‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 33 sur 80 · LE CAMP FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE CAMP FRANÇAIS

Par la route ombragée, mais bien poussiéreuse, qui se prolonge à travers l'oasis, nous nous dirigeons vers le camp français. C'est, sur cette voie, un joyeux va-et-vient de nos soldats, zouaves, spahis, tirailleurs, légionnaires, artilleurs, allant ou revenant du marché pour approvisionner la « popote ». Au long du chemin, des paysans les arrêtent pour leur offrir les

Une compagnie de police marocaine se rendant à l'exercice par la porte Bab-Ahd-el-Ouahab. (Cl. Boumendil.)

poulets étiques qu'ils portent pendus en grappes ou les œufs frais qui remplissent le capuchon de leur gandoura ; et ce sont des débats où, dans un sabir fantaisiste, s'exerce la verve de nos soldats, dont finit toujours par avoir raison l'impassibilité du Berbère,

A plus d'un kilomètre de la ville, sur un plateau balayé par l'air pur des montagnes, s'étend le vaste camp français où sont réunis les 2 000 hommes de notre garnison. Les tentes de la première période de l'occupation ont fait place à de vastes baraquements, et c'est une vraie petite ville qui s'étend là; au centre,

le Génie a même élevé un élégant bâtiment surmonté d'une tour d'horloge qui abrite le cercle des officiers.

Sur une des faces du plateau et séparées des casernes françaises par la route, sont dressées les tentes des soldats de la police marocaine que nous nous sommes chargés de former. Des sous- officiers algériens font, en ce moment, manoeuvrer ces recrues maugrebines, et c'est là un spectacle qui ne manque pas d'intérêt, puisqu'il soulève un des points les plus importants de notre intervention au Maroc. On sait que, d'après nos accords de 1902 et 1910 avec le Makhzen, cette force de police, créée par nous et composée exclusivement d'indigènes, sera commandée par des sous- officiers et officiers français ; eUe sera appelée, au fur et à mesure de sa formation, à remplacer dans les Confins de la région nord nos régiments algériens \ C'est évidemment une opération délicate et qui sera d'autant plus longue à exécuter que les finances du Makhzen ne permettent guère de procéder à une formation rapide.

Pour le moment, on termine à Oudjda l'éducation de deux compagnies seulement, et ce premier essai semble très satisfaisant. Ces soldats marocains ont fort borme allure. On a tenu à leur donner un costume qui les diôerencie nettement de nos tirailleurs : il consiste en ime veste ajustée et ime culotte genre cycliste serrée au genou, le tout en toile khaki ; une chéchia, des bandes molletières brunes, une ceinture d'étoffe rouge sur laquelle passe le ceinturon porte-baïonnette, complètent cet uniforme qui ne manque pas de cachet. Les hommes n'ont pas de sac, et leur paquetage se porte en bandoulière. Pour l'hiver et le mauvais temps, ils portent par-dessus la veste une djellaba marocaine, court burnous de laine à raies noires et grises. On projette

I. L'établissement de notre protectorat doit amener é\ndemment de profondes modifications dans l'organisation de cette police, et nous devons rappeler à nos lecteurs que notre relation a été écrite en 191 1.

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