaile, aucune impotence fonctionnelle durable.

La radiographie que nous reproduisons, due à l'obligeance de M. le D' Desprarts, montre bien l'aspect müûriforme des masses caltaires. Elle n'indique la présence d'aucune lésion jeune aux énvirom des plaques crétacées, opaques. Elle précise enfin la situation sougcutanée des lésions et montre ces dernières parfaitement indépendantes des os, eux-mêmes absolument intacts.

L'analyse chimique des concrétions calcaires de cette malade a a été faite par notre ami, M. Pacer, que nous remercions de son obligeance.

Cette recherche a donné les résultats suivants :

Analyse qualitative. — Le fragment choisi pour cet examen est traité par l'acide chlorhydrique au 1/10, et s’y dissout en partie ; on relève la présence des ions phosphorique, carbonique et calcique. Dans la partie résiduelle, on trouve des traces de magnésium et d’acide phosphorique.

Analyse quantitative. — Techniques employées :

1° Le calcium a été dosé après précipitation à l’état d’oxalate de chaux et transformation en CaO par chauffage, puis pesée.

2° L’acide phosphorique a été précipité à l'état de phosphate.

ammoniaco-magnésien, puis pesé à l’état de pyrophosphate de magnésie.

: rie,

3 Le carbonate de calcium a été dosé par différence. Les résultats sont les suivants :

Poids de l'échantillon prélevé (échantillon débarrassé le plus possible des débris de tissus qui l’en-

MR TU NOR EN ET A SE EP GARE FREE o gr. 26 ORSTSTARCE En nr Ce RE EURE ESS . très dure Poids du résidu insoluble dans l'HCI à 1/5... Fate o gr. o6 LH DHalender Cham... SAS LU NE be ntrée de Se 16 centigr. 94 Carbonate de chaux RE D Mana LR 2 centigr. 3

ù Phosphate Ce qui fait, pour le rapport ——————, une valeur de 7,37, voisine

: Carbonate ;

-de celle qui existe, entre ces mêmes éléments, dans les os humains (7,6). |

On a donc, en résumé

Poids de l'échantillon ; nl Sn o gr. 26 Qui se répartit en : = Phosphate- de :chaux 5..." 0,1694 (65 %) (arbonate- de: Cham. 25250 . 0,023 (58508) isole es Eee eat 0,00 0,2924

La différence (8 milligr.) étant imputable aux pertes inévitables dans de tels dosages.

Le fragment choisi pour l’examen histologique, après décalcifi- -calion, a été débité en coupes larges qui ont été colorées par l’hématéine éosine, par le Van Gieson, par la thionine phéniquée et par le Ziehl (5). : >

Au microscope, on constate que les tissus sont creusés d’un grand nombre de cavités irrégulières, à parois fibreuses, denses. Ces poches contiennent de volumineux débris calcaires, colorés le plus généralement d’une façon violente et diffuse, et de volume très inégal, depuis des plaques anguleuses, à une sorte de poussière ou ‘sable, formé de grains inégaux, sans structure cristalline apparente. Ces productions pseudokystiques, où il y a parfois comme une réaction

(1) Nous tenons à remercier tout spécialement M. le Professeur DANEL d'avoir bien voulu examiner et analyser nos préparations microscopiques. Son avis autorisé nous à été particulièrement précieux. Nous remercions également M. le Professeur DELATTRE de l'aimable concours qu'il nous à apporté dans nos recherches.

bourgeonnante des parois conjonctives, sont visiblement dispersées dans le tissu adipeux sous-cutané, reconnaissable à ses lobules sains ou envahis par des vaisseaux assez nombreux. L'ensemble de ces altérations est limité profondément par l’aponévrose tendineuse ou musculaire. : : *

L'examen des parois fibreuses elles-mêmes montre l'existence de faisceaux collagènes denses, tassés les uns contre les autres et très pauvres en cellules. De nombreux vaisseaux de petit calibre y sont disséminés, mais surtout dans les parties périphériques, où le tissu conjonctif, plus lâche, affecte l’apparence d’une adventice qui double la coque fibreuse des cavités précitées. De rares amas de petites

cellules rondes sont notés dans ces parois fibreuses mêmes.

L'ensemble des préparations n'offre guère à étudier que ces figures histologiques. Il n’est cependant pas impossible, /sur quelques préparations, de retrouver des amas cellulaires du type embryonnaire, avec des cellules multinucléées. Ces dernières contiennent des noyaux en nombre variable ; elles ont un protoplasma bien coloré, vivant ; d’autres cellules de ces rares amas n’ont qu’un noyau, mais leur protoplasma assez abondant et leurs contours assez iréguliers font

penser à certaines cellules de sarcome polymorphe.

Pas de plasmocytes ; fibroblastes peu nombreux ; et, dans toute la masse, disséminés ça et là, pelits corpuscules calcaires, comme erratiques, amorphes ou cristallins, ces derniers à peine teintés,

translucides. L'examen des préparations colorées au Ziehl n’a montré.

aucun bacille de Koch.

Les parois des nombreux petits vaisseaux, du type capillaire ou supra-Capillaire, sont épaissies et hyalines ; il semble que certaines d’entre elles soient devenues comme des anneaux rigides, par transformation calcaire.

Il y à des dépôts de pigment sanguin bien visibles ça et là sur les coupes.

En résumé, les nombreuses préparations que nous avons examinées sont caractérisées par des cavités à contenu calcaire et à parois fibreuses, denses. Comme dans toutes les lésions anciennes, les productions susceptibles de rappeler l’aspect granulomateux sont rares ; mais on ne peut pas dire cependant qu'elles sont inexistantes.

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ù OBSERVATION II (personnelle — inédite)

Henri V..., homme de 44 ans, cordonnier. Ÿ

Antécédents héréditaires. — Son père et sa mère vivent encore et sont bien portants. Sa mère n'a pas fait de fausses couches, mais elle a perdu 4 enfants à leur naissance ou en bas âge. Neuf ont vécu ; un frère de notre malade a été tué à la guerre ; actuellement, il reste 4 garçons et 4 filles, tous bien portants et mariés, totalisant 8 enfants vivants, en parfaite santé. En DANSE il,n'y a aucun tuberculeux dans la famille.

Antécédents personnels. — Né le 26 février 1886, à terme. À l’âge de quatre ans, il renverse sur lui un bol de café hbouillant et se fait des brûlures graves aux deux jambes. Il séjourna alors au moins deux ans à l'Hôpital de la Charité, dans le service de M. le P' Dürer. Les plaies guéries, on doit combattre les rétractions consécutives par l'application d’appareils divers.

À :5 ans, la jambe gauche est encore en forte flexion. La marche, très pénible, ne se fait que sur la pointe du pied ; puis, peu’à peu, les tissus s’assouplissent, la jambe se redresse et la marche redevient presque normale.

Réformé en 1907, Henri V... se marie en rorr. Sa femme est bien portanie, ne fait pas de fausses couches, mais, sur quatre grossesses, elle n’a qu'un enfant vivant : les trois premiers sont morts « de méningite » : le premier à la naissance, le second à r an, et le troisième à 15 mois. Le quatrième, enfin, est un très beau bébé, qui a obtenu autrefois un premier prix au concours du Palais Rameau, à Lille. Il a actuellement 10 ans, et se porte très bien.

Henri V... jouit d’une bonne santé ; son état général est excellent. L'examen de ses divers organes ne montre rien d’anormal.

En rg11, M. le Pr CamgLor l’a opéré d’un papillome de la vessie ; en 1928, il lui a fait un retournement de la vaginale, pour hydrocèle.

Histoire de la maladie. — Dans le courant de 1928, le malade, qui souffre toujours un peu des cicatrices de ses jambes, remarque une petite tumeur située à la face antéro-externe, à l’union du tiers moyen et du tiers inférieur de la jambe droite ; cette tumeur, de la dimension d’une pièce de 50 centimes, n’est pas douloureuse. De consistance extrêmement dure, elle glisse facilement sur les plans profonds de la jambe, mais adhère à la peau. Ses dimensions n’augmentent pas sensiblement.

Le 7 juin 1929, chute sur la jambe droite : une plaie au niveau de la face antérieure du tibia est soignée au Dispensaire de

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