‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 54 sur 80 · LE SANCTUAIRE DE SI-SLIMAN · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE DE SI-SLIMAN

SOUS, j'ai acheté dans une boutique voisine de l'hôtel. Tout le monde ici, par les temps de sirocco, s'affuble ainsi pour se protéger contre la fine poussière du désert, imitant ainsi les Sahariens qui, on le sait, ne sortent jamais sans s'envelopper la figure...

Traversant l'esplanade balayée par le vent, je contourne les murs de la vaste enceinte de la Redoute, dont un des côtés surplombe l'étroit et profond ravin, où coule — lorsqu'il a de l'eau, ce qui n'est pas le cas en ce moment, — l'Oued-Ounif. Le ksar étage ses maisons de terre au sommet d'une butte, dont les pentes érodées par le torrent sont garnies de quelques palmiers; le tableau est fort pittoresque. Une passerelle de fer, jetée sur lelit de l'oued, sert de passage à l'unique route qui se dirige vers Figuig.

Au delà, luttant avec la rafale, je m'engage sur le plateau nu qui se prolonge sans la moindre ondulation jusqu'au pied des montagnes, barrières de l'oasis. Je marche en trébuchant à travers les tombes arabes, dont les arêtes vives couvrent le sol sur une vaste étendue, se groupant autour d'un délicieux mausolée qu'encadrent quelques panaches de dattiers. Malgré l'élégance et la pureté de ses lignes empruntées aux plus purs modèles de l'art arabe, ce monument est d'origine fort récente ; le célèbre agitateur Bou-Amama le fit élever, en i8g8, à la mémoire de son ancêtre Si-Sliman-ben-Bou-Smaha.

A quelque cent mètres de ce lieu vénéré, s'allongent les murs, dominés par de hauts portails mauresques, du Bureau Arabe, et tout auprès, les jolis bâtiments, également de style oriental, de l'Infirmerie indigène. En plaçant auprès du sanctuaire de Bou- Amama ces deux bâtiments, on a voulu rendre « visible et palpable le symbole de notre victoire finale sur notre vieil adversaire, comme pour séparer Figuig de ce lieu vénéré ».

Je franchis le portail du Bureau Arabe que gardent des cavaliers au burnous bleu, au haut turban cerclé de cordelettes en

poil de chameau. 1,'un d'eux, qui baragouine un peu de français, m'introduit auprès du capitaine Pariel qui m'accueille fort affablement. Je lui expose notre désir de commencer dès demain notre visite de Figuig ; mais le chef du Bureau Arabe n'est pas aussi optimiste que notre hôtelier, et il appréhende que, bien loin de s'apaiser, le léger sirocco qui souffle en ce moment ne se transforme d'ici demain, comme l'indique la dépression du baromètre, en lui véritable simoun, la terrible tempête saharienne. « C'est un spectacle intéressant, me dit- il en forme de consolation, mais il vous sera difficile de sortir t... » Néanmoins, il donne des ordres pour qu'un mokhazeni d'escorte et des chevaux, si nous le désirons, soient mis à notre disposition dès la première heure du matin.

A ce propos, l'aimable officier me fait observer, en souriant, que, par une fausse interprétation des « guides », les touristes s'adressent un peu au chef du Bureau Arabe comme s'il était un représentant de quelque agence Cook tenu de leur fournir, pour leur argent, ce que bon leur semble. Quelques-ims exposent leur requête d'une façon presque impérative, sans s'embarrasser de vaines politesses, fixent leur heure, discutent sur la qualité des chevaux, débattent des prix, etc., alors que ce n'est que par courtoise complaisance que le Bureau Arabe, auquel chacun est tenu de s'adresser pour obtenir l'autorisation de pénétrer en territoire marocain, se met à la disposition des visiteurs pour leur fournir gratuitement les moyens d'exécution qu'ils ne pourraient se procurer ailleurs.

Ceci exposé, sans acrimonie du reste, le capitaine me donne sur Figuig les plus précieux renseignements. Chargé dès le début de notre occupation de la direction du Bureau Arabe, M. Pariel a été le véritable organisateur de Figuig. Commissaire du gouvernement pour ce territoire marocain, c'est lui qui, par sa fermeté, sa bonne grâce, sa profonde connaissance de la langue et

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