‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 69 sur 80 · EL MAIZ · texte numérisé non relu

EL MAIZ

vifs conciliabules ; des ânes lourdement chargés, des chameaux conduits par des nomades déguenillés, le fusil aux reins, montent ou descendent le sentier poussiéreux qui conduit à l'entrée ; des enfants demi- nus accourent vers nous en gambadant pour quémander quelques sous, tandis que femmes et fillettes, surprises, s'enveloppent de leurs voiles blancs et s'enfuient comme un trou-

La porte Sud d'el Maïz. (Cl. L. Rousselet.)

peau de gazelles. Aucune hostilité apparente, du reste, chez cette foule : quelques hommes même nous adressent le salut arabe ; la plupart nous examinent curieusement mais sans malveillance.

Franchissant le sombre et profond portail, nous voici dans le ksar, et presque aussitôt tournant à droite dans la rue étroite, encadrée de maisons basses dont le soleil dore les façades d'argile, nous nous trouvons dans le quartier des brodeurs.

El Maïz jouit dans tout le Sahara marocain d'une réputation spéciale pour ses cuirs brodés et ses bijovix, et c'est à ce titre surtout

que ce ksar offre de l'intérêt aux touristes qui peuvent y trouver encore des objets fort intéressants et d'un travail primitif curieux : nous disons « encore », car il est à craindre qu'ici comme à Tlemcen et autres villes arabes d'Algérie, la pure fabrication indigène ne fasse bientôt place à l'article fabriqué hâtivement et sans goût pour les visiteurs européens, l'article « rue de Rivoli».

Accroupis sur une sorte de comptoir, de plancher surélevé qui remplit l'étroite case de quelques mètres carrés constituant la boutique, les brodeurs sahariens travaillent sous les yeux des clients, et il y a là, pour les visiteurs féminins surtout, un spectacle fort captivant de voir avec quelle habileté ces primitifs artistes tracent leurs dessins, composent leurs ornements et combinent d'une façon charmante les nuances de leurs soies. C'est sur l'admirable cuir appelé filali parce qu'il vient du Tafilalet, ce cuir souple comme un tissu, fort, résistant, parfumé, que sont exécutées ces broderies, parfois avec des fils d'or ou d'argent, le plus souvent avec des soies teintes de couleurs éclatantes, jaime, cramoisi, vert, violet. On ne fabrique toutefois ici que d'assez menus objets, sacoches, boîtes à bijoxix, portemonnaies, enveloppes pour armes et pistolets, porte- amtdettes (ne pas lire « allumettes »), etc.

Les travaux de broderie sont au Sahara l'apanage des hommes ; les femmes filent et tissent, mais ne brodent pas ; il en est de même, du reste, pour la couture. Bien plus, le métier de brodeur jouit d'une véritable considération, et les « lettrés » ne dédaignent pas de l'exercer ; ainsi un savant taleb saharien disait à Isabelle Eberhardt : « L,a couture et l'ornement des tissus sont fort en honneur parmi nous ; ils sont une preuve de goût, et ce n'est pas déchoir que dds'y livrer même en public. » Et, en effet, les brodeurs d'el Maïz semblent former une caste aristocratique et, quoique pour la plupart Berbères, ils sont vêtus avec une élégance assez rare chez leurs concitoyens.

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