‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 45 sur 80 · PANORAMA DE MONTAGNES · texte numérisé non relu

PANORAMA DE MONTAGNES

vallée et l'encadrement de ses superbes monts, Djebel Mektar, Djebel Aïssa, Ras-Touil, Tanout, dressant à plus de 2 000 mètres leurs flancs d'un brun rougeâtre tout striés de neige. Au nord, la large trouée du Feïdjet-el-Betoum laisse apercevoir les plaines fauves des Hauts- Plateaux, tandis qu'au sud les remparts calcinés se resserrent des deux côtés du couloir sinistre

Le ksar d'Aïn-Sefra. (Cl. Guath.)

qui est la porte du Sahara et dont Aïn-Sefra, sentinelle farouche, accroupie à nos pieds, garde la clef.

Nous nous laissons glisser sur le versant rapide qui dévale vers le bois ; autour de nous, parmi le sable qui s'écroule, se montrent les rameaux verts de hauts eucalj'ptus déj à ensevelis presque jusqu'au sommet. Sur ce point, la dune perfide a réussi à faire dans le bois une large échancrure, et ses coulées blondes s'insinuent jusque sous le taillis : l'on se demande qui restera vainqueur dans cette lutte entamée par l'homme contre l'irrésistible élément !

Obliquant vers la gauche, par un chemin charmant que longe

un rmsseau, nous redescendons dans le val et débouchons sur le plateau de sable et de pierre où le ksar d'Aïn-Sefra groupe ses masures branlantes.

Ksar (au pluriel ksour) est le nom sous lequel on désigne dans tout le nord de l'Afrique les bourgades fortifiées des oasis et de la montagne et, par ce temps de politique africaine intense, c'est tm terme qui semble peu à peu passer dans notre langue. Or, le ksar d'Aïn-Sefra est le premier que nous rencontrons, et ce n'est pas sans quelque curiosité que nous pénétrons dans ses ruelles tortueuses, enserrées entre de hautes murailles de terre grise ; ce n'est toutefois et n'a jamais été qu'un misérable village, une agglomération de bâtisses croulantes. Il offre cet aspect si caractérisque de ruines que nous retrouverons jusque dans les beaux ksour de Figuig, mais il manque ici le cadre prestigieux des profondes palmeraies et des jardins verdoyants, la vie intense des grandes oasis, et ce serait déflorer nos impressions que de nous attarder à décrire cet amas de gourbis.

Tout au bas du coteau, dans les aUuvions de l'oued, s'allongent de maigres jardins au-dessus desquels pointent quelques dattiers isolés et stériles dont le vent secoue les palmes jaunes.

Maintenant le ciel se couvre, masquant de gros nuages le soleil qui descend derrière la cime des monts ; quelques gouttes de pluie glacée nous cinglent le visage. Nous rentrons à l'hôtel où nous attend le lieutenant Renault, officier du Bureau arabe, qui vient fort gracieusement nous aviser que, selon les ordres donnés par le général Alix, il nous accompagnera demain pour visiter la célèbre oasis de Tiout.

Ce soir, après dîner, la bise fait tourbillonner sur la place des rafales de neige aussitôt fondue, et dans la cheminée de notre chambre la petite négresse Fatma a entassé un feu crépitant de souches de genévriers et de thuyas arrachées sur la haute montagne.

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