DOUARS MAROCAINS
trouvent ainsi une nourriture saine, relativement abondante, et leiu: fumier sert d'engrais pour la prochaine récolte.
Çà et là dans la plaine, nous apercevons des groupes de petits tertres bas qui attirent à peine le regard, et ce n'est qu'en approchant d'un de ces groupes, plus voisin de la route, que nous reconnaissons qu'il est composé de tentes. C'est un douar ou village des laboureurs semi-nomades qui nous entourent. « Les tentes des douars marocains, écrit M. Reginald Kahn, forment un cercle à l'intérieur duquel sont parqués pendant la ntiit les troupeaux et les chevaux, lorsqu'on ne les place pas dans les tentes elles-mêmes. Elles sont faites de poils de chèvre et tendues sur tme poutre soutenue par deux piquets, élevés de 2 mètres environ au-dessus du sol. Comme eUes ont 20 mètres de long en général, elles paraissent souvent à distance se confondre avec le sol, et il faut un regard exercé pour les apercevoir de loin. Sous l'espèce de portique tracé au miheu de la maison mouvante sont empilées toutes les marchandises appartenant au propriétaire. D'im côté vivent les femmes, de l'autre les hommes. »
Les habitants de cette plaine, à laquelle ils ont donné leur nom, sont les Angad. Ce sont des Arabes nomades qui ont été placés ici au xrv® siècle par les souverains de Tlemcen. Etabhs entre les devix capitales rivales des dynasties berbères, ils prêtaient leur concours, tantôt aux souverains de Fez, tantôt à ceux de Tlemcen, pour surveiller et contenir les montagnards. S'ils se sont montrés longtemps de farouches gardiens de cette marche marocaine, accueillant à coups de fusil tout Européen qui s' aventurait chez eux, Us semblent avoir assez bien pris leur parti maintenant de notre présence. Quelques- ims même nous saluent au passage, et leurs femmes, pittoresquement coiffées et sans voile, nous croisent à chaque instant sur la route, sans se montrer autrement effarouchées.
Par un phénomène fréquemment constaté, depuis que nous
sommes entrés dans la plaine, les monts des Béni-Snassen, qui en occupent le centre et dont la masse imposante fixait nos regards dès le passage du col du Juif, semblent s'abaisser à mesure que nous en approchons ; le léger bombement du sol, si plat en apparence, nous en dissimule leur base, comme il ne nous laissera apercevoir Oudjda que quand nous serons sur le point de l'atteindre.
Sous les murs d'Oudjda. (Cl. Rousselet.)
Tout à coup, en effet, à moins d'un kilomètre de nous, nous voyons s'allonger dans un fond la longue et étroite bande verte des jardins qui entourent la petite cité marocaine,^ dont on ne voit que le sommet du haut minaret de sa principale mosquée. Cela donne bien, au milieu de ce véritable désert, l'impression d'une oasis, mais il y manque les palmiers ; ces jardins ne sont guère composés que d'oliviers aux troncs contournés, et leurs hautes et épaisses ramures abritent des cultures maraîchères, des bosquets de figuiers et de grenadiers. Des murs de pisé à demi écroulés partagent en d'irmombrables et minuscules carrés ces