LES OPÉRATIONS DE
prenait le commandement d'un corps expéditionnaire qui attaquait sur les trois faces le massif des Beni-Snassen, brûlait et razziait les villages rebelles et amenait en moins de trois semaines la soumission de la région parcourue en tous sens par nos troupes.
Le i^i' janvier 1908, le drapeau français flottait sur le Ras Foural, le plus haut sommet du massif, et M. Doumer pouvait dire à la Chambre : « La grande opération du général Lyautey
Un village berbère dans le massif des Béni-Snassen. (Cl. Boumendil.)
ne nous a causé pour ainsi dire aucune perte. Malgré le mauvais temps, un pays difficile et des adversaires sérieux, elle a été conduite avec une rapidité et un bonheur dont ont le droit d'être fiers celui qui l'a conçue et ceux qui l'ont exécutée, »
Nous sommes restés virtuellement les maîtres de ces montagnes qui n'avaient jamais reconnu l'autorité du sultan ; c'est cependant, comme tout le reste des Confins, au nom de celui-ci que nous les administrons. Du même coup, nous avons étendu notre influence sur la belle plaine des Trifas qui s'étend au nord du
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massif jusqu'à la Méditerranée et que limite à l'ouest le cours de la Moulouïa ; c'est là surtout que l'effort de nos colons s'est aussitôt porté et a transformé, avec tme rapidité merveilleuse, ce pays, presque aussi désert que la plaine des Angad en un des plus riches cantons de notre Afrique du Nord.
« En moins de trois ans, nous exposait un jour le [général Lyautey lui-même, plus de 15 000 hectares de cette plaine sont devenus la propriété de nos colons et, jmis en culture, sont dès maintenant en plein rapport. Et ce ne sont pas là des résultats passagers, sans avenir ; de tous côtés, on a construit des fermes aux vastes bâtiments de pierre, avec des installations perfectionnées, des machines agricoles à vapeur, et rien qu'à Berkane on compte maintenant 500 maisons ; il a surgi là une véritable ville « champignon » sans autre exemple peut-être en Algérie. » Et visitant tout récemment cette localité si brusquement apparue au pied du massif des Béni-vSnassen, M. Bernard écrivait : « Berkane est comparable axix plus beaux de ces vUlages de colons qui sont comme la parure de l'Algérie. Là où j'avais vu, il y a deux ans, quelques pauvres baraques en planches, de belles maisons sortent de terre. Tout respire la confiance et la prospérité. lyC village est bien tracé, les rues larges et belles. » Il y a même deux hôtels, modestes encore, mais qui permettent aux touristes l'accès de ce curieux pays. Et Berkane n'est pas le seul centre important créé dans cette région des Confins; plus à l'est, le village de Martimprey, situé tout auprès de notre ancierme frontière, témoigne d'une égale prospérité.
Iv' œuvre ainsi entreprise n'a cessé de se développer, grâce à la sage politique inaugurée par le général Lyautey et si habilement poursuivie par ses successeurs. Peu à peu, les tribus ont été, non seulement soumises, mais si bien gagnées à notre cause qu'elles nous fournissent aujourd'hui desgoums pour la défense du territoire.
L'OCCUPATION DE DEBDOU 109
Quelques semaines après notre départ d'Oudjda, les événements de Fez amenaient le gouvernement à confier au général Toutée, qui venait de succéder au général Lyautey dans le commandement de la division d'Oran, la direction d'un corps expéditionnaire qui devait compléter notre œuvre de pacification dans cette région des Confins. On sait comment, après avoir occupé l'important marché de Debdou et pacifié toute la rive droite de la Moulouïa, nos troupes ont été ^brusquement ramenées en arrière. Pour des raisons de politique, sur lesquelles nous n'avons pas à insister puisqu'elles sont encore pendantes, notre action s'est donc trouvée interrompue, mais elle ne peut tarder d'être reprise, jusqu'au complet couronnement de cette œuvre si importante pour l'avenir de notre France africaine.
Le chemin de fer d'Oran à Colomb-Béchar. — Perrégaux. — En wagon-lit. — Méchéria et l'entrée des Hauts-Plateaux. — La Mer d'alfa. — Le Bled. — Pasteurs nomades. — Naâma et la montagne de sel. — La porte du Sahara. — Première vision d'Aïn-Sefra. — ■ L'arrivée du train.
Dans un avenir sans doute prochain, il sera possible de passer directement de la région Nord des Confins dans celle du Sud, en franchissant les monts des Béni-bou-Zeggou, plus pittoresques encore que ceux de^, Béni-Snassen, puis, par Berguent, aux sources admirables, et Debdou, dont le site émerveilla les premiers explorateurs, de gagner à travers les hauts plateaux du Dahra marocain notre poste d'Aïn-Sefra; mais, quoique il existe des pistes praticables aux voitures reliant entre eux ces divers points, l'état actuel d'insécurité du pays ne permettrait pas d'exécuter ce si intéressant parcours sans une escorte militaire, et cela n'est pas à la portée des touristes pour lesquels nous écrivons ces notes.
Actuellement, pour gagner la région méridionale, nous sommes
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tenus à faire un grand détour, c'est-à-dire à revenir sur nos pas presque jusqu'à Oran, afin de rejoindre le chemin de fer qtii, partant de cette ville, s'enfonce dans le Sud à travers les Hauts- Plateaux et le Sahara orano- marocain sur une longueur de près de 750 kilomètres.
Cette admirable ligne, que l'on considère généralement comme l'amorce du fameux Transsaharien qui doit descendre jusqu'à Tombouctou, ouvre dès à présent au tourisme l'accès de régions naguère encore absolument impénétrables, et ses développements successifs marquent les étapes mêmes de notre pénétration dans ces régions indécises entre l'Algérie et le Maroc que le traité de 1845 appelait des « terres sans maître ».
Vers 1878, tm petit chemin de fer industriel avait été créé pour relier Saïda, situé à la limite du Tell, avec la basse plaine des Chotts où l'on commençait l'exploitation de l'alfa ; son terminus était Modzbah, sunple village d'alfatiers, à 276 kilomètres d'Oran. En 1881, l'insurrection de Bou-Amama ayant montré la nécessité d'occuper militairement cette région des Hauts- Plateaux que nous avions si longtemps négligée, on se mettait activement à l'œuvre et, en 239!'jours, malgré une interruption de devix mois causée par les neiges de l'hiver, le génie miHtaire prolongeait la ligne au delà de Modzbah, sur une longueur de 117 kilomètres, jusqu'au point où s'élève aujourd'hui la petite ville de Méchéria. Dès lord, par bonds successifs, le chemin de fer, devenu l'instrument de notre pacifique conquête, allait continuer sa marche vers le lointain Sud, chacun de ses arrêts amenant la création d'un poste aussitôt entouré d'un embryon de ville parfois éphémère. Ainsi, en 1887, il achève la traversée des Hauts- Plateaiix et atteint Aïn-Sefra, à 492 kilomètres d'Oran; en 1900, il franchit l'Atlas Saharien pour s'arrêter à Djenien-bou-Rezg (592 km.), puis, l'année suivante, àDuve^Tier (610 km.) qui se croit appelé à devenir la métropole du Sahara. Mais, dès 1903, la marche reprend,
LE CHEMIN DE FER D'ORAN A COLOMB-BECHAR m
et la ligne s'avance en août jusqu'à Béni-Ounif (637 km.), aux portes de la''mystérieuse Figuig ; puis un deimier bond la porte, en 1905, à Colomb- Béchar (794 km.), et là elle s'arrête depuis lors, indécise si elle continuera sa course dans le Grand Sahara, ou s'infléchira vers les riches oasis marocaines du Tafilelt.
Sans insister sur l'énorme importance stratégique et commerciale de cette ligne, nous devons faire surtout ressortir qu'elle est, dès à présent, parfaitement organisée pour répondre aux besoins du tourisme. Il y a entre Oran et Colomb- Béchar trois trains par semaine dans les deux sens : les trains partant d'Oran les lundi, mercredi et vendredi soir pour atteindre Colomb le lendemain soir ; ceux, au retour, quittant Colomb les dimanche, mercredi et vendredi matin pour atteindre Oran le lendemain de bonne heure. L,es voyageurs s' arrêtant aux stations intermédiaires disposent donc au minimiun de deux jours avant de poursuivre leur route, ce qui est suffisant pour les gens pressés.
Ces trains, composés de wagons des trois classes, de t5rpe récent, à couloir, etc., comportent un wagon- restaurant, et, détail important, des compartiments- couchettes. L,e nombre des couchettes réservées aux premières classes moyennant un supplément de 12 francs, est malheureusement peu élevé (six à sept par train) et hors de proportion avec celui des touristes qui circulent sur la ligne de novembre à avril: aussi est- il prudent de s'en assurer l'usage à l'avance. Ainsi fîmes-nous, par un télégramme envoyé d'Oudjda au chef de gare d'Oran.
Ayant, de cette façon toute moderne, organisé notre « caravane » pour la traversée du désert, nous quittons Oudjda de bon matin et regagnons, dans notre voiture, lyalla-Mamia, où nous constatons que la douane française, par une visite minutieuse de nos bagages, nous traite en véritables Marocains. Pour un peu les trop zélés gabelous algériens nous faisaient manquer notre train, car nous tenions à faire cette fois en chemin de fer la traversée
des montagnes de Tlemcen. Et le trajet en vaut la peine : la voie ferrée s'enfonçant à travers le massif révèle toute la beauté de ses profondes et verdoyantes vallées, de ses gorges sauvages où bondissent les torrents nourriciers de la Tafna.... Puis, nous voyons avec plaisir repasser sous nos yeux des tableaux qui semblent déjà familiers : Tlemcen, ses falaises roses et ses cascades ; Bel- Abbés et le Tessala.... A 6 heures, nous descendons à Sainte- Barbe- du- Tlélat pour gagner, sans retourner à Oran (ce qui nous ferait manquer le train saharien), la station de Perrégatix où la ligne de Colomb- Béchar croise celle d'Alger.
Perr égaux est une petite viïle aux larges rues ombragées d'arbres et de palmiers ; c'est un des principaux centres agricoles de rOranie et la plaine qui l'entoure est un vaste jardin arrosé par les canaux de dérivation de l'Habra, dont le lac artificiel, le plus vaste de l'Algérie, forme un réservoir de près de 40 millions de mètres cubes.
Notre arrêt ici est, du reste, fort court, et nous avons à peine fini de dîner que le train du Sahara entre en gare. Un moment d'anxiété pour savoir si nos places ont bien été retenues, car les wagons regorgent de voyageurs; mais, un instant après, l'inspecteur des wagons-lits, un nègre affable et empressé, nous a ouvert le compartiment réservé, déroulé les étroites et blanches couchettes, tout disposé : nous voici fort confortablement installés, et le train se remet en route. La nuit sans lune est noire, profonde : nous n'avons qu'à dormir.
Cette partie du trajet est cependant fort intéressante, et on peut regretter de ne pas la faire durant le jour, mais il faudrait pour cela perdre une journée entière.
Au cours de la nuit, nous franchissons la chaîne des montagnes de Saïda, nous élevant ainsi jusqu'à ElralfaUah situé à plus de I 100 mètres d'altitude et qui marque l'extrême limite du TeU. lyà commencent les champs d'alfa, et c'est ici que le rebelle Bou-
MECHERIA
Amama, en 1881, surprit et massacra plusieurs centaines d'ouvriers espagnols occupés sur les chantiers, action qui fit décider la prolongation immédiate du chemin de fer. Puis, nous descendons de quelques centaines de mètres pour franchir la large dépression des Chotts, sorte de fossé qui sépare des Hauts- Plateaux l'Atlas Tellien et au fond duquel dorment les vastes lagunes plus qu'à demi desséchées du Chott Chergui et du Chott Gharbi
Méchéria et le Djebel Antar. (Cl. Boumendil.)
qui se prolongent jusqu'à la frontière marocaine. Presque au centre de cette dépression, se trouve le poste du Kreider, où la patiente ingéniosité de nos soldats a réussi à créer une petite oasis de verdure sur cette plaine recouverte d'inflorescences salines.
La locomotive halète : nous nous élevons rapidement pour parvenir de nouveau à l'altitude de 1 100 mètres, niveau moj-en de cette partie du plateau, et l'aube point lorsque nous atteignons Méchéria, la première petite cité du Bled oranais.
Au pied de la masse sombre du Djebel Antar, petit massif isolé au milieu du désert, et dont les escarpements de 500 mètres de hauteur semblent taillés dans du charbon, des maisons basses s'éparpillent sur un assez vaste espace, entrecoupées de maigres jardins aux arbres dépouillés de feuilles : à la clarté douteuse du matin, ce paysage revêt un aspect lugubre ; l'air est glacial et, sur le quai de la gare, Arabes et Européens s'enveloppent dans leurs manteaux ou burnous.
Surgie spontanément sur ce plateau désolé, dès la création du chemin de fer en 1881, Méchéria est cependant la petite métropole de cette région et un des plus gros marchés de l'Oranie pour le commerce des laines, des moutons et des alfas. Elle compte quelques centaines d'habitants. Français et Espagnols, négociants hardis et entreprenants qui n'ont pas hésité à venir s'établir dans ce pays, im des plus rudes du globe.
Pendant l'arrêt assez long que nous faisons ici, le jour s'est levé et, par- dessus le lointain horizon enveloppé de brume, s'élancent les premières flèches de feu de l'aurore. Le train se remet en marche. Debout sur la plate- forme qui précède notre wagon, nous restons, malgré le froid piquant, à contempler le spectacle impressionnant du soleil s' emparant graduellement de l'immense plaine. Tout au loin, quelques dentelures de rochers s'estompent de tons violacés, tandis que, sous le vent glacé, des rafales grises courent sur les vagues herbeuses de la mer d'alfa ; puis des éclairs dorés sillonnent la surface mouvante, qvii soudain s'embrase tout entière d'une exquise lueur rose. Mais bientôt, au-dessus du rideau de brume, l'orbe rouge du soleil apparaît tout entière, ses rayons inondent la plaine, et le trop court mirage s'évanouit ; les teintes se fondent, s'éteignent et font place à tme uniformité roussâtre qui couvre le désert d'une gigantesque fourrure fauve.
Comprise entre les montagnes du Nord qui se dressent audessus du Tell algérien et celles du Sud qui bordent le Sahara,