‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 35 sur 80 · L'OUED-OUDJDA · texte numérisé non relu

L'OUED-OUDJDA

Sidi-Yaya, mais le sol est ici tellement peu accidenté, que les voitures circulent fort bien sur cette piste devenue la promenade favorite de nos officiers et des Français d'Oudjda.

De ce côté de la plaine des Angad, le sol, grâce à la présence de l'eau, est presque partout cultivé et, déjà, un grand nombre de parcelles ont été acquises par nos colons, quoique la mise en valeur réelle soit encore à peine commencée et n'approche en rien de ce qui a été fait dans la plaine [des Trifas. Cependant, sous le clair soleil du matin, l'orge naissante s'étend en un tapis vert clair, aussi uni que celui d'un billard, j usqu'au pied des collines qui bordent la plaine au 'sud. Au-dessus, fermant l'horizon comme un noir rempart, s'allongent les escarpements à pic de la chaîne des Zekkara soutenant la lourde masse, toute zébrée de coulées de neige, du Ras Asfour, dont la table culminante s'élève à près de i 600 mètres. Sur le ciel d'un bleu d'azur, des troupes de cigognes planent en grands cercles pour se poser bientôt, en sautillant gauchement, parmi les sillons où deux ou trois laboureurs attardés poussent encore leur charrue.

Quelques centaines de mètres et nous voici sur les bords de la minuscule rivière à laquelle ce coin de désert doit sa séduisante fraîcheur. Etrange rivière, large de 3 à 4 mètres au plus, qui, coulant à pleins bords, sans un arbre, sans un buisson sur ses rives, se déroule en grandes courbes réguhères comme un serpent d'argent étalé sur la plaine nue. A vrai dire, c'est une rivière artificielle, un canal, puisqu'en maints endroits plus élevé que le niveau du sol qui l'encadre, il n'est maintenu que par un minuscule talus par- dessus lequel de minces filets s' échappent, car, sans chercher à régulariser les méandres naturels du cours d'eau, on s'est contenté d'en surélever les bords pour alimenter les nombreuses saignées, les séguias, qui vont porter le liquide vivifiant aux jardins de la ville.

Cette riviérette, malgré son humble apparence, n'a pas moins

un débit journalier de 9 000 mètres cubes d'eau, entièrement fourni par les sources qui jaillissent tout près de là dans l'oasis de Sidi-Yaya. Malheureusement, l'utilisation de cette magnifique provision d'eau est rendue jusqu'ici presque impossible par les anciens usages qui en font la propriété d'un petit nombre de privilégiés. « L,a masse d'eau, dit M. A. Bernard, est divisée en 408 parts, dont le nombre ne peut être ni augmentée ni diminué. Le tour d'eau ne revient que tous les 17 jours, ce qui convient pour la culture de l'olivier, mais ne permet pas la culture maraîchère, ni l'emploi dans les maisons, où il faut moins d'eau mais plus souvent. On arrivera cependant à y remédier par des réservoirs ou tout autre procédé, en même temps qu'un captage très simple assurera l'irmocuité de la nappe ; mais la question est tout de même assez délicate à cause des droits acquis et des usages musulmans. La ville jusqu'ici n'a que de l'eau de puits; au camp, on a également creusé un puits, dont l'eau, m'a-t-on dit, est tout à fait malsaine. » Et, en effet, la fièvre typhoïde fait de trop fréquentes apparitions parmi nos soldats.

Notre chemin suit durant quelques kilomètres ce fameux Oued-Oudjda, qui un peu plus loin s'écarte de nous dans une courbe plus accentuée vers l'ouest. Au moment seulement de l'atteindre, on aperçoit enfin l'oasis d'où vient la rivière. Ce n'est qu'un très petit îlot de verdure, de quelques centaines de mètres de longueur, blotti dans vm étroit repli de terrain entre la plaine et le pied des collines ; mais, quelque modestes que soient ses dimensions, son apparition éveille en nous un certain sentiment de curiosité satisfaite. Le touriste a vraiment de la peine à concevoir une oasis sans palmiers, et ici enfin nous voyons, pour la première fois, se balancer au-dessus des arbres qui les environnent les élégants panaches d'un groupe assez important de dattiers. Dans quelques jours, nous serons blasés sur ce spectacle, lorsque nous aurons erré sous les immenses pal-

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