CHARGE A FOND DE TRAIN
tirer de leurs champs. Heureusement ce dur passage est court ; bientôt nous roulons sur le sable, parmi les palmiers malingres, au fond de l'oued qui traverse le col de Zenaga, et, non sans secousses, nous franchissons l'enceinte de montagnes pour retrouver enfin la plaine et le délicieux « chemin de Discipline ».
Déjà, filant à bonne allure, nous apercevions la blanche coupole de Si Sliman et les longs alignements de la Redoute, lorsque survint un incident comique qui eût pu tourner au tragique. Pendant que nous visitions l'oasis, un haut personnage officiel, arrivé la veille à Ounif, avait manifesté le désir de voir Zenaga et, accompagné d'une brillante escorte de spahis et de mokhazenis, était venu jeter un bref coup d'œil sur la rébarbative cité.
Comme nous débouchions en plaine, le cortège, dévalant le col de la Juive, défilait à peu de distance devant nous, et c'était un joli spectacle que l'envolée de ces brillants cavaliers aux burnous rouges ou bleus sur la noire Hammada. Malheureusement, le bruyant piétinement de tous ces chevaux réveilla les ardeurs belliqueuses de notre maigre haridelle qui, sourde à la voix angoissée de notre brave conductrice et résistant à tous ses efi'orts, se lança au galop de charge en plein centre du cortège.
Ce fut une belle débandadeparmilesspahis, les mokhazenis, et même les grands personnages : comme une trombe, nous traversons la troupe officielle, dont les coursiers, affolés par le bruit de notre char et peut-être par nos cris, fuient de toute part.... Puis, épuisée par ce noble effort, notre bête s'arrête à quelque cent mètres de là. Profitant de ce répit, nous sautons à terre et, malgré les pressantes sollicitations de notre cochère, nous regagnons à pied l'hôtel, maintenant tout proche, fort satisfaits quand même de cette journée si remplie de péripéties.
La région orientale dw Fignig. — Question de transports. — I/C col de Taghla et la Zousfana. — Promenade au bord de l'eau. — Les monts de Sidi-Youssef. — Un vol de kangas. — La koubba de Sidi-Abdelkader es-Sahéli. — Les deux Hammam. — La maison de Bou-Aïuama. — Sources thennales. — Dans les jardins de Tahtani.
Pour terminer notre exploration duFiguig, il nous reste à visiter la partie orientale de l'oasis. Sans posséder des villes célèbres telles que Zenaga et Oudaghir, cette région l'emporte certainement par la beauté de ses sites et la diversité de ses aspects sur celle que nous avons parcouruehier, quoique, assez généralement, les touristes, mal renseignés par les guides, s'abstiennent de la visiter ou ne font que la traverser rapidement en rentrant de Zenaga à Ounif. Cette promenade, pour être exécutée en entier, est, en effet, un peu plus fatigante que la précédente, car on ne trouve pas dans les ksour de l'Est de gîte où l'on puisse déjeuner ou se reposer au cours de l'excursion, dont une notable portion doit se faire à pied ; mais il est facile de l'accomplir en quatre ou cinq heures, ce qui permet de ne partir de Béni- Ounif qu'après le déjeuner. C'est le parti auquel nous nous arrêtons. Mme V..., un peu émue des incidents de la veille, a confié notre direction à un de ses serviteurs et nous a envo5^é un équipage un peu plus confortable.
A ce stijet, qu'il nous soit permis de dire que la question des transports présente ici une grave lacune. Il est regrettable que le gouvernement des Confins, qui a déjà tant fait pour encourager le tourisme à Figuig et qui projette même d'y faire construire ou de subventionner un grand hôtel oû'rant toutes les commodités modernes, ne commence pas par assurer aux visiteurs déplus en plus nombreux (on en a compté environ 1500 en 1911) un