LE POSTE DE DJENAN-ED-DAR
poste de Djenan-ed-Dar. Il était difficile d'imaginer une situation plus lugubre et plus insupportable pour une garnison européenne. D'ici, à deux ou trois kilomètres de notre rocher, nous apercevons les sombres murailles de la redoute, tache noire sur le sable roux, qu'enveloppent en ce moment presque constamment d'épais nuages de poussière. Après la création de Béni-Ounif, on avait fait de Djenan-ed-Dar ime prison pour les turbulents disciplinaires, le célèbre « Biribi » tant honni par les antimilitaristes. Il faut reconnaître que ce séjour n'avait rien de récréatif; mais il n' offrait cependant rien des horreurs d'un bagne, le Ueu étant, à tous égards, très sain; mais, devant les réclamations d'une certaine presse, les condamnés militaires ont été évacués et ramenés en France ! tandis qu'on installait à leur place le i^r bataillon d'Afrique qui ne paraît pas s'en trouver plus mal.
Si, maintenant, nous nous tournons sur notre belvédère, du côté du nord et de l'ouest, le spectacle présente un caractère complètement différent, comme si le Garet-el-Emir formait la limite même de deux régions distinctes : d'une part, l'Erg ; de l'autre, la Hammada. Plus de sable. Noire, aussi unie qu'vme table de biUard, la plaine forme un immense socle de pierre sur lequel s'allonge une altière rangée de montagnes superposant ses crêtes dentelées jusqu'aux cimes suprêmes qui se dressent à plus de 2 000 mètres au-dessus de la plaine. Ces montagnes sont aujourd'hui d'une uniforme teinte brvm rougeâtre, mais nous les verrons bientôt, lorsque le soleil aura repris sa force, se parer des plus admirables coloris.
Devant nous, à 6 kilomètres à vol d'oiseau, s'aligne le rempart,
si longtemps inviolé, derrière lequel se cache Figuig ; coupé par
de profondes échancrures où passent les cols, il se partage en
quatre bastions dentelés, farouchement crénelés, qui sont, de
droite à gauche, le Djebel Sidi-Youcef (1062 mètres), le Taghla
ou Tarla (i 115 mètres), le Djebel Zenaga (1047 mètres) et le
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Mélias (1275 mètres). En arrière, superbe citadelle centrale, réservoir magnifique d'où viennent toutes les eaux qui font de Figuig un paradis en cet âpre désert, se dresse le Grouz, longue arête de 80 kilomètres, dont le faîte se tient entre i 500 et 1 700 mètres. Puis, fermant l'horizon, les cimes majestueuses du Maïz et du Smir, plus élevées encore, avec des parois verticales dépassant 2 000 mètres. Et ce grandiose massif du Haut Atlas marocain se continue, se perd dans les brumes de l'ouest par l'Antar et le Djebel Béchar, semblables à des blocs déchiquetés de lave noire surgis brusquement de la Hammada qui les porte. C'est un tableau d'une grandiose et farouche magnificence.
Revenus à l'hôtel, nous avons à peme fini de déjeuner que nous voyons arriver notre mokhazeni, à pied cette fois. Il est trop tard pour aller à Figuig; aussi le capitaine Gariel nous l'envoie pour nous faire visiter le ksar et l'oasis d'Ounif. Nous acceptons et suivons notre guide, un jeune Berbère de belle prestance, baragouinant un sabir passable et répondant, très affablement du reste, au nom sonore de Mohammed- ben-Kadour. La carabine en bandoulière, il marche fièrement devant nous. Ce n'est pas que nous ayons besoin d'une escorte guerrière pour visiter le vieux ksar : depuis que nous avons détaché celui-ci de la république de Figuig, la majeure partie de ses habitants l'ont quitté pour s'établir à Zenaga et à Oudaghir, et ceux qui restent sont fort pacifiques. Le vieux bourg est plus qu'à moitié en ruines, et, quoique peu étendu, offre un tel labyrinthe de ruelles, sentes, passages et impasses, qu'on s'en tirerait peut-être difficilement seul. « Ce ksar, dit un vo5'ageur récent, a l'aspect d'une ruine déjà vieille de plusieurs siècles ; certains coins rappellent invinciblement des paysages de la Haute 'Egypte. » LTne des ancieimes portes, restée debout et encadrée de quelques palmiers, forme un assez joli tableau ; mais les hautes masures d'argile de la ville