LES SOUKS DE TLEMCEN
rapidement, triant et nouant d'un geste brusque les brins de laine colorés. Mais ce n'est qu'une courte accalmie et bientôt, après un joyeux « bonjour » en français lancé aux visiteurs, les rires, gentils et frais, éclatent en fusée sur toute la ligne.
On copie ici, en haute laine, les tapis anciens de dessins arabes, qui sont vendus aux touristes à des prix fort abordables.
Nous rentrons pour déjeuner à l'hôtel par les rues du quartier arabe, aux maisons basses, à arcades, peintes en bleu ou en rose. Comme dans tout l'Orient, les corps de métier sont groupés en souks ou bazars : il y a la rue des selliers, des bijoutiers, des brodeurs de babouches ou d'étoffe. I^' ensemble ici est assez pittoresque ; mais, sauf la fabrication de jolies couvertures chamarrées de nuances vives, Tlemcen n'offre aucune industrie spéciale.
L'après-midi, nous avons fait une longue promenade en voiture à travers la charmante campagne, le long de la vallée du Saf-saf, aiix belles cascades de Négrier, à l'étang d'Aïn-el-Hout qui abrite des poissons sacrés.... Mais nous en avons dit assez pour montrer quel charme et quel haut intérêt présente un court séjour dans l'antique capitale maugrebine, longtemps poste avancé du Maroc vers l'orient.
Le chemin de fer de la frontière algéro-marocaine. — En route pour le Maroc ! — Le col du Juif et la plaine de la Tafna. — Turenne. — Les smalas de spahis. — Lalla-Mamia et la bataille d'Isly. — - Un grand marché de frontière.
Quoique Tlemcen ne soit guère qu'à 70 kilomètres de la frontière orientale du Maroc, cette ville est restée, pendant de nombreuses années, le point d'arrêt de la grande voie ferrée qui traverse l'Algérie de l'est à l'ouest et qu'il eût été si important, semblet-il, de pousser jusqu'à l'extrémité de notre territoire. On peut
attribuer cet arrêt surtout à l'indécision, pour ne pas dire l'indifférence, qui a si longtemps caractérisé notre politique marocaine, et aussi atix sérieuses difïicviltés que rencontrait l'établissement de la ligne.
Si l'on jette un coupd'œil sur la carte de l'Algérie, on remarque qu'en arrière de la rangée presque ininterrompue de montagnes qui frange la côte, s'étend, parallèle à la mer et encadrée au sud par la chaîne de l'Atlas, une sorte de fossé, de large dépression, suite de plaines qui se succèdent depuis la Mitidja d'Alger jusqu'au vignoble de Bel-Abbès. C'est ce que l'on appelle le TeU, et en fait cette grande vallée tellienne est tm des traits caractéristiques de toute cette région de l'Afrique du Nord, qu'on peut appeler la Berbérie et qui embrasse, avec l'Algérie, la Timisie et le Maroc, car, si à l'est elle va jusqu'à Tunis, à l'ouest on peut la suivre, nettement tracée, jusqu'à Fez et jusqu'à l'Atlantique.
Mais, tandis que le Tell oranais ne présente qu'une suite de plainesjusqu'à Bel-Abbès, la région à partir de Tlemcenest particulièrement accidentée. Ici la dépression tellienne, constituant le bassin moyen de la Tafna, est remplie, obstruée, par une série extrêmement compliquée de profonds et étroits ravins, creusés dans le sol argUeux par les innombrables oueds descendus de l'Atlas Tlemcénien, et dont les basses crêtes uniformes vont rejoindre le pied de la chaîne côtière. L'établissement d'une voie ferrée traversant de l'est à l'ouest cette plaine ravinée, dont les vallonnements courent en général vers le nord, eût été fort onéreux ; aussi les ingénieurs ont dû reporter la hgne plus au sud, franchement en plein massif montagneux, où la plus grande ampUtude des mouvements du sol, sans exclure l'obligation de nombreux travaux d'art, viaducs, tranchées et tunnels, permettait d'en réduire le nombre.
Ce n'est que depuis notre occupation d'Oudjdaet des Confins Marocains que ces grands travaux, depuis longtemps étudiés,