‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 66 sur 80 · LA LUTTE POUR L'EAU · texte numérisé non relu

LA LUTTE POUR L'EAU

publiques italiennes du Moyen Age, ces luttes étaient provoquées par les compétitions des sofs ou partis politiques rivaux ; souvent, tel le cas actuel, elles avaient pour origine des querelles individuelles à propos de menus vols ; mais, de beaucoup, la cause la plus fréquente provenait de la rivalité occasionnée par la propriété des sources ou la répartition de leur eau si précieuse.

Dans ses études sur le Maroc, le comte de Castries a cité comme exernple de ces rivalités la lutte acharnée entre les deux villes principales de Figuig, Zenaga et Oudaghir, pour la possession d'une source importante. « En 1877, rapporte- 1- il, les deux oasis rivales, à la suite d'un accommodement, procédèrent à vme répartition des eaux qui ramena un peu de paix à Figuig; mais, quelque temps après, les Zenagas tentèrent de capter la source à leur profit en creusant un canal intérieur. L,eurs entreprises furent déjouées par les Oudaghir, qui, pour en prévenir le retour, isolèrent la source aujmoyen d'un fossé transversal creusé en aval. Les Zenagas, dont les palmiers se desséchaient, ne se découragèrent pas ; ils reprirent leur ancienne mine, la firent descendre sous le fossé des Oudaghir et l'amenèrent à proximité de la source. I,e lendemain, une explosion formidable ébranla l'oasis, tuant tout ce qui était à proximité ; les eaux de Tzadert s'élancèrent dans la longue tranchée fumante des Zenagas. I^es Oudaghir, remis de leur stupeur, coururent aux armes; mais les Zenagas vainqueurs restèrent maîtres de la source. Ils firent construire un bordj, où depuis ils entretiennent en permanence quarante fantassins armés de fusils et de tromblons. »

Notre présence a mis fin à ces guerres intestines, et les querelles entre ksour ne se manifestent plus que par des attentats isolés, tel le guet-apens de l'Ouled-SUman, attentats que notre autorité réprime avec rigueur en obUgeant les djemaâs ou sénats berbères à punir les criminels.

Nous avons qualifié les djemaâs de sénats berbères. Figuig

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offre, en effet, aux touristes — et c'est là un de ses plus puissants sujets d'intérêt — le spectacle d'vme des plus antiques organisations sociales du monde, d'une société où rien, sauf la religion, n'a été modifié depuis des milliers d'années. On se tromperait, en effet, si, en voyant les gens de Figuig vêtus des mêmes turbans, tuniques et burnous, on les considérait comme semblables à nos indigènes algériens. Au point de vue ethnique, ris n'ont aucun lien de parenté avec eux et appartiennent à la grande race berbère qui peuple plus des trois quarts du Maroc. Leur langue ellemême, appelée le chleuh ou le tamazirt, n'a guère plus de rapport avec l'arabe que le breton peut en avoir avec le français. D'après de nombreux savants, les Berbères, où se rencontrent fréquemment des yeux bleus et des chevelures blondes, se rattacheraient plutôt aux races européennes qu'aux descendants d'Ismaël. En tout cas, ils habitaient le nord de l'Afrique dès l'antiquité la plus reculée, bien avant l'établissement des Carthaginois et des Romains. Les Arabes, qui envahirent leur territoire, les refoulèrent dans les déserts et les montagnes, mais, s'ils leur imposèrent la religion musulmane, ils ne parvinrent jamais à les soumettre. Et c'est aux Français sans doute que reviendra l'honneur de dompter et de civiliser ces peuples farouches qui n'eurent jamais de maîtres.

Cette société berbère que rien n'a réussi à transformer depuis tant de siècles offre à l'observateur de palpitants sujets d'étude que nous ne pouvons pas tenter même d'effleurer ici; mais il nous faut cependant dire tm mot de son organisation, qui témoigne, jusque dans les moindres groupements, d'un sentiment passionné d'indépendance et de liberté.

Tout d'abord, il faut noter que, tandis que l'Arabe est, d'instinct, essentiellement nomade, le Berbère est presque toujours sédentaire et, si parfois la vie pastorale lui fait adopter la tente, il lui préfère les lourdes bâtisses du ksar entouré de cultures. Au

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