‹ Sur les confins du Maroc; d'Oudjda à Figuig. Ouvrage orné de 68 gravuresChapitre 9 sur 80 · LA LÉGION ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

LA LÉGION ÉTRANGÈRE

d'un loyalisme sincère, loyalisme dont ils nous ont donné et nous donnent, chaque jour encore, des preuves éclatantes sur les champs de bataille du Maroc.

Peu d'entre eux habitent la ville. Les moins aisés sont groupés hors des murs dans ce qu'on appelle le « Village arabe », assemblage de maisons sans caractère, dominé par le minaret d'une assez jolie mosquée que le gouvernement leur a fait édifier. Les autres vivent avix environs et ne viennent ici que pour leurs affaires, vendre leurs grains et leurs alfas, ou amènent au dépôt de remonte ces gracieux et fins chevaux barbes qu'ils élèvent en grand nombre.

La garnison ne se compose que de quelques spahis, ce curieux corps indigène dont on connaît peu l'organisation en France et sur lequel nous aurons à revenir, et de légionnaires. Au sujet de ces derniers, on peut dire que la Légion Étrangère constitue une des principales attractions de Bel- Abbés. De nombreux touristes allemands et anglais ne viennent ici que dans le but de contempler ces fameux « mercenaires », sur lesquels il a été écrit tant de récits fantastiques et de légendes. Ce corps de troupes qui, constitué en 1851, a rendu de si signalés services, non seulement dans la conquête, mais aussi dans la mise en valeur de l'Algérie, ne reçut guère son organisation définitive qu'en 1849, et son premier heu de garnison fut précisément Bel- Abbés qui fut ^ entièrement édifié par les mains des légionnaires. Il est resté le chef- lieu, le point de formation du i*^"" régiment étranger, le 2^, qtd constitue avec lui la Légion, étant installé à Mascara, également dans la province d'Oran.

On sait avec quelle violence les Allemands ont, depuis quelque temps, attaqué l'institution de notre Légion Etrangère, qu'ils se plaisent à représenter comme un « ramassis de déserteurs et de meurt- de- faim », que la France n'enrôle, du reste, que pour les soumettre à vm « régime de bagne » et les disperser ensuite

comme « chair à canon » sur tous les champs de bataille de ses colonies. On comprend évidemment qu'on ne puisse voir en Allemagne, sans quelques regrets, un si grand nombre de jeimes soldats, attirés par l'amour d'une vie de gloire et d'aventure, et aussi rebutés par l'inflexible caporalisme germanique venir s'enrôler sous notre drapeau, et il est explicable qu'on cherche à les en détourner par tous les moyens possibles, même par la calonmie. C'est cependant à tort que l'on considère ce corps comme presque exclusivement composé d'Allemands ; même en y comprenant les Alsaciens- Lorrains, ceux-ci ne constituent pas tout à fait la moitié de l'effectif qui, outre im nombre assez notable de Français, comprend des étrangers de toutes nationalités. Italiens, Anglais, Russes et jusqu'à des Turcs. Certes, sauf au point de vue moral, le mode de recrutement de la Légion est dénué de rigueur, et les gens qui s'y présentent sont souvent des naufragés de la vie, auxquels on ne demande aucun renseignement sur leur passé, pas même leur nom, la date ou le lieu de leur naissance ; mais, comme le dit fort bien le capitaine Normand dans le Bulletin de l Afrique française, « elle ne se compose pas que de déserteurs ou de criminels, de cerveaux brûlés ou de délinquants ; elle ne compte pas, selon les besoins des publicités d'outre- Rhin, que les meilleurs enfants de la Germanie ou le rebut de la civilisation. Elle compte surtout d'honnêtes gens, qui ont les qualités et les défauts des soldats de carrière, un esprit de sacrifice qui a droit au respect, et un immense besoin d'action. »

Et, du reste, il suffit de circuler dans les rues de Bel- Abbès pour faire justice de toutes les perfides insinuations avancées contre la Légion. En croisant ces beaux soldats portant, savif la couleur verte de leurs épaulettes, tm costume identique à celui de nos troupiers, on ne peut qu'être frappé de leur allure fière et martiale, de la méticuleuse propreté de leur tenue, qui font de ces légion-

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