‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 18 sur 80 · MANSOURAH · texte numérisé non relu

MANSOURAH

Les ruines de Mansourah. — Un siège de huit ans. — Les remparts et la mosquée d'Abou-Yacoub. — Une école de tapis. — Les souks de Tlemcen.

Nous avons été visiter, ce matin, les magnifiques ruines de Mansourah, à un peu plus de 2 kilomètres de Tlemcen.

Iv'origine de cette ville, qui fut, un moment, une des capitales du Maghreb, est des plus curieuses. En 1295, régnait à Tlemcen vm prince de la dynastie des Abd-el-Ouadites, nommé Abou-Saïd Othman, qui eut l'imprudence d'accueillir à sa cour le grand-vizir d'Abou-Yacoub, sultan du Maroc, que son maître venait de disgracier. Pour tirer vengeance de cette offense, le puissant Mérinide vint mettre le siège devant Tlemcen; mais il avait méjugé de la puissance de son adversaire et, après sept mois de vains assauts, il dut se retirer en jurant qu'il reviendrait bientôt et que, cette fois, il ne s'éloignerait pas sans avoir sovunis ses insolents ennemis, dût- il pour cela y consacrer le reste de ses jours. Fidèle à sa promesse, Abou-Yacoub reparut, moins d'un an après, à la tête d'une armée formidable, planta son Afrag ou tente impériale à l'ouest de la ville, et les tentes de son immense camp couvrirent tout le plateau qui s'étend au pied de la falaise du Nador. Mais les Tlemcéniens, à l'abri derrière leurs hautes murailles, disposaient d'abondantes ressources en vivres et en eau et de plus pouvaient se ravitailler du côté de la montagne que l'ennemi n'avait pu complètement investir. Cependant, lié par son serment solennel et malgré l'insuccès de ses assauts réitérés, le farouche sultan marocain ne quittait pas son camp qui, de mois en mois, d'année en année, voyait peu à peu ses tentes faire place à des gourbis, puis à des maisons. La quatrième année de ce siège prodigieux, Abou-Yacoub se décida à enclore son

camp de guerre d'une formidable enceinte de tours et de murailles ; il fit édifier à la place de son Afrag un vaste palais et tout auprès une énorme mosquée ; puis, il donna à la nouvelle cité le nom d'el Mansourah ( « la Victorieuse » ). Le grand historien arabe Ibn-Khaldoun, qui la visita peu après, écrit que c'était une « ville admirable tant par son étendue et sa nombreuse population, évaluée à plus de 125 000 âmes, que par l'activité de son commerce et la solidité de ses fortifications ». Mais, Abou- Yacoub, malgré le nom d'heureux augure donné à son camp, ne devait pas voir la chute de Tlemcen. Le siège durait depuis huit ans, lorsque le sultan fut assassiné dans son palais ; son armée se hâta de regagner le Maroc et Mansourah fut délaissé.

Ce ne fut que vingt- huit ans plus tard que le Mérinide Aboul- Hassan, surnommé le Sultan Noir, revint pour continuer l'entreprise de son prédécesseur et s'installa à nouveau à Mansourah dont il releva les fortifications et les palais. Cette fois, au bout de deux ans, les princes tlemcéniens, épuisés par tant d'efforts, abandonnèrent la lutte et, tout en épargnant leur ville, le sultan marocain resta établi dans sa cité guerrière qu'il institua comme tme des capitales de son empire. Après sa mort, Tlemcen secoua le joug marocain, et ses princes, les Béni-Zeiyane, firent raser les maisons et les palais de Mansourah et démanteler son enceinte.

Ce qui a échappé à la fureur des vainqueurs forme aujourd'hui un admirable groupe de ruines. Il faut remarquer que remparts, tours, palais, mosquées, tous les édifices, en un mot, de la cité éphémère surgie de la grandiose fantaisie d'un guerrier, avaient été construits exclusivement en touh, c'est-à-dire simplement en terre, en argile pétrie avec de l'eau et séchée au soleil ; sauf quelques linteaux de portes, il n'y était pas entré un morceau de pierre ; et cependant, ces murs, de structure si primitive, dans leur massivité cyclopéenne, ont résisté depuis six siècles à toutes les intempéries de ce rude climat, aux pluies diluviennes, aux

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