‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 30 sur 80 · BOUTIQUES ET BOUTIQUIERS MAROCAINS · texte numérisé non relu

BOUTIQUES ET BOUTIQUIERS MAROCAINS

truites en bois, en torchis, à toiture plate, et dont la façade, large à peine de quelques mètres, ne consiste qu'en une unique ouverture, simplement fermée par des volets en ce moment repliés sur les côtés. Une sorte de large comptoir barre l'entrée de ces étroites cellules si complètement que, pour pénétrer à l'intérieur, il faut franchir cet obstacle en s'aidant d'une corde pendant du

La place du Marché, à Oudjda. (Cl. Rousselet.)

plafond. Ces cases sont cependant les principales boutiques d' Oudjda, et dans ces sombres guérites alignées ainsi sur quelques centaines de mètres le long des bazars, il se fait, surtout depuis notre occupation, un mouvement d'affaires de plusieurs millions par an ; mais ici, habitués à une longue oppression, le gros banquier, l'usurier ou l'orfèvre ne cherchent pas à étaler leur richesse et se dissimulent sous le même décor sordide que le petit détaillant ou l'humble artisan. A voir accroupis, derrière leur comptoir, les notables commerçants marocains, enturbannés et vêtus de blanc, on se demande comment ces importants personnages.

en général gros et gras, se peuvent remuer en un si étroit espace, entre ces murs garnis du haut en bas de tablettes et regorgeant de marchandises : marchandises d'origine européeime pour la plupart, qui de là vont se répandre dans toutes les tribus de l'est du Maroc.

Iv' impression générale que l'on éprouve, enparcourant Oudjda, est combien tout est petit, resserré, dans cette ville ; il semble que l'on ait voulu faire tenir le plus possible dans le précieux espace abrité par ses fortes murailles contre la rapacité des Berbères voisins. Et n'était le fâcheux délabrement de toutes ces constructions, auquel notre administration n'a pu encore remédier, cela doimerait un charme tout particuher à cette étrange petite cité ; mais les amateurs de pittoresque peuvent s'en donner à cœur joie.

Cependant cette première place des Souks que nous visitons est déjà sensiblement envahie par la civilisation occidentale ; quelques maisons portent des enseignes françaises, et un des côtés est occupé par l'hôtel Figari. Ici on nous permettra à ce sujet une courte parenthèse ; quoique cet hôtel ne réponde pas actuellement aux besoins des touristes un peu exigeants, on ne peut que rendre hommage à l'énergie de notre compatriote qui créa, même avant notre occupation, cet asile hospitalier pour les Européens qui ne pouvaient trouver aucun moyen de se loger dans les maisons marocaines et en étaient réduits à camper hors des murs ou à s'installer dans des caravansérails sordides. Le capitaine Mougin a tenu naguère à signaler au Comité du Maroc cette courageuse initiative. « M. Figari, écrivait- il, a installé, en 1905, im hôtelrestaurant à Oudjda. Il n'est pas d'obstacles auxquels notre compatriote ne se soit buté. Il a dû, tout d'abord, étabUr son hôtel dans le quartier juif, dans un dédale de rues malpropres. I,a douane faisait payer à ses marchandises des droits d'entrée arbitraires et exagérés. M. Figari n'a pas cédé, et aujourd'hui on le tolère. Il a enfin, en février 1907, pu sortir du quartier juif et

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