FORMES CLINIQUES
Après avoir passé en revue, isolément, tous les symptômes, tant fonctionnels que généraux, présen- Lés par les militaires victimes des gaz asphyxiants, nous allons examiner maintenant, ces symplômes dans les différentes modalités de leurs associations morbides. :
D'après nos observations personnelles, el d'après celles qui nous ont été communiquées, nous avons cru devoir classer ces modalités en cinq formes cliniques : 1° une forme légère ; 2° une forme subaiguèë ; 3° une forme aiguë (subdiviséa en forme aiguë respiratoire, et forme aiguë digestive) ; 4° une forme suraquè ; 5° une forme à évolution retardée. Cette classification vaut ce qu'elle vaut. Elle n'a rien d’ab-
.solu, la médecine n'étant pas une science mathématique.
Elle a uniquement pour but de faciliter l'étude du
sujét qui nous occupe.
LEtyans 1° FORCE LÉGÈRE
Les gazés que nous rangeons dans cette catégorie, après avoir éprouvé, au moment de l'accident, des: symptômes immédiats plus ou moins marqués, traduisant l’irritation des muqueuses : picotements laryngés, larmoiement, éternuement, étaient pris d’accès d’étouffement et de toux quinteuse.…
Durant le trajet vers l'arrière, sont survenues chez un assez grand nombre de ces soldats, des épistaxis et surtout des hémoptysies. Ces hémoptysies ont été, en général, dans les cas qui nous occupent, de courte durée. Un grand nombre aussi, ont eu des vomissements, el quelques-uns ont été frappés de syncope légère:
A leur arrivée à l'hôpital, presque tous ces malades présentaient un degré d’abattement et d'obnubilation assez marqué, sans aller toutefois jusqu'à la prostration, comme nous le verrons dans certaines des formes suivantes. Les yeux étaient brillants ; souvent les pommettes colorées. La dyspnée était plus ou moins intense, mais diminuait assez rapidemeut les Jours suivants. La parole était pénible et saccadée chez les plus dyspnéiques ; la toux sèche et éruetalive ; chaque quinte de toux était suivie d’une expectoralion mousseuse extrêmement abondante. Cerlains malades remplissaient 3 à 4 crachoirs de 250 Cm, dans une journée, c'est-à-dire près d’un TE tre de liquide. Mais les-caractères de cette toux et de celte expectoration se sont rapidement modifiés. :
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La toux est devenue moins sèche et a perdu le caractère coqueluchoïde qu'elle présentait. L’expectoration s’est raréfiée, épaissie, et est devenue, au bout de 5 à 6 jours, jaune verdâtre, prenant l'aspect d’une expectoralion de bronchite à la période de coction.
En examinant ces malades, on trouvait une muqueuse naso-pharyngée rouge et congestionnéce ; souvent la langue était saburrale et l’haleine fétide.
La percussion du thorax, révélait une sonorité normale, ou quelquefois des vibrations vocales un peu augmentées. À l’auscultation, on percevait des signes de: bronchite : râles sibilants disséminés, en même temps que de gros râles humides et sonores. Aucun signe de réaction pleurale. Les bruits du cœur étaient normaux ; le pouls quelquefois un peu accéléré, au début, mais régulier, généralement.
En résumé, l'examen clinique de cette catégorie de malades n’a révélé que des symptômes respiratoires sans gravilé. Trachéo-bronchite, laryngite ou pharÿynegite, affections légères, qui ont rapidement disparu par la suite ; ou bronchite qui a évolué sans complications, en une dizaine de jours vers la guérison. Dans cette forme chnique, les phénomènes généraux ont été très peu marqués. La température, qui était à l’arrivée de 37°5-38° ou 38°5, est très souvent redescendue à la normale, le 2° ou'le 3° jour, pour remonter vers le 4° jour autour de 38, et sv maintenir pendant une dizaine de jours.
À ce moment, les signes de bronchite tendant vers
CLS AUUSEE
la disparition complète, le malade revenait à l’apy-
rexie, OBSERVATION I
(Inédite et personnelle, Hardinghen)
B..., 4r ans, soldat au 1° tirailleurs. ;
Victime des gaz.suffocants, le 22 avril 1915, à Langhemarck. Evacué sur Poperinghe, puis Dunkerque et Hardinghen, où il est arrivé le 24. :
25 avril. — Cet homme, robuste, bien constitué, n’'accuse aucun antécédent morbide. À jusqu'ici bien supporté la campagne. Le 22 avril, a éprouvé les mêmes symptômes immédiats que la plupart de ses camarades : picotements au nez, aux yeux, sensation vive d'étouffement, toux quinteuse, et expectoration abondante et mousseuse. Ayant pris du.lait au poste de secours, a eu un vomissement. Pas d'hémoptysie. Pas de syncope:
Examen : dyspnée modérée, toux quinteuse.
Auscultation : signes de bronchite légère. Cœur : normal. Pouls : régulier. T° : 37°5. Le malade présente un état saburral des premières voies digestives.
28 avril. — Légère élévation thermique le soir : 38°, Vote . . LC: r
mais les signes pulmonaires n’ont pas augmenté. 5 mai. — L'état du malade est tout, à fait satisfaisant.
Apyrexie complète; les signes de bronchite ont disparu. Les jours suivants l'amélioration progresse rapidement et la guérison est complète le 15 mai. Sortie.
Nous possédons un très grand nombre d’observalions répondant à cette forme légère (plu: de 250). Elles présentent toutes une grande similitude : il serail donc fastidieux de les reproduire ici. Ce sont des cas le trachéite, trachéo-bronchite, bronchite légère, qui ont évolué rapidement vers la guérison.
Me 2°. — FORME SUBAIGUË
Les militaires de cette catégorie, ont éprouvé, au moment de l'accident, à peu près les mêmes phéromènes d’irritation des muqueuses, que ceux de la précédente. Toutefois, les hémoptysies des heures consécutives, et les cas de syncope, ont souvent revêtu un caractère plus grave (1).
.icir arrivée à l'hôpital, et pendant les 4 ou 5 jours qui ont suivi, ces malades ressemblaient, à peu de chose près, aux précédents.
C'est seulement, en effet, vers le 5° jour, que cette forme clinique s’est différenciée de la première, dans son évolution. =— À ce moment, chez un certain nombre de ces malades, il s’est produit une aggravation presque subite de l’état général : les signes de bronchite sont devenus plus marqués et Faffection a montré quelquefois des tendances congesltives. La dyspnée et la toux qui s'étaient amendées, reprenaient alors leur caractère d’acuité du début. La température, qui de 37°5 à 38°5 à l’arrivée, était tonibée à 37°, le deuxième jour, remontait à 38°, 38°5, pour s’y maintenir cinq ou six jours et revenir à la normale vers le 12° jour. L'évolution se faisait ensuite vers la guérison. ;
‘Chez d'autres malades, cette recrudescence des phénomènes pulmonaires ne s'est pas montrée au bout du 5° jour, mais ce sont des symptômes d’abattement et de faiblesse générale qui se sont marufestés
(1) Ces phénoménes syncopaux n'avaient rien de commun avec le phé nomène d’ictus laryngé, qui n’a jamais été observé chez les gazés.
à un degré très marqué. Ces malades semblaient relever d’une longue et grave maladie. Jusque-là, chez eux, l'asthénie n'avait pas été apparente, et on était surpris de voir ce symplôme se manifester tout-àcoup avec un tel degré d'intensité.
Dans l’intéressante observation d’asthénie, publiée par M. Sergent, la température du malade s’abaissa brusquement d’un degré, en même temps que sa tension artérielle s’abaissait aussi, et le phénomène de la. ligne blanche surrénale apparut bientôt. — Nous avons personnellement suivi à Hardinghen et à Zuydcoote, de nombreux cas, où l'intensité et la persistance du phénomène contrastèrent avec le peu de gravité des symptômes pulmonaires. Mais nous verrons plus loin, que dans les formes pulmonaires ai-\
ouës, souvent l'asthénie s’est — au décours de l'affection — manifestée également intense et tenace.
De ce groupe important de cas d’asthénie prolongée, nous avions songé, un moment, à établir une forme particulière. Mais comme chez beaucoup de ces malades, ce sont des phénomènes pulmonaires où gastro-inteslinaux, qui ont tout d'abord dominé la scène, les cas dont il s’agit, trouveront leur place. parmi Les formes aiguës éludiées plus loin. Nous donnerons seulement ici, quelques observations où l’asthénie fut le phénomène prédominant de toute l’évolution morbide.
Voici d’abord deux cas où une aggravation des phénpmènes pulmonaires s'est manifestée au bout. des 4 ou 5 premiere jours. À Zuydcoote comme à Hardinghen, les cas de ce genre ont été parliculière-
ment fréquenis, el ont pris assez souvent une-allure les rapprochant des cas aigus.
OBSERVATION II (Inédite et personnelle, Hardinghen)
B..., 24 ans, 1° régiment de tirailleurs. Homme robuste, rien de spécial dans ses antécédents ; a bien supporté la campagne.
Le 22 avril, au moment de l’inhalation des gaz suffocants, a éprouvé les symptômes déjà décrits : accès d’étouffements, toux quinteuse, expectoration abondante. Pas d’hémoptysie. Pas de vomissement.
24 avril. — Malade très fatigué. Dyspnée assez marquée. Accès de toux fréquents, suivis d'une expectoration abondante avec quelques îlots purulents. L’auscultation révèle les signes d’une bronchite diffuse.
Quelques râles congestifs aux bases. Pouls un peu accéléré, mais régulier, Examen des urines : volume diminué, mais aucun élément pathologique.
28 avril. — Aggravation des phénomèns pulmonaires... — Dyspnée plus pénible. Les râles sous-crépitants aux basés sont plus marqués. Malade légèrement cyanosé. La ‘température, qui les jours précédents était très peu audessus: de la normale, atteint maintenant 39°2. Ventouses scarifiées. |
} 29 et 30 avril. — Même état. On fait au malade des enveloppements humides du thorax, et des injections d’'oxygène.
3 mai. — Amélioration ; dyspnée beaucoup moins vive; toux moins pénible et moins fréquente. L’expectoration s’est épaissie.
Auscultation : Râles congestifs moins perceptibles. Température : 37°8.
7 mai. — La bronchite entre dans la période de: coction. L'état général est meilleur. Le malade est assez faible et présente de l’anorexie. Cependant, sous l’action du traitement, il entre en convalescence à quelques jours de là, et est évacué le 3 juin. Ms