LE KSAR DES OULED-SLIMAN
remparts d'argile, flanquée de distance en distance de hautes tours rondes : c'est le ksar des Ouled-Sliman ; et sur la droite, séparée de ce dernier, par une esplanade, nue, desséchée, coupée çà et là de murettes et parsemée de maigres dattiers, leksard'el Maïz, dont les maisons, s'étageant au-dessus de l'enceinte, sem-
Sous les murs des Ouled-Sliman. {Cl. Rousselet.)
blent, avec leurs larges vérandas ouvertes, les alvéoles d'une ruche immense. Comme nous l'avons dit, ces deux ksour, depuis le funeste guet-apens du chemin des Cascades, ont mutuellement interdit à leurs citoyens l'accès de l'espace qui les sépare et, pour prévenir toute surprise nocturne, ont condamné leurs portes de ce côté. Aussi, longeons-nous les murailles des Ouled-Sliman sans rencontrer âme qui vive ; cependant, au sommet des tours dominant l'enceinte, apparaissent furtivement les têtes des guetteurs qui 'surveillent le passage.
Ces hautes tours, qui couvrent non seulement les abords des ksour, mais sont disséminées sur toute la périphérie de l'oasis, sont, comme du reste les murailles et les maisons des bourgades, bâties en touh, ces blocs informes de pisé dont nous avons déjà souvent parlé. Sortes de cylindres de lo à 20 mètres de hauteur et d'un diamètre de 3 à 4 mètres, leur cavité intérieure ne peut guère livrer passage qu'à un homme, et encore, en l'absence de tout escalier, celui-ci doit- il se hisser en s' accrochant aux chevrons de jla charpente qui soutient la bâtisse. Cependant, grâce à l'épaisseur de leur mur, ces tours de terre et de bois présentent plus de solidité qu'on ne le penserait en les voyant si bizarrement déséquilibrées, tordues et contournées, car la plupart datent de plusieurs'siècles. Elles ne jouent, du reste, pas im rôle défensif en temps de guerre et servent principalement à surveiller les maraudeurs, surtout dans les jardins au moment de la récolte.
Nous arrivons bientôt devant la porte Sud d'el Maïz, par où le capitaine Pariel nous a recommandé d'entrer dans ce ksar; mais nous pouvons constater, comme on nous l'avait annoncé, que la haute et large arcade, flanquée de deux massifs bastions, est bel et bien murée. C'est de ce point, en effet, que le ksar d'el Maïz se présente sous son aspect le plus pittoresque ; mais à voir ces abords déserts, ces murs à la crête démantelée, ces terrasses où ne se montre aucun être humain, on croirait contempler quelque antique cité depuis longtemps ruinée et abandonnée, alors que c'est, en réalité, un des centres les plus vivants et les plus actifs de la petite répubUque saharienne.
Il nous faut contourner l'enceinte pour atteindre la portai du Nord qui s'ouvre par une étroite ogive au milieu d'une longue j courtine basse et sans caractère posée au sommet d'un talus] raviné. De ce côté, en revanche, règne une grande animation : des groupes de ksouriens aux burnous terreux sont accroupis au long des pentes ou au pied des murailles et semblent tenir de