L'HOTEL DU SAHARA
hara. I,a portes'ouvre, l'hôtelier s'empresse. Nous pénétrons dans un salon orné de tapis arabes, de trophées sahariens, peaux de lynx, cornes de mouflons ; on nous montre la salle à manger, spacieuse, haute, aux murs décorés de primitives peintures arabes ; enfin par un escalier, d'une raideur inquiétante, on nous fait grimper jusqu'à la chambre qui nous est destinée et
La Redoute à Béni-Ouiiif.
qui occupe le premier étage d'une des tours. Ce n'est pas encore le Palace Hôtel du Caire, mais c'est bien tenu, confortable, avec une pointe de pittoresque qui n'est pas pour déplaire, et au fond on est assez agréablement surpris de trouver tout cela en plein Sahara farouche.
Malgré le vent, nous ouvrons notre fenêtre ; du balcon, la vue est impressionnante. Devant nous les basses terrasses, dominées çà et là par un dôme blanc, forment un ensemble presque soudanien, que ne dépare pas le haut pavillon à arcades ogivales
dominant la Redoute ; puis, au delà des bâtiments militaires, l'entassement des masures terreuses du ksar, surgissant d'un long bosquet de palmiers, et tout au loin, à demi voilé par la poussière, la crête dentelée des monts de Figuig où s'ouvre le fameux triangle du col de Zenaga, porte si longtemps infranchissable de la plus mystérieuse des oasis. Mais une rafale nous repousse.... Du reste, pour jouir de ce merveilleux tableau, il nous faudra attendre le retour du soleil.
« Ce temps affreux va-t-il durer longtemps ? demandons- nous à l'hôtelier. — Oh ! dit celui-ci avec un gracieux sourire, c'est un petit coup de sirocco sans importance, il n'y paraîtra plus demain. »
Je m'occupe donc de préparer pour le jour suivant notre expédition à Figuig, et pour cela, bien que la journée soit avancée, il faut que je m'adresse au capitaine Pariel auquel le général Alix a bien voulu nous recommander. Cet officier commande ici le Bureau arabe et, en cette qualité, a la direction de l'administration de l'annexe ; ses pouvoirs sont en fait très étendus et il peut, s'il le juge convenable, interdire même le séjour de Béni- Ounif à tout civil, français ou étranger, qui, selon l'expression américaine, lui paraîtrait « indésirable ». Les touristes sont tenus de toute façon de l'aviser de leur arrivée et ne peuvent entreprendre aucune excursion sans qu'il leur en ait donné l'autorisation. Il n'y a là, comme on le pense, aucune idée de tracasserie ou de formalisme militaire, mais au contraire une sage précaution pour éviter tout accident et empêcher des personnes imprudentes de s'engager sans préparation et sans l'escorte indispensable dans un pays où les risques de mauvaise rencontre, quoique devenus bien minimes, n'ont pas encore totalement disparu.
Je m'achemine donc vers le Bureau arabe, après avoir pris la précaution d'abriter mes yeux sous des lunettes d'auto et d'enveloper ma tête d'un chèch de mousseline que, moyennant quelques