LES JUIFS D'OUDJDA
portions très étriquées, la plupart du temps n'ayant qu'un étage, et composées d'une série de petites pièces noires encadrant une cour minuscule.
Puisque nous parlons des Juifs, il nous faut dire que, très nombreux à Oudjda et pour la plupart d'origine algérienne, ils ont su de tout temps se créer tme situation relativement privilégiée, que notre occupation a encore améliorée. I^e capitaine Mougin écrivait à leur sujet, avant notre arrivée : « Si les Juifs d' Oudjda sont les plus heureux des « maudits » du Maroc, les Juifs d'origine algérienne sont les plus heureux des Juifs d' Oudjda. Insisinuants, ils savent se prévaloir du gouvernement français à la moindre vexation du Makhzen.... Ici, le Juif algérien est surtout commerçant aisé, mais crasseux et jouant au pauvre pour ne pas exciter la cupidité des autorités qui ne se font pas faute de le pressurer. Il s'adorme volontiers aussi à la bijouterie et à la cordonnerie. » Aujourd'hui les Juifs d'Oudjda, aussi bien marocains qu'algériens, relèvent la tête après tant de siècles d'oppression et se considèrent comme citoyens français.
Les rues de l'intérieur de la ville, où l'on ne voit que de rares passants ou quelques femmes voilées qui, à la vue de l'étranger, se hâtent de regagner leur demeure, n'offrent que peu d'intérêt; mais, tme fois engagé dans leur dédale à chaque instant coupé d'impasses, il est assez malaisé de s'y orienter, malgré les plaques bleues que notre administration a placées à tous les carrefours. Nous débouchons enfin, après être passé sous une arcade à demi ruinée, sur une vaste esplanade, encadrée d'un côté par les remparts et de l'autre par des fondouks ou caravansérails à arceaux voûtés : c'est le marché aux grains, et des groupes de chameaux, des piles de sacs autour desquels se démènent des caravaniers déguenillés, y forment un tableau amusant. Dans un angle de la place, de primitifs baladins ont installé leurs tréteaux, et les montagnards naïfs, venus à la ville pour vendre leur récolte.
leur font cercle : au son d'un orchestre de flûtes et de luths barbares, une jeune femme, au teint de bronze antique, les cheveux hérissés et vêtue de loques bizarres, exécute une sorte de danse frénétique entrecoupée de bonds et de cris : c'est d'une sauvagerie délicieuse.
Tout près de là s'ouvre une des portes principales de la ville, la Bab-Sidi-Aïssa ou porte de Taza. L'enceinte, formée, comme nous l'avons dit, de murs de 5 mètres de hauteur garnis de créneaux, est percée de quatre portes qui sont : Bab-el-Khemis ou porte du Jeudi à l'ouest, Bab Sidi-el-Houarri au nord, Bab Abdel-Ouahab à l'est, et la porte de Taza au sud. Cette dernière offre un aspect plus monumental que celle par laquelle nous sommes arrivés à Oudjda : sous sa voûte profonde sont de vastes corps de garde où est établi un poste de zouaves, et sa façade extérieure est flanquée de tours carrées aux créneaux dentelés.
Hors de l'enceinte, nous nous trouvons sur une vaste place enveloppée par les superbes oliviers de l'oasis. Il semble que ce soit là, dans ce cadre verdo^^ant, l'emplacement tout indiqué de la future ville française, et déjà tout \m côté de l'esplanade est occupé par des maisons, tandis que des villas aux blanches façades sont dispersées dans les jardins ombreux. Mais ce qui nous surprend et nous enchante, c'est que toutes les nouvelles constructions de ce quartier embrj^onnaire (beaucoup sont encore avix mains des ouvriers) appartiennent au style mauresque, si approprié, avec ses toits en terrasse, ses larges arcades, ses profondes vérandas, à l'existence dans ces pays aux étés torrides et que nos colons ont eu, jusqu'ici, si grand tort de dédaigner. Quelques-unes des villas, appartenant à des ofiiciers de notre corps d'occupation, sont de véritables petits chef-d'œuvre copiés sur de purs modèles d'art arabe. Je ne sais à qui revient l'initiative de cette renaissance artistique, bien rare en Algérie,; mais c'est un bon exemple à suivre.