LAMORICIÈRE
superbe massif de l'Atlas tlemcénien dont les sommets dentelés, argentés, à cette époque, de plaques neigeuses, barrent complètement l'horizon. A la petite station d'Aïn-Tellout, les rochers succèdent brusquement aux monotones vignobles ; de petits torrents bondissent au fond des ravins encadrés de lauriersroses, et un maquis de broussailles aux élégants feuillages, lentisques, micocouliers, arbousiers, thuyas nains, genévriers, couvre les pentes où s'accrochent de branlantes masures arabes.
I^a voie s'élève rapidement et, tandis qu'à notre gauche les hautes croupes s'amoncellent, à droite se déroulent de pittoresques panoramas de collines verdoyantes, de profondes vallées. A Lamoricière, petite ville européenne, qui rappelle le nom d'un des plus glorieux conquérants de l'Oranie, on franchit les gorges où bondit l'Isser et au delà on entre en pleine montagne. I,e paysage devient de toute beauté : la voie s'accroche aux parois de basalte, se tord au flanc des ravins, se faufile dans de courts timnels, puis, en un éclair, laisse apercevoir un échelonnement de cascades s' effondrant dans un gouffre étroit et ressort dans \in parc merveilleux dévalant vers la plaine.
Quelques instants après, encore éblouis de cette succession un peu brusque de tableaux si divers, nous débarquons à Tlemcen. Il est l'heure du déjeuner, et, au galop, passant la haute porte de l'enceinte, enfilant des rues qui nous semblent sombres, étroites et sans caractère, l'omnibus nous dépose à l'Hôtel de France, antique hôtellerie, dont l'aspect espagnol n'exclut cependant pas un modeste confortable.
Disons tout de suite que Tlemcen est, sans conteste, une des villes les plus intéressantes de l'Algérie et qu'elle mérite plus que toute autre qu'on s'y arrête au moins deux ou trois jours, à peine sufiisants pour voir les curiosités qu'elle renferme et les principaux points de ses admirables environs.
Aucune autre ville de notre Afrique du Nord, sauf Kairouan,
ne peut rivaliser avec Tlemcen pour le nombre et la beauté des monuments de l'époque arabe qu'elle a conservés ; mais, où l'antique capitale maugrebine éclipse complètement la célèbre cité tunisienne, c'est par l'incomparable beauté de son site.
Construite, à plus de 800 mètres d'altitude, sur une large terrasse qui s'appuie, au sud, à l'imposante falaise rouge du mont Nador haut de plus de 1 500 mètres, elle domine un admirable panorama de collines et de plaines qui s'étend jusqu'à la longue rangée des monts des Traras, derrière lesquels la Méditerranée agite ses flots bleus. Du plateau de lyClla-Setti qui la surplombe, ruissellent en cascades des ruisseaux nombrevix dont les eaux vivifiantes transforment le sol rocheux en un luxuriant verger, encadrant la ville d'un parc merveilleux, où les orangers et les citronniers, les cerisiers et les pêchers se mélangent aux oliviers nouexix, aux caroubiers, aux térébinthes géants.
A ces eaux de source si abondantes, Tlemcen joint le privilège d'un climat tout à fait exceptionnel pour cette région africaine. « lycs pluies sont fréquentes à Tlemcen, dit M. de Lorral ; elles commencent généralement en octobre et se continuent avec des alternatives de beau temps jusqu'en mai et en juin. Les pluies printanières et les brouillards du matin, très fréquents, même en jvdllet, contribuent à donner à la végétation un caractère de permanence qui, l'été, étonne le voyageur. On est surpris de trouver de la verdure à Tlemcen après avoir traversé, pour y arriver, d'immenses espaces où la végétation est arrêtée dès le mois de juin par la sécheresse. I^e sirocco ou vent du sud souffle assez rarement à Tlemcen, et seulement par série de deux ou trois jours au plus. Enfin les grandes perturbations atmosphériques y sont également rares. I,e tonnerre ne gronde guère qu'en hiver et au printemps. I,es orages passent rapidement sur la ville, entraînés au loin, ordinairement vers le sud- est, par des courants d'ime violence extrême. »