LES PIERRES ECRITES DU DJEBEL MEUAS
Quant aux signes ou lettres qui accompagnent ces dessins, sans qu'on puisse démêler leur ordre apparent, ils restent intraduisibles. Ce sont, bien caractérisés, des croix du genre souastika, des losanges, des cercles, des lettres libyques et berbères qu'il a été jusqu'ici impossible de rattacher à aucun des alphabets cormus. »
I^es Arabes eux-mêmes n'ont pas résisté au désir de laisser les traces de leur passage sur ces pierres, gravées, selon eux, par les Djinns ou génies mystérieux. Il est rare que, parmi les inscriptions rupestres, on ne trouve pas des formules coraniques et des invocations pieuses, dont la gravure remonte peut-être au temps de la conquête du pays par les Musulmans. Enfin, il est impossible de ne pas signaler une série de gravures « qu'on peut, à tous égards, comme le dit un de nos prédécesseurs, qualifier d'ultra- modernes, œuvres de légionnaires désœuvrés, de troupiers ignorants du méfait qu'ils commettent, en souillant d'inscriptions vulgaires ces monuments du passé ». Quelque regrettables qu'elles soient, ces inscriptions grossières, qu'on s'est efforcé, depuis, d'écarter, n'en marquent pas moins l'époque de notre passage.
Et ainsi, sur ces blocs de grès, qui ont résisté victorieusement aux assauts furieux du souffle du désert, se trouve inscrite en quelques traits toute l'histoire de ces régions sud-oranaises depuis
Gravures et inscriptions rupestres de la région de Figuig.
des milliers de siècles jusqu'à nos jours. C'est avec vm. soin pieux qu'on devrait, maintenant qu'on en connaît la valeur, les mettre à l'abri de l'action malfaisante des honmies.
Ces monuments sont, du reste, encore assez nombreux dans la région : auprès d'Aïn-Sefra, à Tiout, à Djenien-bou-Rezg, autour de Figuig, ils semblent jalonner la grande route des Hauts- Plateaux vers le m5^stérieux Sahara.
I,e groupe de Figuig, que nous visitons, présente de très beaux types des diverses séries que nous venons d'énumérer, surtout dans la série des gravures préhistoriques.
« La plus intéressante de ces gravures, dit M. E. Gautier, est, sans contredit, celle du béUer ou du bouc coiffé d'vm sphéroïde muni d'appendices. Au sujet d'un animal tout à fait analogue, une longue discussion a eu lieu au Congrès international d'Anthropologie de 1900. La question agitée était ceUe de ses afiinités égJTptiennes ; on a cru reconnaître dans le sphéroïde im disque solaire flanqué de chaque côté d'im serpent urœus ; ce serait une représentation du grand dieu de Thèbes en Êg3T)te, Ammon, et, dès lors, on peut se demander, suivant l'antiquité plus ou moins grande qu'on attribue aux gravures rupestres, si c'est la gravure sud-oranaise dont l'inspiration est venue d'Êgî'pte, ou si, au contraire, c'est le dieu Ammon qui est d'origine Hbyenne. »
M. Gautier fait observer que le fameux bouc casqué se rencontre, du reste, dans plusieurs autres groupes rupestres du Sud- Oranais, et il ajoute au sujet de celui de Figuig : « La gravure est trèsbeUe; tout l'espace circonscrit par les Ugnes extérievires de la figure est évidé et soigneusement poli, l'évidement étant régulièrement décroissant des lignes extérieures au centre : c'est ce que le dessin cherche à rendre en entourant la figure d'un grisé qui veut schématiser les aspérités de la roche. Il est impossible de concevoir une figure pareille, représentant un aussi gros effort.