QUARTIERS ET PORTES INTÉRIEURES
s'établir au premier étage d'un vaste fondouk qu'il a complètement transformé. »
A l'un des angles de la place, s'ouvre une porte à l'arcature mauresque qui conduit dans le quartier voisin. Oudjda est, en effet, comme le sont la plupart des villes marocaines, partagé en quatre quartiers qui appartenaient, chacun à l'origine, à un
Une des portes intérieures, à Oudjda. (Ct. Rousselet.)
groupement de tribus distinctes ; ce sont ici les Ahl- Oudjda, les Ouled-el-Cadi, les Ouled-Amrân et les Ouled-Aïssa, auxquels sont venus par la suite se fondre des éléments étrangers. Ces quartiers ne communiquaient entre eux que par des portes toujours fermées à la tombée de la nuit, et parfois souvent pendant le jour, lorsque des dissenssions, alors fréquentes, armaient ces tribus l'une contre l'autre; inutile dédire qu'elles sont aujourd'hui toujours ouvertes, et la plupart ont même perdu leurs lourds vantaux de chêne bosselés de plaques de fer.
C'est ainsi que la grande rue des Marchés (nom officiel donné à cette voie) s'en va, de porte en porte, sinueuse, parfois rétrécie ou s'épanouissant en large carrefour, à travers chaque quartier, d'un bout de la ville à l'autre ; dans un cadre analogue, mais avec une infinie variété, se déroulent ainsi sous nos yeux toutes les branches de l'activité oudjdienne. Comme toujours en ces pays, artisans ou commerçants sont groupés en corporations : du souk des marchands d'étoffes, des selliers, des brodeurs, on passe à celui des potiers, des cordonniers, etc. ; au marché des fruits et légumes, succède celui du charbon et du pain (étrange, mais véridique association). Partout le touriste trouvera, dans ces industries indigènes qui s'exercent sous ses yeux, au seuil des étroites boutiques, de curieirx sujets d'observation; mais nous n'écrivons pas une monographie d'Oudjda, et il nous faut nous borner.
Ce qui excite au plus haut degré notre intérêt, c'est le spectacle qui nous entoure. Dans cette voie étroite que bordent sans interruption échoppes et boutiques, les gens se pressent à tel point durant ces heures de trafic que nous avons parfois de la peine à nous frayer un chemin, et c'est vraiment plaisir de voir avec quelle bonhomie ces farouches Marocains s'écartent devant nous ou s'excusent de nous coudoyer lorsqu'ils voient que nous sommes accompagnés d'une dame. Aucune hostiUté apparente, tout au plus un regard de surprise effarée de la part de quelque fruste montagnard drapé de guenilles, tandis que les citadins aux fins burnous blancs nous saluent gravement et que les petits mauricauds vêtus de quelques haillons nous lancent de gais «bonjou » : on se sent, quoique isolé, en parfaite sécurité dans cette fovde dont notre force a dompté, pour le moment du moins, les instincts sauvages.
Faut- il dire qu'en ce pays marocain les animaux se montrent aussi affables que les hommes ? Tout le trafic en ces bazars se fait à dos d'ânes qui, chargés de lourds fardeaux, cheminent en
LA FOULE ^L\ROCAINE
files continuelles à travers les rues ; suivis à'vm. Arabe qui en conduit parfois une dizaine et s'égosille en inutiles balek ! (gare !) auxquels nul ne prend garde, ces gentils bourriquots, à peine plus hauts que des chiens, s'en vont d'un trot menu, se faufilant entre les passants, les écartant gentiment de la tête sans jamais les bousculer. I,a situation se complique un peu, lorsque ce sont quelques chameaux ou des cavaliers qui fendent la foule ; mais
La rue des ^Marchés, à Oudjda. (Cl. Neurdein.)
tout se passe quand même sans heurt, sans hâte, et bêtes et gens manifestent la même impassibilité orientale.
Ici, bien entendu, sauf de rares Européens et quelques soldats venus du camp, la foule est composés d'indigènes, et l'on peut y étudier les types si variés du peuple marocain, depuis les sauvages montagnards berbères au bizarre accoutrement, les cavaliers nomades de race arabe, les Juifs aux longues boucles, jusqu'aux fins et élégants Maures de la côte tingitane. Quelques dames arabes sont soigneusement voilées, mais la plupart des femmes.
d'origine berbère, circulent à visage découvert, le front chargé d'un lourd turban attaché par des cordelettes de couleur, les oreilles chargées de lourds anneaux de métal : de longues tviniques superposées, à manches flottantes, serrées à la taille par l'enroulement d'une large ceinture d'étoffe, de lourds anneaux de métal aux poignets et aux chevilles, leur donnent un aspect viril et barbare.
Presque au centre de la ville, se dresse la Djama Kebira ou Grande Mosquée, datant du xiri^ siècle, ainsi que le minaret qui la domine, élégante tour carrée décorée d'arabesques de briques. Bien entendu, ainsi que dans tout le Maroc, l'entrée du temple est interdite aux infidèles; mais l'intérieur n'offre, au rapport des indigènes, rien de curieux, sauf quelques belles colonnes aux chapiteaux d'onyx sculpté.
Immédiatement en arrière de la mosquée, s'étend le quartier de la Kasbah, dont l'enceinte, distincte de celle de la ville, ne renferme plus guère que des ruines ; il était autrefois réservé à la résidence des fonctionnaires et des soldats du Makhzen, et encore aujourd'hui Vamel ou représentant du svdtan y habite une modeste maison, non loin du joli pavillon mauresque où réside le commandant militaire du territoire et où sont installés nos services administratifs.
Sortis de la Kasbah, nous continuons notre visite des souks, puis nous nous engageons dans le dédale de ruelles de l'intérieur de la ville, où sont les demeures des marchands, qui, le soir venu, ferment leurs boutiques et rentrent chez eux. Il est difficile de juger de ce que sont ces habitations, car, selon l'usage arabe, elles ne présentent sur la rue que des murs sans aucune autre ouverture que l'étroite porte d'entrée bardée de clous. Tout au plus, peut- on avoir tme idée de leur architecture dans le quartier réservé aux Juifs, qui sont très accueillants aux visitetus : comme tout ce qui est àOudjda, on y constate que ces maisons sont depro-
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