‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 20 sur 80 · UNE ÉCOLE DE TAPIS · texte numérisé non relu

UNE ÉCOLE DE TAPIS

l'emplacement des treize nefs de neuf travées qui composaient l'immense salle où le farouche sultan rassemblait ses soldats pour la prière. « C'était, dit Saladin, le type de la mosquée maugrebine du xv^ siècle, d'une façon complète, magistrale et classique. » Cependant, malgré sa magnificence, elle n'échappa pas à la fureur des soldats algériens, et ses nombreuses colonnes d'onyx aux chapiteaux sculptés allèrent enrichir les palais et les temples de Tlemcen.

Pour jouir de la vue d'ensemble des ruines, il faut s'élever un peu sur la pente de la montagne. Aucune description ne saurait rendre la grandeur du spectacle qui s'offre à nos yeux. A gauche, les rochers escarpés du Nador, dont les parois rougeâtres flamboient sous le soleil d'Afrique ; devant nous, la vieille enceinte en pisé, grise à l'ombre, dorée à la lumière, se développant à perte de vue avec ses tours carrés qui émergent pardessus la cime des grands arbres ; dans le fond, le haut minaret à demi écroulé, « qui ressemble, avec ses reflets de terre cuite, au col d'une gigantesque amphore » ; à droite, la verte campagne, avec ses molles ondulations qui vont se perdre au loin dans la la ligne bleue où trône, coiffé de neige, le Djebel Filaoucen.

Nous rentrons à Tlemcen par la porte des Carrières, voisine de celle de Fez, et que domine un massif donjon, vestige de l'antique enceinte maugrebine. Tout auprès, notre guide nous fait entrer dans une petite maison arabe où est installée tme Ecole de tapis. La municipalité tlemcénienne a eu l'heureuse idée de tenter de faire revivre cette mdustrie 'autrefois florissante et à peu près disparue, en créant cette école, où l'on enseigne la fabrication des tapis, d'après les procédés anciens, à des jetmes filles des diverses classes de la population arabe et turque de la ville ; les Juives ne sont pas admises. Il est à remarquer aussi qu'alors que l'accès de cette école est courtoisement ouvert aux visiteurs européens, dames et hommes, il est rigoureusement

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interdit aux indigènes du sexe fort, même parents des jeunes élèves.

L'établissement est dirigé par une dame française, qui nous reçoit en haut de l'étroit escalier conduisant au premier étage de la modeste demeure et nous fait, très aimablement, entrer dans les salles où travaillent ses élèves. Et, à nos yeux, s'étaleim ravissant tableau. Impossible d'imaginer plus charmant spectacle que ces fillettes arabes aux fins profils encadrés de bijoux, dans l'amusante bigarrure de leurs oripeaux orientaux. Accroupies côte à côte, au pied du haut métier dont les trames s'élancent jusqu'au plafond commeune harpe géante, ces gentilles odalisques semblent une rangée serrée de menus oiseavix que la nature se serait plu à vêtir des plus éclatants plumages, en ayant soin d'en varier les couleurs et les nuances pour en combiner une éblouissante et vivante mosaïque. Par quel sentiment d'art instinctif les mères arabes arrivent- elles à parer leurs enfants avec une telle variété de goût pour aboutir à composer un pareil ensemble ! et ce ne sont cependant là, saiif quelques exceptions, que des enfants de condition modeste. La plupart ont de dix à douze ans ; quelques-unes approchent de quatorze ou quinze : celles-ci sont presque des femmes et, bientôt, leur apprentissage fini, elles quitteront l'ateUer et continueront leur délicat métier, sous le toit du père et de l'époux, jalousement séquestrées dans le « harem », pompeuse désignation de la partie de la maison réservée aux femmes. Aussi cette école offre- 1- elle aux Européens une occasion rare d'avoir une idée de la beauté féminine arabe, et, d'autre part, son existence témoigne de la confiance que nous inspirons à vme population aussi soupçonneuse.

A notre entrée, le bruyant gazouillement que nous entendions du dehors s'est brusquement tû et, tout le long du perchoir, les petites mains aux ongles menus et teints de henné s'agitent

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