‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 19 sur 80 · LA TOUR DE MANSOURAH · texte numérisé non relu

LA TOUR DE MANSOURAH

terribles ouragans qui soufflent de la mer voisine. Partout où ils n'ont pas été sapés par la main des hommes, ils sont restés là, debout, hautains, inébranlables.

Sortis de Tlemcen par la porte de Fez, nous avons fait à pied cette promenade, par une délicieuse matinée de printemps. Au bout d'ime longue avenue, encadrée de jardins, se dresse isolé le Bab-el-Klhemis (Porte du Jeudi), sorte d'arc de triomphe en briques, du plus gracieux effet, qu'Abou-Yacoub aurait, d'après la tradition, fait élever en 1299, au début du premier siège. Cinq cents mètres plus loin, commence la fameuse enceinte de Mansourah dontles massives tours crénelées, d'un rosetendre, s'alignent à intervalles réguliers, çà et là encore reliées par leurs courtines, sur une longueur de plus d'un kilomètre. L,e pourtour de l'enceinte, affectant à peu près la forme d'un trapèze, est d'environ 4000 mètres ; le nombre des tours, bar longues ou carrées et hautes de 12 mètres, s'élève à 80, mais iln'en reste guère qu'une quarantaine. I^a partie de l'enceinte faisant face à l'ouest, c'est-à-dire la plus éloignée de Tlemcen, est demeurée presque intacte et présente aspect vraiment imposant.

Tout l'intérieur de la ville, qui couvrait une superficie d'tme centaine d'hectares, a disparu et est, en partie, recouvert aujourd'hui d'une véritable forêt d'oliviers, sauf dans la partie centrale où, sur une haute plate- forme, se dressent les superbes ruines de la mosquée encore dominée par un colossal minaret de plus de 40 mètres de hauteur. Un des côtés de cette tour s'esteffrondré et laisse voir l'intérieur, de la base au sommet ; des travaux de restauration, fort inteUigemment conduits, ont arrêté l'effondrement total qui menaçait ce remarquable monument, mais les indigènes prétendent que ces travaux étaient inutiles et que le reste de la tour aurait sans cela victorieusement résisté. D'après eux, le sultan mérinide, ayant hâte de voir terminer la mosquée, confia la construction d'une des faces du minaret à des ouvriers

musulmans, et celle de l'autre à des esclaves juifs et chrétiens, et c'est précisément cette dernière, profanée par les mains des mécréants, que la colère d'Allah fit écrouler.

Ce minaret présente certaines analogies avec une tour de cathédrale catholique ; c'est ainsi qu'il se trouvait placé au centre même de la façade de la mosquée, et son portail s'ouvrait

Porte de la mosquée de Mansourah. (Cl. Rousselel.)

dans l'axe du Mihrab qui tient la place de l'autel et indique la direction de la Mecque. Ce portail, à la belle arcade mauresque, est encadré d'une riche dentelle sculptée où les arabesques, entrelacées aux élégants caractères arabes d'une inscription, rappellent que ce temple fut édifié sur l'ordre du grand stdtan Abou-Yacoub, en 1302.

De la mosquée il ne subsiste que les énormes murailles en pisé, et sa vaste enceinte abrite aujourd'hui les bâtiments d'une ferme européenne ; mais on peut retracer facilement sur le sol

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