LE KSAR DE BENI-OUNIF
agonisante sont trop délabrées pour offrir de l'intérêt, et nous ne leur jetons qu'un regard distrait.
Suivant notre guide, nous traversons le dédale des décombres et nous dirigeons vers l'oasis qui, elle, mérite certainement une visite.
Sentinelle avancée du pays de Figuig, ne jouissant pas du puissant abri des montagnes et exposée directement aux terribles
I,e Ksar et l'oasis de Béni-Ounif. [Cl. Rousselet.)
attaques du désert, elle ne peut offrir évidemment rm spectacle comparable aux imposantes futaies de la Grande Oasis ; mais ses 14 000 palmiers sont fort pittoresquement groupés à travers un chaînon accidenté de dunes fixées, sans doute depuis une époque reculée, par l'irrigation. Il n'y a pas ici cette extraordinaire abondance de sources, dont bénéficie le cirque figuiguien ; aussi la répartition du précieux élément s'y fait avec un soin encore plus méticuleux : l'eau ne circule point en séguias à ciel ouvert, bien par des foggaras, canaux souterrains qui viennent parfois de fort loin, captant les suintements du pied des monts.
i88 SUR LES CONFINS DU MAROC
« J'ai recueilli à Béni-Ounif, écrit à ce sujet M. Gautier, quelques renseignements sur la façon dont l'eau se partage entre les usagers. L'instrument de mesure porte le nom de karrouba ; c'est un vase de cuivre percé d'un trou, par lequel entre goutte à goutte, en un temps déterminé, une heure par exemple, l'eau sur laquelle on fait flotter le vase. En somme, c'est un sablier d'eau. C'est donc le temps d'irrigation qu'on mesure, et non pas directement la quantité d'eau employée, ly' objet des transactions, ce qui se vend et se loue, ce qvii se fait objet de propriété, c'est la karrouba, l'heure d'irrigation. »
Cependant, tout ce système d'irrigation est si compliqué, si délicat, qu'il a besoin d'être entouré de soins constants. Il a suffi du court abandon des canalisations amené par l'exode de la majorité des habitants pour que l'oasis ait sensiblement péricUté ; sur de nombreux points, le sable des dîmes se montre fort menaçant, et, si les dattiers n'ont pas souffert, beaucoup de jardins ont disparu.
Nous errons ainsi sous les palmiers trapus, gravissant les buttes, stiivant en équihbre la crête des murs d'argUe qui forme, en maints endroits, l'unique chemin, lorsque, dans tme vaste clairière, nous voyons s'étaler un pittoresque campement de tentes aux larges ra5aires noires et blanches : c'est la Smala duMakhzen, vers laquelle, fort adroitement, notre gtiide nous a entraînés. Mohammed- ben-Kadour n'a, du reste, envers nous, que les plus louables intentions, car, non sans élégance et avec un profond salut, il nous dit : « Toi i madame i va prendre café chez moi ! »
Que répondre aune si naïve invitation, si ce n'est de l'accepter avec empressement. Et il ne nous paraît pas sans intérêt de pénétrer ainsi dans l'intimité du ménage de ces curieux cavaUers du Makhzen, les Spahis bleus comme on les appelle quelquefois