‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 50 sur 80 · L'ATLAS SAHARIEN · texte numérisé non relu

L'ATLAS SAHARIEN

La nuit approche ; mais voici Aïn-Sefra, où nous rentrons un peu moulus par les cahots, mais fort satisfaits de notre promenade.

L'Atlas Saharien. — D'Aïn-Sefra à Figuig. — Traversée de la chaîne des Ksour. — Aïn-el-Hadjadj et le Djebel-bou-Leghfad. — Les hétoum. — Le « lieu des Embuscades ■>. — Un fleuve saharien. — Stations fortifiées. — Iv'oasis de Moghrar- Foukani. — La révolte de Bou-Ainama. — En wagon-restaurant. — - La grande caravane des Hamyan. — Squelettes de montagnes. — Le déménagement d'une ville. — Arrivée à Béni-Ounif-de-Figuig.

Aïn-Sefra est placé, comme nous l'avons déjà dit, à l'entrée d'une des principales voies naturelles qui font communiquer les Hauts- Plateaux oranais avec la région occidentale du Sahara. La série de défilés qui constitue le couloir sinueux où serpente le chemin de fer pour franchir l'Atlas Saharien a un développement de 150 kilomètres. Sur tout, ce parcours la locomotive ne rencontre que des seuils peu accentués et dont aucun n'a nécessité la construction de tunnels ou même de tranchées.

Les montagnes qui forment saillie entre les hautes terres du Sud-Oranais et l'immense dépression saharienne, entre le désert du Nord et le désert du Sud, sont, en effet, loin de présenter l'aspect d'une chaîne continue. Soumis aux mêmes forces d'érosion qui ont nivelé le plateau, les monts des rangées bordières ont été fort entamés et il n'en reste en maint endroit que des massifs étroits, séparés les uns des autres par des « bouches » qui donnent directement accès aux steppes du Sahara. Au-devant du front des montagnes, quelques buttes isolées au milieu des sables ou des fonds caillouteux témoignent du travail de déblaiment qui s'est accompli. « Ces monts présentent, dit le capitaine Poirmeur, l'aspect général d'vme série d'îles ou d'îlots plus ou moins massifs, allongés dans la direction du plissement. Ces îles sont isolées les unes des autres, séparées par des couloirs et des

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trouées offrant l'aspect d'une plaine continue où les chaînes se dressent à l'improviste. »

Quoique la plupart des sommets de cette chaîne fracturée, usée par les forces météoriques, atteignent et dépassent parfois l'altitude de 2000 mètres, il faut tenir compte que les plaines et les larges vallées d'où ils surgissent sont elles-mêmes encore très élevées, ce qui donne à ces pics isolés une apparence assez modeste : on peut en juger par la vue du Djebel- Zarif, mesurant près de 1700 mètres, dont je pus, de la plate-forme de notre wagon, prendre une photographie assez tj^ique de la configuration spéciale de ces montagnes.

Cependant, après notre occupation de l'Algérie, c'est à cette chaîne que nos géographes décernèrent le titre de Grand Atlas, reporté plus justement depuis à la puissante rangée de cimes neigeuses du Maroc méridional et remplacé par celui, plus précis, d'Atlas Saharien. L,es Arabes lui dorment le nom de monts de la Kibla ou « du côté de la Prière ». Dans la pratique courante, on désigne plus spécialement la partie que nous allons traverser sous le terme de « Monts des Ksour », sans doute à cause des nombreuses bourgades fortifiées qui se cachent dans leurs replis, à moins, comme le pense Elisée Reclus, que l'on ait voulu rappeler la forme même de ces montagnes. « Chaque groupe, dit-il, appelé kisn, « fort », kelaa, « château », par les Arabes, a sa dénomination particulière. Bien séparés les uns des autres par des oueds qui descendent des plateaux du nord pour aller se perdre dans le Sahara, plusieurs de ces massifs ont, en réahté, la forme d'ouvrages militaires : ils présentent sur leur pourtour ime sorte de rempart, et vers l'intérieur se creusent en bassins au lieu de se dresser en pyramides ou de s'arrondir en dômes. »

Nous quittons Aïn-Sefra à neuf heures du matin, par le train qm nous y a déposés il y a deux jours, et qui doit cette fois nous conduire à Figuig.

tu

IvA CHAINE DES KSOUR 155

La voie s'engage dans le couloir rocaiïletix au fond duquel coule rOued-Sefra et que nous avons suivi hier pour aller à Tiout. Il nous semble qu'il eût été plus commode, moins cahotant surtout, d'employer alors pour notre visite ce mode de locomotion; mais, quoique une station desserve l'oasis, celle-ci en est éloignée de près de 5 kilomètres, et en tout cas la question du retour se poserait pour les touristes, à moins de rester durant vingt-quatre heures l'hôte de l'aimable Si Mouley. Du reste, de l'oasis elle-même, on aperçoit seulement, du haut du viaduc que franchit le chemin de fer, un petit groupe de palmiers, tout au bout d'une large coulée de sable jaune, sans aucune trace d'eau et encadrée de rochers noirs.

A partir de ce point, la ligne, qui s'est dirigée droit à l'est, va décrire une vaste courbe contournant la base du Mektar pour reprendre sa direction normale vers le sud- ouest. Le paysage revêt cet aspect de sinistre grandeur qu'il conservera, sous des formes continuellement variées, jusqu'à notre débouché dans le Sahara.

Cette traversée de la chaîne des Ksour produit certainement une des impressions les plus fortes que l'on puisse éprouver dans notre Afrique du Nord, impression, pourrait- on dire, de stupeur, devant ce spectacle de désolation que la parure d'une végétation momentanée ne vient pas atténuer à cette époque; par un temps gris et sombre, cette impression peut aller jusqu'à l'angoisse, car il faut la large clarté du soleil pour ne pas avoir l'âme serrée en se trouvant dans ces lieux si longtemps les plus farouches et les plus inaccessibles du globe.

Resserrée dans une gorge étroite que dominent des escarpements calcinés, effroyablement nus, l'étroite voie, posée sur son remblai de roches tranchantes, se glisse entre les deux puissants massifs du Mektar et du Tanout. Un instant, à une demi- heure de Tiout, une épaisse traînée de dattiers remplissant l'étroit ravin d'Aïn-

el-Hadjadj se montre à notre gauche et jette une brusque note de vie dans cet ensemble désolé. Au-dessus des bouquets de palmes de l'oasis déserte se dresse l'étrange Djebel-bou-Leghfad (i 690 m.) dont le sommet, formé de deux dents aiguës, encadre une sorte de cratère ébréché que remplit un épais dépôt de sable doré, offrant ainsi le curieux spectacle d'un mont coifte d'une dune ; à moins que les géologues en donnent une autre explication, on peut supposer que ce sont les terribles tourbillons venus du désert qui ont ainsi peu à peu rempli ce faux cratère.

Maintenant le défilé se détend, la vallée s'élargit brusquement en une plaine de roches et de sables, toute coupée de déchirures, percée de crevasses, de trous. Au hasard, dispersés en ces creux noirs ou sur le fianc des buttes, se montrent des arbres au tronc trapu, aux branchages desséchés et bizarrement contournés comme des œuvres de ferronnerie : ce sont des bétoum, térébinthes ou pistachiers sahariens, le seul arbre qui puisse résister à ce milieu des grands vents, de l'extrême sécheresse et des températures extrêmes. Ces bétoums sont, dit-on, archicentenaires, peut-être millénaires. Dans un mois, sans doute, leur sombre et épais feuillage viendra rompre l'uniformité grisâtre de la plaine et apporter au voj'ageur son ombre bienfaisante, mais nous les aimons mieux ainsi et leurs squelettes tragiques complètent le décor de ce sinistre coupe-gorge.

C'est ici, du reste, le paj's auquel les Arabes ont si justement décerné le surnom de Mekanem, le « Lieu des Embuscades ». « Car, pour sévère et âpre que se montre le pays, écrit l'explorateur Félix Dubois, les tribus berbères et arabes sont nombreuses qui le sillonnent. Mais le cadre a naturellement marqué ces nomades de sa rude empreinte. La race est âpre, elle aussi, abrupte comme le flanc de ses rochers, violente comme le vent de steppe tueur de montagnes, avide tel le sable des dunes à l'égard de la pluie. Pour la jouissance d'un point d'eau, d'im pâturage, on se

LA VAIvLÊE DU NAMOUS 157

couche en joue ; pour ravir chameau ou mouton, on s'entretue. Les chiens des campements hurlent à la mort souvent.... Sur les pistes, nombreux sont les tumuli qui marquent les assassinats du chemin, et l'on fait des centaines de kilomètres pour venir tuer, pour voler. La plaine est là, également propice aux incursions sou-

La vallée du Namous dans la chaîne des Ksour. [Cl. Roiisselet.)

daines et aux fuites rapides ; les chaînons de montagnes, leurs cols, leurs brèches favorisent les évanouissements. »

Au long de cette lugubre vallée coule entre des berges érodées le Namous, appelé ici Oued-Rouïba, dont les branches en éventail drainent toute la partie orientale du massif des Ksour. Souvent, durant l'hiver, son cours impétueux remplit le large couloir ; actuellement, il trace encore entre les rochers noirs un scintillant ruban d'argent, mais dans un mois il ne sera plus guère marqué, de loin en loin, que par de larges flaques d'eau, des redir comme

on dit ici. Théoriquement, ce « fleuve saharien » appartient a bassin du Niger, et, sans doute, il y a de nombreux siècles, il allaii rejoindre au lointain Touât la grande artère que trace laSaoura; mais, si son lit se suit encore sur plusieurs centaines de kilomètres à travers le Sahara jusqu'au pied des dunes du Grand Erg, il es" rare que ses eaux, presque aussitôt bues par les sables, dépasseni la limite du massif montagneux où il est né.

Vers onze heures, le train s'arrête à la station de Rouïba, q marque le point où la ligne, ayant doublé le promontoire d massif du Mektar, prend la direction du sud- ouest. Perdue dans cette affreuse solitude, la petite gare se dresse là comme une sentinelle guerrière, avec ses hauts murs percés de meurtrières, ses terrasses crénelées, ses chemins de ronde blindés d'acier comme des tourelles de cuirassés, ses portes et ses volets bardés de fer. Peut-être ai-je oublié de dire qu'il en est ainsi de toutes les stations de la ligne saharienne dont on a fait de véritables forteresses à l'abri de l'incendie et capables de résister à l'attaque d'un ennemi même nombreux. Les employés, armés de carabines et pourvus d'amples munitions, vivent là sur le pied de guerre. Aux approches de la nuit, et même à la moindre alerte, les portes sont barricadées et les sentinelles veillent, et, quoique le pays soit maintenant pacifié, ces mesures de précaution sont toujours strictement observées. Chacune de ces stations compte une dizaine de Français tant employés au service des trains et des marchandises qu'à l'entretien de la voie exécutée sous leurs ordres par des indigènes des douars voisins, et ces braves gens, groupés avec leur famille dans ses minuscules citadelles, ont l'air de supporter allègrement cette rude existence. Les trains montant ou descendant leur apportent chaque jour le pain, la viande, les nécessités de la vie et aussi, chose non moins précieuse, le contact avec leurs semblables, la brève causerie au passage avec les camarades. Aussi la halte se prolonge- 1- elle toujours

L'OASIS DE MOGHRAR 159

peu au delà des minutes réglementaires : les femmes et les jeunes filles échangent de joyeux propos avec les employés du train ou les passagers ; les enfants, fort nombreux d'habitude, gambadent aux portières des wagons. C'est vraiment unrayonnement debonne humeur, de courageuse gaîté française dans cet affreux désert.

L,e train se remet en marche ; bientôt le défilé de nouveau se resserre entre des masses rougeâtres, flambées de noir ; le vent s'engouffre avec bruit dans cette gorge étroite. Et soudain, de la plate-forme de notre wagon, nous voyons onduler devant nous les panaches frémissants d'une énorme coulée de palmiers remphssant une profonde crevasse. C'est la fameuse oasis de Moghrar Foukani (Moghrar d'en Haut) qui, avec sa voisine, Moghrar Tahtani (d'en Bas), constitue un des groupes les plus importants de la région des Ksour, puisqu'à elles deux elles ne comptent pas moins de 26 000 dattiers en plein rapport.

C'est grand dommage que l'on ne puisse s'arrêter ici, car, d'après les descriptions que m'en fit le lieutenant Renault, ces oasis, que peu d'Européens, en dehors des officiers de nos Bureaux arabes, ont visité, abondent en sites délicieux, profondes palmeraies s'enfonçant parmi les roches abruptes, oueds bordés de lauriers- roses, vastes réservoirs encadrés de figuiers et de jardins.... Mais, pour nous donner une brève vision de ces beautés inaccessibles, le train ralentit son allure au travers de l'oasis, puis longe à le toucher le ksar dont les maisons basses, cubes de terre grise, s'alignent au pied de hautes assises de grès rose étagées enterrasses. Les Moghrariens, qui appartiennent à la tribu des Amour, malgré leur ancienne réputation de bandits fanatiques, se pressent pacifiquement au passage du train, et leurs faces bonzées s'épanouissent en des sourires qui n'ont rien de farouche.

C'est à Moghrar que naquit le fameux Bou-Amama, « fils d'tm infime brocanteur marocain de Figuig, homme sans origine et sans instruction » et que certains auteurs ont représenté comme

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une sorte de Mahdi. « On a voulu voir en Bou-Amama, dit le ' capitaine Piquet, un de ces illuminés dangereux qui, prêchant . la guerre sainte, arrivent à entraîner d'importants contingents. Bou-Amama, certainement, n'avait jamais rêvé jouer pareil rôle ; c'était un petit marabout qui, sans doute, s'adonnait aussi aux pratiques de charlatanisme dont ses pareils tirent des revenus des populations naïves.... Les Ksouriens racontaient que, bien que le moulin de sa zaouïa ne s'arrêtât de moudre ni jour ni nuit, la provision de grain ne diminuait pas dans les silos ; ils affirmaient à Bou-Amama lui-même qu'il avait fait jaillir des sources, bref, lui attribuaient les miracles classiques. I,e marabout restait lui- même confondu d'une telle simplicité ; mais son prestige sur ceux qui l'approchaient était immense et pouvait devenir dangereux. De fait, cette popularité devait fatalement le mettre à la tête des mouvements qui troublaient périodiquement ces régions, où les tribus profitaient de leur situation pour échapper à la fois à l'autorité de la France et à celle du Maroc. Depuis 1875, il était établi à Moghrar et sa réputation de pitié et d'ascétisme s'était répandue dans le pays. Il accueillait les voyageurs, guérissait les malades....

« Au début d'avril 1 881, le bachagha de Frenda avisait les autorités militaires de l'existence d'un complot auquel participaient Bou-Amama et des indigènes de Harrar et des tribus des cercles de Géryville et de Saïda. Ordre fut donné d'arrêter les émissaires du marabout, et un sous- lieutenant, détaché à cet effet chez les Djeramnas, fut assassiné avec son escorte; ce fut le signal d'un certain mouvement qui toutefois ne s'étendit pas de suite. Nos goums, ainsi que les troupes réunies en avant de Saïda et de Sebdou, couvrirent le Tell ; l'agha de Saïda se lança même au delà des Chotts sur la route de Géryville avec 800 chevaux ; mais, abandonné de ses goiuniers au contact des Trafis, il se replia. Toutefois, les insurgés gagnèrent le territoire marocain et un

BOU-AMAMA i6i

répit se produisit pendant lequel on put relever le télégraphe qui avait été détruit.... Pendant tout le printemps, un certain nombre de colonnes essayèrent d'atteindre et de réduire les partisans de Bou-Amama, mais leurs mouvements demeurèrent sans liaison et un peu incohérents ; elles n'empêchèrent pas le marabout de remonter vers le Nord, en juin, jusque chez les

La palmeraie de jMoghrar-Foukaiii. {Cl. Rousselet.)

Hassasnas, dont il pilla les silos et où il jeta la terreur sur les chantiers d'alfa. Ce n'est qu'en octobre qu'on se résolut à une action sérieuse ; le colonel de Négrier vint prendre au camp d'Aïn-Sefra la direction des opérations. Dans les premiers jours du mois, on fouilla le pâté montagneux des Amour, et une colonne partie d'Aïn-Sefra atteignit Bou-Amama établi sur l'Oued-Fendi. Les insurgés durent se battre en désespérés pour donner à leurs familles le temps de fuir. Une mission topographique envoyée au Chott Tigri avait été, vers la même époque, anéantie en partie :

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ce fut le dernier échec que l'on eut à déplorer. Des colonnes parties d'Aïn-Sefra et d'Aïn-ben-Khelil atteignirent encore, la première, les campements de Bou-Amama, la seconde, celle des Djambas, mais ne firent que du butin ; d'autres troupes, parties d'El-Aricha, rencontrèrent les Béni-Guill et leur tuèrent 80 hommes. Ce fut la fin des opérations. »

Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur l'importance du mouvement insurrectionnel suscité par Bou-Amama, on peut dire que ce fut un événement capital pour notre politique africaine; ce fut le coup de fouet nous réveillant de l'inexplicable torpeur qui, depuis si longtemps, nous retenait arrêtés sur les limites du Tell. C'est de ce jour que date notre pénétration dans les régions sahariennes et les Confins Marocains. Dès 1881, en effet, pour empêcher tout retour offensif du marabout de Moghrar, on décidait la construction du chemin de fer, la création de Méchéria, celle d'Aïn-Sefra : c'était la marche en avant, qui depuis lors ne s'est pas arrêtée.

Pour en finir avec Bou-Amama, rappelons qu'après s'être retiré à Figuig, puis au Touât, notre vdeil adversaire, devant nos progrès constants, avait dii remonter dans le nord du Maroc, d'abord à Debdou, puis à Aïoun-Sidi-Mellouk, où il est mort le 7 octobre 1907, peu de mois avant que nos troupes ne vinssent planter le drapeau français sur son dernier refuge. Depuis longtemps convaincu de l'inutilité de lutter contre nous, il avait cherché à ses derniers moments à se faire pardonner son passé et, sur ses conseils, son fils s'est rallié à notre cause ; et cela a pu nous servir, car ici, en ce paj^s sauvage, le nom de Bou- Amama n'a rien perdu de son prestige et partout nous retrouverons les souvenirs de son passage.

Comme nous quittons Moghrar, il est onze heures et demie et nous passons dans le wagon- restaurant. C'est une surprise de cette traversée du désert de trouver là un déjeuner de tout

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