LE VIGNOBLE DE BEL-ABBÈS
Polonais — et la maîtrise de ses exécutions, mérite la réputation dont elle jouit même en dehors de l'Afrique. Les Algériens n'hésitent pas à la mettre en parallèle avec la musique de la Garde républicaine de Paris. En tout cas, c'est un des charmes de la petite cité oranaise d'entendre ses belles marches en tête du régiment, sa retraite mensuelle aux flambeaux, ou ses beaux concerts sous les magnifiques ombrages du Jardin public.
Dès qu'on a franchi les murs de Sidi-bel-Abbès et qu'on s'élève sur un des monticules qui encadrent la ville, on voit s'étendre à perte de vue d'immenses vignobles. Leurs ceps, géométriquement alignés, à peine relevés çà et là de quelques rangées d'oliviers au feuillage argenté, couvrent de leur réseau uniforme la vaste plaine ondulée que bornent au nord la majestueuse pyramide du Tessalla et au sud la sombre ligne de la forêt deDaya. L'uniformité des cultures, la régularité des plantations et l'absence d'arbres, de friches, de bois, font de ce paysage un des plus monotones qui se puisse imaginer, mais aussi un de ceux dont l'aspect donne la plus saisissante impression de l'immense labeur accompli, de la prodigieuse richesse créée en quelques années par l'opiniâtreté du génie français. Les Oranais peuvent être fiers de leur œuvre ! En contemplant ce prodigieux vignoble, dont notre Midi ne peut montrer de plus beau, je puis à peine croire qu'il y a à peine trente ans, alors que le pays était encore secoué par la révolte de Bou-Amama, je suis sorti de ce même Bel- Abbès, escorté de quelques spahis, et que, pour gagner la forêt de Daya, nos chevaux piquant à travers la plaine ne foulaient au pied que des landes incultes à demi embroussaillées de palmiers nains. Aujourd'hui, de tous côtés au milieu des cultures, se dispersent des fermes riantes ; sur des routes, belles comme celles de notre France, de lourds attelages, chargés de marchandises, se croisent sans cesse avec les rapides autos que possèdent aujourd'hui tous les fermiers, et sur les prodigieux sillons qui
mesurent parfois un kilomètre de longueur, les charrues s'alignent en théories, labourant sept et huit à la fois de concert ces clos de vignes qui couvrent chacun une centaine d'hectares. C'est, croyez- m' en, tm beau spectacle et qui fait tressaillir notre cœur de Français.
Au travers de cette plaine serpente ime petite rivière, la Mékerra, à peine large de 5 à 6 mètres, encaissée dans des berges croulantes; mais, tout modeste qu'il soit, ce cours d'eau descendu des monts de Daya a l'avantage de couler d'une façon constante, et il n'a pas peu contribué à la prospérité de ce pays, grâce au judicieux aménagement dont il a été l'objet. Arrêtée sur de nombreux points par des barrages, la Mékerra alimente un ingénieux réseau de distribution d'eau à ciel ouvert, que l'on dit avoir été inspiré par les premiers colons espagnols venus ici après l'occupation française et qui auraient imité les séguias des jardins de Valence ; mais, les Arabes ont de tout temps été maîtres dans cet art de canalisation. Quoi qu'il en soit, rayormant des rives de la Mékerra, de petits canaux cimentés parcourent en tous sens la plaine, s'étagent à divers niveaux et distribuent la fraîcheur et la vie sur une vaste étendue du sol ; leurs scintillants ruisselets parcourent même en tous sens la ville et cascadent au long de ses promenades.
De Sidi-bel-Abbès à Tlemcen. — Première impression. — Situation et climat de Tlemcen. — Aperçu historique. — La ville et le ISIéchouar. — Arabes et KoulougHs. — Le quartier juif. — Visite de la Grande Mosquée. — Le « Bois de Boulogne >> tlemcénien. — Koubbas et sanctuaires. — Le village sacré de Bou-Médine. — • Les cascades du jNIefrouch.
Ce n'est qu'à tme quarantaine de kilomètres de Sidi-bel-Abbès que le chemin de fer quitte la plaine et commence à aborder le