‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 71 sur 80 · UN INTÉRIEUR JUIF · texte numérisé non relu

UN INTÉRIEUR JUIF

mites, vieilles vaisselles, et enveloppant le tout, un relent de cuisine, de renfermé.

Mais voici la demeure d'un riche ; la cour plus vaste laisse apparaître un carré de ciel d'un bleu ardent, et dans une pièce, presque claire, accroupie au milieu de coussins, sur de riches tapis, se tient une femme, la maîtresse du logis, parée comme tme

Dans le Mellah d'el Maïz. (C7. Rousselei.)

idole, le front ceint d'un lourd turban scintillant de joyavix, la poitrine chargée de colliers de verre, d'ambre et de séquins ; de massives boucles d'oreilles d'argent et de turquoises encadrent son visage d'une régularitéparfaite, mais dont la blancheur étrange, la pâleur maladive, font ressortir l'éclat étrange des yeux cernés de koheul et empreints d'une poignante expression de mélancolie. « C'est la plus belle femme d'el Maïz », nous murmure Mme V... et c'est pour cela, sans doute, qu'on a tenu à nous la montrer.

Nous saluons; la pauvre femme sourit tristement et nous sortons plutôt impressionnés de ce spectacle.

«Nulle part plus qu'à Figuig, a-t-on prétendu, le t^^e hébreu n'a conservé la caractéristique primitive de son originelle beauté. » Cela est vrai, mais nulle part aussi on ne peut constater de plus profonds stigmates de déchéance que ceux qui marquent ces Juifs sahariens ; si leurs traits ont une finesse caractéristique, presque tous ont les yeux rongés d'ophtalmie, et nombreux sont parmi eux les borgnes, les boiteux, les difformes. Et comment en serait- il autrement, après les longs siècles d'oppression, d'esclavage qu'ils ont subi.

Dans tout le Maroc, le Juif se reconnaît à sa calotte noire, marque infamante sans laquelle il ne peut se montrer au dehors. Dans la campagne, il peut aller à âne et à mulet, mais, s'il rencontre un chérif ou une koubba, il met pied à terre ou fait un détour. Aux péages et aux portes, il paie la même taxe que les bêtes de somme ! En ville, il se déchausse et marche à pieds; les rues voisines des mosquées lui sont interdites. Il demeure hors du contact des musulmans, avec ses coreligionnaires, dans un quartier spécial appelé mellah ; ce mellah est entouré de murs et les portes qui y donnent accès doivent être fermées du coucher au lever du soleil.

Cependant ces conditions misérables sont encore aggravées dans le Sahara marocain. En pays berbère, « tout Juif, dit de Foucault, appartient corps et biens à son seigneur. Celui-ci protège son Juif contre les étrangers, comme chacun défend son bien. Est-il sage, économe, il ménage son Juif, il ne prend que le revenu de ce capital ; une redevance annuelle, calculée d'après les gains de la saison, est tout ce qu'il lui demande; il se garde d'exiger trop, il ne veut pas appauvrir son homme ; il lui facilite, au contraire, le chemin de la fortune ; plus le Juif sera riche, plus il rapportera. » Et rien ne peut libérer les malheureux de cet escla-

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