LE QUARTIER JUIF
à musique et ses quinconces de platanes. La rue de France, la principale artère, est courte et étroite, bordée de modestes boutiques, et ressemble à la plus insignifiante rue d'une de nos villes de province, mais elle est fort animée, et on est tout de suite frappé de la proportion considérable d'indigènes mêlés aux Européens. Comme nous l'avons dit, Tlemcen fut longtemps aux mains des Turcs, et ceux-ci, par leurs unions avec des femmes arabes, y ont laissé de nombreux descendants, les Koulouglis, qui se distinguent autant par leurs traits que par leur costume des Arabes algériens.
lyCs Juifs sont aussi fort nombreux et descendent, d'après leur tradition, d'une colonie Israélite expulsée, il y a plusieurs siècles, de Séville et de Grenade. Depuis les décrets qui en ont fait des citoyens français, beaucoup d'entre eux ont adopté nos usages et, devenus les maîtres du petit commerce de Tlemcen, se confondent avec la population européenne. Mais un groupe assez important s'est montré réfractaire à ces marques de progrès ; cramponné aux vieilles traditions, il a conservé le turban et le large pantalon turc, et aussi les mœurs sordides d'autrefois. Tout auprès de la rue de France, en plein cœur de la cité, ces Juifs arriérés habitent un dédale de ruelles, bordées de maisons qui sont pour la plupart des bouges infects. L'un de ceux-ci surtout, que les guides ne manquent pas de faire visiter (ce à quoi les occupants se prêtent volontiers), est certainement l'antre le plus répugnant qui se puisse imaginer, et on ne s'explique pas comment la municipalité tlemcénienne le laisse subsister à notre époque, à moins que ce ne soit à titre de souvenir historique. La masure, dans laquelle il se cache, enjambe la rue, et c'est le dos courbé en se glissant dans le noir passage, semblable à une entrée d'égout, que l'on pénètre dans cet intérieur juif ; si, malgré l'odeur fétide, trébuchant dans l'obscurité sur des marches grasses, on a le courage de s'avancer, on débouche au fond d'ime sorte de puits carré.
autour duquel s'étagent des balcons branlants superposés, tout frangés de guenilles pendantes. Des mégères, attx profils et aux doigts crochus, pittoresquement enturbannées, s'empressent pour faire visiter les pièces de cet innommable taudis..., mais, suffoqués, à demi- asphjTciés, nous fuyons.... Notre guide s'étorme de notre répugnance et nous assure que les Anglais considèrent cette maison comme la plus grande curiosité de Tlemcen : ce n'est pas nous qui les contredirons.
Quelques pas nous ramènent sur la place de la Mairie, dont un des côtés est occupé par la Grande Mosquée, le principal monument de Tlemcen : c'est aussi un des plus anciens, car, fondée par le grand Almoravide Ali-ben-Youcef, en même temps que la nouvelle cité, elle fut terminée au xil® siècle. De l'extérieur, elle ne présente qu'tm vaste quadrilatère de murs nus, à peine percés de quelques petites ouvertures et que domine la masse superbe du grand minaret. Celui-ci est une tour rectangulaire de briques, de 35 mètres de hauteur ; les quatre faces sont décorées de panneaux fleuronnées d'un dessin charmant que couronne un attique de légères arcatures ; une sorte de clocheton carré, d'une ornementation sobre et élégante, couronne cette tour du sommet de laquelle, lorsqu'on a le courage d'en grimper les quelques centaines de marches de son escalier, on embrasse sur la campagne tlemcénienne et les montagnes voisines un admirable panorama.
L'entrée de la mosquée s'ouvre à l'extrémité du délicieux passage de Sidi- Ahmed- bel- Hassen, coupé de légères arcades de pierre soutenant un entrecroisement de rameaux de vignes qui lui forment à l'été une voûte de verdure ; avec ses vieilles maisons arabes, blanchies à la chaux, aux étroits portails encadrés de linteaux sculptés et aux vantaux bosselés de cuivre, ce passage est un des coins les plus pittoresques de Tlemcen.
Mais, sur le parvis même de la mosquée, un vénérable mollah