TLEMCEN
Ce qui fait la haute valeur et l'intérêt des monuments de Tlemcen, c'est qu'ils appartennent à ce que l'on considère comme l'époque, sinon la plus pure, du moins la plus élégante de l'art arabe. En effet, les principaux de ceux qui décorent encore la ville datent des xiii^ et xrv« siècles, c'est-à-dire qu'ils sont contemporains de l'Alliambra de Grenade. Mais Tlemcen présente encore, outre sa grande mosquée du xi^ siècle, d'admirables ruines des premières périodes de la domination arabe.
Ce fut, en effet, longtemps, une des capitales, une des plus riches cités de cet Empire du Maghreb, dont le Maroc n'est plus qu'un débris déchu. C'est ainsi que, dès le vm^ siècle, le chef de la d5mastie marocaine des Idrissides, le saint Moulai Idris, fondait ici, sur les ruines d'une ancienne ville romaine, la première Tlemcen, Agadir, dont il reste encore d'importants vestiges. A la chute des Idrissides, elle devint une dépendance des sultans omeyades d'Espagne ; puis elle périclita et fut remplacée au xi^ siècle par une vUle nouvelle.
« Tlemcen, qui resta pendant tout le moyen âge la capitale du Maghreb central, fut prospère sous les Almoravides et les Almohades, et surtout sous les Mérinides au xin^ et au xiv« siècle. L,' époque de l'occupation mérinide (1337- 1359) fut particulièrement importante au point de vue artistique, les sultans mérinides ayant été de grands bâtisseurs. A la fin du moyen âge, Tlemcen était le centre des échanges entre l'Europe et l'intérieur de l'Afrique ; d'après certains historiens, elle eut jusqu'à 125000 habitants. Après le xvi*' siècle commença la décadence ; les Beni-Zeyane, pris entre les Espagnols établis à Oran et les Turcs maîtres d'Alger, finirent par succomber, et Tlemcen, annexé aux Etats de l'Odjak, devint ime simple dépendance du beylick turc de l'Ouest. »
En somme, après avoir été, dans l'Empire du Maghreb, la rivale de Fez et de Marrakech, Tlemcen était tme ville bien déchue,
lors de l'arrivée des Français sur la terre algérienne. Après notre occupation d'Oran, les habitants turcs de Tlemcen se prononcèrent en notre faveur ; mais Abd-el-Kader nous disputa longtemps la possession de la ville.
Faire iine description détaillée de Tlemcen nous entraînerait trop loin, et nous nous bornerons à en écrire les traits principaux au cours de nos promenades.
Tout auprès de notre hôtel, derrière une triple rangée d'arbres séculaires, platanes, micocouliers et azédaracs aux troncs géants, se dressent les sombres murailles crénelées du Méchouar, l'antique citadelle des sultans de Tlemcen. Une voûte ogivale, surmontée d'une tour d'horloge sans caractère, donne accès dans ce lieu célèbre, où les palais rasés ont fait place à de banales casernes. Dans im des angles de l'enceinte subsiste sevde l'ancienne mosquée chérifienne, aujourd'hui transformée en chapelle de l'hôpital, et dont l'élégant minaret, aux faces décorées d'arcs entrelacés, s'élève à une trentaine de mètres de hauteur. Ce Méchouar fut le noyau de la capitale fondée par les Almoravides, et ses murs furent élevés, en II 45, par le sultan Youssef, pour entourer son camp pendant qu'il assiégeait Agadir. Il n'y avait plus dans la vaste enceinte que des monceaux de ruines, lorsque les Français entrèrent dans la ville ; cependant la citadelle n'avait rien perdu de sa force. Notre fidèle allié, le Turc Moustapha-ben-Ismaël, y soutint vaillamment un long siège contre Abd-el-Kader et, en la remettant au maréchal Clauzel en 1837, il put dire fièrement « qu'il l'avait gardée pour nous, sans nous et malgré nous ». Et, en effet, peu après, par une faiblesse inexplicable, l'absiu-de traité de la Tafna livrait à Abd-el-Kader cette ville qui ne nous revint qu'en 1842.
Le vieux quartier européen, composé de maisons à un seul étage et en général petites et sans caractère, se développe entre le Méchouar et la place de la Mairie, fort banale avec son kiosque