‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 15 sur 80 · LA GRANDE MOSQUÉE · texte numérisé non relu

LA GRANDE MOSQUÉE

nous accueille, souriant et affable ; d'un geste, il nous invite à passer nos pieds bottés dans les larges babouches qui attendent alignées sur la marbre les visiteurs; puis, cette formalité remplie, il nous fait pénétrer dans le sanctuaire. D'épais tapis algériens couvrent entièrement le sol de la salle de prière, divisée en longues nefs parallèles par des piliers soutenant des arcs en fer à cheval

La Koubba de Sidi-Yacoub, dans le « Bois de Boulogne >>, à Tlemcen. {Cl. Ronsselet.)

OU des arcatures lobées. I,a régularité et la simplicité des lignes architecturales donnent à cette immense salle de plus de 50 mètres de long, sur moitié en largeur, un aspect fort imposant de calme religieux, auquel vient s'ajouter l'impression d'ombre lumineuse produite par tous ces piliers et ces murs uniformément badigeonnés en blanc et ne recevant la lumière que par les seules arcades de la façade. Seul, dans le fond du sanctuaire, le Mihrab, qui remplace ici l'autel de nos églises, apparaît entouré d'im dé-

licieux cadre de dentelles de stuc, peintes et dorées, et dont la délicate ornementation rappelle, paraît-il, celle du célèbre Mihrab de Cordoue. De la coupole centrale pend un gigantesque lustre de cuivre; mais ce n'est que la copie moderne de l'antique lampadaire. De la salle des prières, on passe dans la cour des ablutions, dont le centre est orné d'une petite vasque en onyx et d'un bassin de marbre.

Tout auprès de la Grande Mosquée et sur l'un des côtés de la place de la Mairie, se trouve im des plus purs monvmients de l'art tlemcénien, la petite mosquée de Sidi-bel-Hassem, aujourd'hui transformée en musée municipal. Dans sa salle de prière, dont les arcades dentelées sont soutenues par des colormes d'onyx, on voit toute une série de ces ravissantes arabesques ciselées dans le stuc qui ont rendu si universellement célèbres les palais de l'AUiambra : de l'avis des connaisseurs, les sculptures de Tlemcen sont peut-être supérieures en finesse d'exécution et en richesse de composition à celles de Grenade.

Errant, à travers les rues, à la suite de notre guide koulougli, nous visitons ainsi plusieurs petites mosquées intéressantes ; mais nous avons hâte de sortir de la ville, car c'est autour de ses murs que sont dispersés les plus précieux et les plus intéressants souvenirs de son passé. En effet, sur rm rayon de plusieurs kilomètres autour de l'enceinte actuelle, depuis Bou-Médine à l'est, jusqu'à Mansourah à l'ouest, les pentes du plateau sont parsemées de tombes, de mausolées, de mosquées, de ruines de châteaux et de citadelles, en si grand nombre que, dans ce rapide aperçu, nous ne pourrons ici que citer les plus remarquables.

A peine hors de l'enceinte que nous avons franchie par la porte de l'Abattoir, nous entrons dans le vaste parc, que les Tlemcéniens ont assez bizarrement baptisé du nom de « Bois de Boulogne ». I^à, sur xm. plateau que traverse un gai torrent, aux eaux tmnultueuses, parmi les figuiers et les térébinthes aux

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troncs séculaires, on voit briller la blanche coupole de la petite koubba de Sidi-Yacoub, un des sanctuaires les plus vénérés par les femmes arabes qui y viennent continuellement en troupe sacrifier des poulets sur la tombe du saint, pour « obtenir la paix dans leur ménage », A partir de ce point, toujours cheminant sous les arbres géants.

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