‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 24 sur 80 · LA BATAILLE D'ISLY · texte numérisé non relu

LA BATAILLE D'ISLY

victoire de l'Isly. Il avait en face de lui 30 000 fantassins, 10 000 cavaliers et 11 canons ; on distinguait parmi les cavaliers les Abid nègres, vêtus d'un burnous rouge et d'un grand bonnet pointu rouge, Bugeaud avait 8 500 fantassins, 1 400 cavaliers, 16 canons et 400 goumiers. » L'historien des campagnes d'Afrique nous raconte comment, la veille de la victoire d'Isly, alors que les officiers offraient un punch à leurs camarades nouvellement arrivés, dans un décor de lauriers- roses, illuminé de lanternes vénitiennes, le maréchal exposa le plan qui devait être rigoureusement suivi le lendemain, et valoir à nos armes un des plus éclatants succès des campagnes africaines : ce fut une nouvelle veille d'Austerlitz.

« Le lendemain matin, avant le jour, on se mettait en route sans bruit. Bugeaud, qui savait avoir affaire surtout à de la cavalerie, avait substitué à l'ancien dispositif de marche en carré, un dispositif en losange, qui est devenu fameux et devait lui donner la victoire. Les faces étaient formées de bataillons d'infanterie marchant en carrés ; l'artillerie, la cavalerie, le convoi étaient au centre. Chaque bataillon protégeait ainsi par ses feux le bataillon voisin, tout en conservant son indépendance; la cavalerie pouvait sortir sans bousculer l'infanterie, et l'artillerie pouvait tirer facilement dans toutes les directions sans même que l'infanterie eût à lui faire des'créneaux. Le losange, que l'on a comparé à une hure de sanglier, s'avança ainsi parmi les masses de la cavalerie ennemie sans [se laisser entamer, et, à midi, le camp de Moulaï Mohammed était enlevé et les Marocains écrasés. Ils laissaient entre nos mains plus de i 000 tentes et leurs canons ; nous avions à peine une centaine d'hommes tués ou blessés. »

Cette victoire éclatante, qu'avait précédé le bombardement de Tanger et de Mogador, mettait le Maroc à notre merci. Mais, déjà en ce temps, nous nous voyions arrêtés par la jalousie des

puissances européennes ; c'était alors l'Angleterre qui prenait ombrage de nos succès et qui redoutait de nous voir pousser jusqu'à Tanger et occuper la rive méridionale du détroit de Gibraltar.

Nous avons expliqué comment nous dûmes abandonner ces plaines d'Oudjda que nos soldats venaient de conquérir et reculer jusqu'à Lalla-Marnia. On sait aussi quelles furent les conséquences, fort importantes du reste, du traité signé dans cette localité l'aimée suivante, en 1844, entre la France et le Maroc, et qui nous a permis de revenir dans ces Confins Algéro* Marocains si malencontreusement abandonnés.

Il s' est développé peu à peu, autour de ce poste frontière, une ville relativement importante, puisque sa population dépasse 2 500 habitants sur lesquels les trois quarts sont Européens, lyes maisons basses, à terrasse, peintes de couleurs vives selon la coutume espagnole, s'alignent au long de larges voies plantées d'arbres, rectilignes et se coupant à angles droits. De beaux jardins, créés sur les bords de l'Oued-Mouïlah, lui font un cadre riant qui contraste avec la nudité de l'immense plaine, le « désert » d'Angad qui l'a voisine et des pitons rocheux coiffés de fortins qui la dominent. Malgré l'aspect vm peu fruste de ses boutiques et de ses entrepôts, c'est le centre d'tm mouvement commercial considérable. Son marché jouit, en effet, d'im privilège important, puisque les marchandises provenant du Maroc sont exemptées des droits de douane habituels ; aussi, les Marocains y viennent en foule. Les moutons et les bœufs arrivent de Debdou, de Taza, et même de la région voisine de Fez, s'y échanger contre le thé, le café, la farine et les sucres. Depuis douze ans, surtout à la faveur de l'ordre que nous avons mis chez les Béni-Snassen, les transactions ont atteint des chiffres inconnus jusqu'à ce jour : le mouvement commercial, à l'entrée et à la sortie, s'élevait, en effet, en 1909, à près de 20 millions de francs (exactement 19 748 577 francs.)

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