LE CHATEAU ROUGE
chaude lumière, la Hammada s'étale comme une gigantesque coulée de lave incandescente.
A peu près à mi-chemin de Tiout, au centre même du couloir, se dresse un entassement de blocs énormes, qui simulent à distance les ruines d'un donjon féodal, si bien que nos soldats l'ont surnommé le « Château Rouge » ; de près même, l'illusion persiste : au pied des tourelles sculptées par les météores se dessinent des portes à demi effondrées et sur les murs, formés de dalles disjointes,
La Koubba et le cimetière de Tiout. (Cl. Rousselet.]
on croit distinguer la trace du mystérieux incendie qui renversa cette sombre forteresse des Djinns.
De temps à autre, nous croisons la ligne du chemin de fer saharien, dont la voieplacée sur le sol, à peine remblayé et simplement débarrassé de ses pierres, serpente au fond du défilé. Un télégraphe aérien la suit, dessinant les sinuosités que les brisures de la Hammada, ont imposées aux ingénieurs pour éviter de coûteux remblais ; mais il a fallu prévoir le cas où les fils seraient coupés par les bandits marocains, et, sur les cimes voisines, on aperçoit les petits blockhaus blancs où sont installés des postes de télégraphie optique chargés, en cas de besoin, d'assurer la trans-
mission des dépêches. Ces postes optiques, qvii furent du reste longtemps les principaux instrtunents de communication, ne servent plus que rarement et sont appelés à disparaître prochainement, lorsque la télégraphie sans fil sera installée dans tout le Bled oranais.
Un peu après le passage du « Château Rouge », qui marque, comme nous avons dit, environ la moitié de la route que nous avons à parcourir, les contreforts du Djebel Aïssa, situé sur notre gauche, s' abaissent de plus en plus, tandis que la paroi du Mektar s'incline vers le sud. Le couloir s'épanouit peu à peu en ime assez large plaine, les caillouxde la Hammada s'espacent de plus en plus et font place à un sol sablonneux couvert d'un maigre pâturage^ ; devant nous, par- dessus les molles ondulations d'vme dime, s'allonge tme ligne de palmiers dont on n'aperçoit que les panaches ondulants : c'est Tiout.
Bientôt notre voiture s'arrête au pied de la dune, auprès de la koubba de Sidi-Ahmed-bou-Youssef, le marabout fondateur de la puissante famiïle des aghas de Tiout : le mausolée n'est qu'un cube de terre badigeormé à la chaux, qui porte aux angles des ornements en forme de cornes ; au milieu de sa terrasse s'élève une petite coupole à huit pans, surmontée du croissant de l'Islam. Tout autour, sur tm vaste espace, depetites dalles aiguës, plantées de champ comme des ardoises, marquent la longueur des tombes des vrais croyants, type de l'humble et immuable cimetière qui marque l'abord de toutes les cités sahariennes.
Tiout est la capitale, si l'on peut employer ce terme, de la puissante tribu des Amour, la résidence de l'agha, le chef suprême de la confédération.
Ces Amour ou Ahmeur sont divisés en deux grandes fractions, dont celle de l'Est, composée de laborieux cultivateurs presque sédentaires, a donné son nom au puissant Djebel dans lequel naît le Chélif, tandis que ceux de l'Ouest, absoliunent nomades,