‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 52 sur 80 · UNE CAPITALE SAHARIENNE · texte numérisé non relu

UNE CAPITALE SAHARIENNE

habitants surprendrait les Parisiens transplantés brusquement du boulevard dans cette cité nouvelle sortie de terre tout à coup à 6 kilomètres à peine de la mystérieuse Figuig. »

Il y eut là, en effet, un moment de prospérité intense.

« Il semblait alors que ce fût le Pactole et non la Zousf ana qui roulât ses flots d'or dans ce désert. Tout le monde avait cheval et voiture ; on ne buvait que du Champagne ; de magnifiques constructions de style mauresque, un peu en façade et en trompel'œil comme les entreprises commerciales qu'elles étaient destinées à abriter, s'élevaient hardiment. Il ne faisait pas bon de douter alors de l'avenir de Béni-Ounif.... »

Mais ce ne fut qu'un feu de joie. I,a prolongation du chemin de fer jusqu'à Colomb- Béchar, à 120 kilomètres plus au sud, l'ouverture sur plusieurs points des Confins de nouveaux marchés, la réduction du corps d'occupation, amenèrent une décadence si brusque du mouvement d'affaires que, de plus de 5 millions en 1905, il tombait au-dessus de 3 en igog. I^a plupart des grandes maisons de commerce quittèrent la place, et on se demanda un moment si Ounif n'allait pas avoir le sort de Duveyrier et disparaître comme lui sans laisser de trace. Cependant la crise paraît s'être arrêtée et l'équilibre peu à peu se rétablit. I,e voisinage de Figuig qui a lui seul présente un groupe compact de 17 000 habitants laborieux et industrieux, ne peut qu'assurer à notre petite capitale saharienne un avenir qui, sans avoir les éclats du début, lui assurera tine calme et durable prospérité. Mais c'est de son site même que Béni-Ounif tirera sans doute un jour prochain d'incomparables ressources, Les oasis de Figuig, les montagnes environnantes et jusqu'aux âpres déserts de la Zousfana, si facilement accessibles, offrent des paysages vraiment incomparables, et il ne manque, pour les mettre en valeur, que de fournir aux touristes les commodités

de séjour et de transport que les agences anglaises ont si bien

SU réunir auprès des sites célèbres de l'Êg^T^te. « Les palmeraies de Figuig valent les bords de Nil. Ce serait après tout, conclut M. Bernard, la mise en valeur de la vraie richesse de ce Sud, le soleil et la lumière. » Ajoutons que, malgré le voisinage du Sahara, Béni-Ormif, situé à 800 mètres d'altitude, dans une des atmosphères les plus sèches qu'il soit, a un climat non seulement fort agréable durant l'hivernage, mais d'une salubrité extrême. Le vent y souffle parfois d'une façon désagréable, et c'est malheureusement cette expérience qui nous fut réservée dès notre arrivée.

Aussitôt débarqués du train, guidés par le garçon à casquette galonnée qui transporte nos bagages, nous nous dirigeons vers l'hôtel sous des rafales qui nous enveloppent de tourbillons de poussière. Quelques enjambées à travers des cailloux roulants, parmi lesquels on n'a même pas débla^'é un sentier, terrain neutre qui dépend de la voie, et nous atteignons les premières maisons de la ville, cubes de pierre ou de toub badigeonnés de couleurs vives, alignés en une longue façade qu'entament de larges avenues rectilignes. Courbant les épaules sous le vent qui nous pousse, nous nous engageons dans ime de celles-ci. La première impression est peu engageante, presque lugubre ; à voir ces voies désertes, où le sable ondule en vaguelettes, il semble que la ville soit abandormée; mais il faut tenir compte des intempéries, les habitants sont sans doute à l'abri dans leurs demeures, et le soleil, hélas ! absent, est vm facteur indispensable de la beauté de ces paj^s. Cependant nous remarquons que les rues sont non seulement bordées de trottoirs, mais que d'élégants candélabres ornent les carrefours où des bornes de fonte épandent une eau étincelante : éclairage (?) et eau, voilà des signés évidents d'une civilisation avancée.

Au détour d'une rue, tme longue façade à créneaux et à portail mauresques, encadrée de deux tours rondes : c'est l'hôtel du Sa-

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