‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 16 sur 80 · H^BI · texte numérisé non relu

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Entrée du village de Bou-Médine. {Cl. Rousselel.]

le long des chemins qm serpentent parmi les orangers, les citronniers et les oliviers, à travers des jardins d'une végétation luxtniante, nous rencontrons presque à chaque pas quelque élégant mausolée ou massif cénotaphe, reste de l'immense cimetière que les cités successives ont étendu au long du coteau. Voici l'énorme minaret d'Agadir, tour carrée de près de 60 mètres de hauteur, aux faces délicatement brodées d'arabesques, seul reste

de la grande mosquée du premier Tlemcen des sultans idris-

sides. Plus loin, dans un délicieux cadre de verdure, la belle koubba de Sidi-Daoudi-ibn-Nacer, un des plus saints apôtres de l'Islam au xi^ siècle. Puis, entourée de masures branlantes accrochées à un éperon rocheux, la gracieuse mosquée de Sidi- Hallotd, avec son minaret tout étincelant de mosaïques émaillées : dans sa salle de prière, aux murs ornés de fines ciselures, le plafond de cèdre sculpté est porté par huit magnifiques colonnes en onyx, «dont les chapiteaux offrent tout ce que l'on peut imaginer de plus exquis comme spécimen de l'ornementation arabe ». Mais, à quoi bon énumérer cette suite ininterrompue de monuments grands et petits, qui tous, par la grâce de leur ligne et la beauté du cadre qui les enveloppe, arrêteraient l'admiration d'un artiste ?

Près de la vieille mosquée à demi ruinée de Sidi-Lhassen, dont la tour carrée est coiffée d'un énorme nid de cigognes, nous sortons un instant de ce bois prestigieirx, et nous voyons soudain s'étaler devant nous l'incomparable tableau de la cité sainte de Bou-Médine, étageant ses maisons autour de sa fameuse mosquée, sur un haut contrefort de rochers rougeâtres. C'est là-haut, sous la haute coupole élevée par la piété des princes almohades qu'est enseveli Sidi-bou-Médine l'Andalou, un des plus grands saints du Maghreb, mort à Tlemcen en 1198, et c'est pour reposer sous son ombre protectrice que, depuis des siècles, princes et simples croyants ont choisi pour lieu de leur sépulture le pied de la colline sacrée. I^e village, composé de masures crordantes, groupé autour de la tombe du saint, n'est habité que par des affihés de sa secte, et son séjour est rigoureusement interdit aux infidèles qui y sont cependant admis à visiter pendant le jour.

Bien entendu, à mesure que l'on approche de Bou-Médine, le nombre des tombes qui couvrent le sol devient de plus en plus considérable, quoique, depuis l'occupation française, nos règlements y aient arrêté l'établissement de nouvelles sépvdtures. Du

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reste, les plus modestes disparaissent sous les herbes, et les plus importantes tombent en ruines, mais quelques-unes de ces ruines sont fort belles ; rien de plus élégant, entre autres, que les arcades lobées du cénotaphe de Sidi-bou-Eshak.

Portail du sanctuaire de Sidi-bou-Médine. {Cl. Neurdein.)

Un chemin escarpé et très mal entretenu conduit au village. Des rochers couronnés de figuiers aux troncs bizarrement contournés l'encaissent profondément; puis, il se resserre à n'être plus qu'tm passage de piétons entre des masures, assurément pittoresques, mais dont les façades branlantes penchent d'une

façon inquiétante. Une nuée de petits Arabes, garçons et filles, déguenillés mais charmants sous leurs loques bigarrées, et qui sont les seuls habitants visibles, accueillent le visiteur et lui font une bruyante escorte à travers le dédale de couloirs, d'escaliers, de courettes qui conduit au sanctuaire.

I,a Koubba où repose le saint est en dehors et au pied de la mosquée. Une porte, aux brillants ématix et à l'auvent richement sculpté, donne accès à un étroit escalier qui descend dans une petite cour sur laquelle s'ouvre le mausolée. Le gardien du tombeau, un superbe Arabe fort élégamment vêtu, nous reçoit avec dignité (ce qui n'exclut pas la rétribution coutumière) et nous introduit dans le saint lieu. C'est un petit caveau obscur, divisé en deux compartiments égaux par une boiserie sculptée. Les murailles sont revêtues de carreaux vernis dans la moitié de la hauteur ; le surplus est orné de moulures de plâtre et badigeoimé en vert et en bleu. Un épais tapis du Maroc recouvre le sol. Dans le compartiment du fond qu'éclaire tme faible lampe pendue à la voûte, le tombeau du saint disparaît sous tm monceau de draperies de soie, tandis que les murs sont tapissés de drapeaux verts, de miroirs, d'œufs d'autruches, de glands, pieuses ofi'randes apportées par de lomtains pèlerins. Dans un angle de la première pièce, s'ouvre un puits dont l'eau a des propriétés miraculeuses, et que le mollah débite moyennant une rétribution aux fidèles visiteurs ; sa margelle d'onyx est profondément entaillée par le frottement séculaire de la longue corde qui monte et descend le seau.

De la mosquée elle-même, que dire, sans nous répéter, si ce n'est que, construite en 1339 par l'un des plus puissants sultans du Maroc, le Mérinide Aboul- Hassan- Ali, et depuis lors célèbre dans tout le monde musulman, elle est digne de sa renommée. « Depuis le lourd manteau de la porte extérieure, dit M. de Lorral, jusqu'au Mihrab, tout est remarquable dans ce vaste édifice.

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