‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 62 sur 80 · DÉPART EN VOITURE · texte numérisé non relu

DÉPART EN VOITURE

comme un graffitti de pâtre qui s'amuse. L^a gravure est sur un pan de roche vertical, difficilement accessible, du moins aujourd'hui ; elle se verrait de loin si sa patine ne la rendait indiscernable. On échappe difficilement à la conclusion qu'elle avait une signification reUgieuse. »

Mais, les cimes du Mélias prennent tout à coup des reflets de pourpre et d'or ; le soleil s'enfonce au loin derrière les crêtes dentelées de l'Antar, et une ombre noire court sur la Hammada. Il faut nous arracher aux évocations du lointain passé. D'vm bon pas, nous retraversons la plaine silencieuse, précédés de notre fidèle mokhazeni dont la carabine brille dans le crépuscule et qui ne nous quitte qu'après nous avoir vu franchir le seuil de l'hôtel du Sahara.

Départ en voiture. — Le « chemin de Discipline ». — Le col de la Juive et le guetapens de 1903. — Configuration générale de l'oasis de Figuig. — La plaine de Baghdad. — Sous la voûte des palmiers. — Les bienfaits du dattier. — Le « chemin des Cascades >>. — Guet-apens et meurtre. — Querelles intestines. — La lutte pour l'eau. — Organisation de la société berbère. — Djemads et sofs. — Les grottes du Djorf. — Sur le plateau supérieur. — Les tours de guet. — El Maïz. — Brodeurs berbères et orfèvres juifs. — L'or du Soudan. — Dans le Mellah d'el Maïz. — Les Juifs sahariens. — Les deux rabbins et le Berbère. — Déjeuner chez Rébecca. — L'ainel de Figuig. — Visite d'Oudaghir. — Les rues couvertes. — Femmes berbères. — Viïles de terre. — La descente du Djorf. — Sources et réservoirs. — Zenaga et la mosquée bombardée. — Charge à fond de train.

Sur le conseil de notre hôtelier, il a été décidé que nous ferions notre première excursion à Figuig en voiture, renonçant ainsi à employer les chevaux de selle que le Bureau Arabe a gracieusement mis à notre disposition. Mais, lorsque l'équipage, pompeusement annoncé, se présente, ce matin de bonne heure, devant l'hôtel, nous sommes assez vivement désappointés : une rudimentaire et vétusté carriole, juchée sur deux hautes roues branlantes et munie d'un seul banc sur lequel nous nous installons

non sans peine, ma compagne et moi, car le conducteur en occupe déjà presque la moitié. Conducteur, c'est conductrice que je devrais dire; nous avons, en effet, l'avantage d'être conduits par Mme V... enpersoime, avantage qui n'est pas à dédaigner, car cette aimable et corpulente dame n'est pas sevdement un des plus notables commerçants de Béni-Ounif, mais, grâce à sa connaissance de l'arabe et à ses continuels rapports d'affaire avec les Figuiguiens, il n'est sans doute personne qui connaisse mieux qu'elle tous les secrets de la grande oasis. C'est donc tm guide entendu et précieux.

Nous n'avons, du reste, guère le temps de réfléchir aux agréments ou inconvénients du prosaïque mode de locomotion que nous avons choisi ; à peine sommes- nous installés que la petite haridelle arabe attelée à la charrette prend le galop et nous entraîne à si vive allure à travers la raboteuse esplanade que c'est tout juste si notre brave mokhazeni Mohammed- ben-Kadour, notre « escorte », réussit à prendre, comme il se doit, la tête de notre « colonne ». Comme l'éclair, nous franchissons le pont de la Redoute, passons devant le Bureau Arabe et galopons sur la large route qui se dirige vers l'oasis. Cette route est appelée le « chemin de DiscipHne », et elle fut, en effet, exécutée, dès les débuts de notre occupation, par les disciplinaires de Djenan-ed-Dar ; elle est en fort bon état, mais malheureusement coupée par d'assez profonds caniveaux, qui infligent à notre carriole, grâce à notre allure, des secousses auxquelles elle ne semblerait pas devoir résister et qui ont une fâcheuse répercussion sur notre épine dorsale.

Heureusement, cette fantasia, que IVIme V... s'efforce en vain de modérer, n'est que de courte durée. En quelques minutes nous avons dévoré la plaine, et nous voici au pied de la montagne. Le « chemin de Discipline » s'incline à droite et gravit par une large rampe les premiers soubassements du Djebel Zenaga. Le fougueux coursier consent à s'arrêter et entame sagement la côte au

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