OBSERVATION XI
(Inédite et personnelle, Hardinghen)
Gangrène pulmonaire à forme preumonique
J..., soldat au 73° territorial, âgé de 36 ans. Entre à lhôpital temporaire 66 d’'Hardinghen le 24 avril 1915; après avoir été victime des gaz suffocants, l’avant-veille, en Belgique. Homme bien constitué, et ayant jusqu'alors bien supporté la campagne. À ex cependant des bronchites antérieurement, Au moment de l'accident, a éprouvé les phénomènes immédiats déjà décrits.
25 avril. — Le malade,'très abattu, se plaint d’un point de côté dans la région du mamelon gauche. Il est secoué d'accès de toux avec dyspnée assez pénible. Température : 38°8. Pouls accéléré : 05.
Examen : vibrations vocales augmentées légèrement. Fâles de bronchite généralisée.
28 avril. — Température : 39°. Pouls : rr0. Visage cyanosé. Dyspnée très vive. L'état général semble aggravé. Auscultation : les signes de bronchite n'ont pas augmenté, mais vers la partie moyenne du poumon gauche, on perçoit un petit foyer de râles crépitants, et la percussion révèle en ce point une zône de matité. L'expectoration a été, durant les deux jours précédents, épaisse, jaunâtre, mais non teintée de rouge. Elle sem-" ble actuellement contenir quelques îlots purulents. |
2 mai. — Les signes stéthoscopiques n’ont guère variés. On perçoit surtout des râles sous-crépitants aux deux temips de la respiration, plus de râles crépitants. Pas de
souffle. Pas de réaction pleurale. Bruits du cœur : normaux. Dyspnée toujours assez pénible. Nous remarquons que l'haleine du malade est forte et désagréable.
4 mai. — L'état général du malade s’est aggravé, malgré que les signes stéthoscopiques n’indiquent rien de nouveau. Mais depuis la veille, lhaleine est devenue d’une odeur insupportable. L'expectoration très épaisse, purulente, est passée au jaune-grisâtre, et présente une odeur fétide. La douleur de côté a HRLEUÉ d'intensité. Isolement du malade.
6 mai. — À l'auscultation, on pérçoit de gros râles sous-crépitants, se rapprochant du gargouillement. L'haleine est toujours fétide. ainsi que l’expectoration, qui semble diminuée un peu d’abondance. Température 39°9. Etat général mauvais, qui persiste ainsi jusque vers le 15 mai. Il semble, à ce moment, y avoir une légère amélioration. Les signes de bronchite ont en grande partie disparu. Mais la percussion du thorax, côté gauche, révèle toujours une certaine zône de submatité.
L'expectoration, moins abondante, a toujours les rnèmes caractères d'aspect et d'odéur infecte. L'haleine est toujours fétide.
20 mai, — Contrairement à ce que nous pouvions espérer, l'amélioration n'a pas persisté, et l'état général du malade est redevenu mauvais. La température oscille entre 38°5 et 409°8. Le malade semble profondément infecté:
30 mai. — Le malade présente encore une dyspnée modérée, mais tousse beaucoup moins. Son haleine et ses crachats ont toujours une odeur repoussante. À eu les Jours précédents un peu de diarrhée.
1" juin, — Le malade est très affaibli, mais semble un peu amélioré, La température s’abaisse, elle se maintient aux environs de so
Vers le milieu de juin seulement, après des alternatives de régressions et de progrès, l’état de ce malade sem- “ble s'orienter décidément vers le mieux, et permet l’évacuation sur l’intérieur le 25 juin. Parti de notre formation, dans cet état précaire, nous ne savons ce qu'il est advenu par la suite, de ce malade.
: MM. Dujarric de La Rivière et Leclercq, ont observé à Calais, à la même époque, 3 cas analogues de gangrène à forme pneumoniqué. Les symptômes présentés étaient identiques. Leur courbe de températures montrait de grandes oscillations. Ces malades prirent l'aspect caractéristique des grands infectés. L'examen de leurs crachats a mis en évidence la présence de microbes anaérobies, tels que le B. repens et le B. perfringens.
B. — Forme aiguë digestive
Les premiers gaz de combat utilisés par les Allemands, et qui furent surtout des gaz suffocants, n'ont pas occasionné que des accidents pulmonaires. Sans doute, ce sont les accidents de cet ordre là, qui, la plupart du temps, dominèrent la scène, surtout dans les cas graves, accompagnés souyent de symptômes d'insuffisance cardiaque.
Mais, dans un très grand nombre de cas moyens. des symptômes d'ordre gastro-intestinal ou hépatique, se sont manifestés à des degrés plus où moins marqués, concurremment avec les phénomènes pul-
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LL tp
imonaires. Quelquefois même ce sont eux qui ont eu ja prédominance.
Nous en avons déjà dit quelques mots au début de ce travail, au chapitre de la symptomatologie. Wil: lot a soutenu récemment une thèse, sur cé point spécial de l'action des gaz allemands.
Précédemment, Bureau en avait également dit quelques mots dans un travail plus général.
Mais bien avant, c'est-à-dire au cours de 1915, MM. Rathery et Michel, d'une part, avaient 0bservé ces symptômes, et en avaient fait une analyse méthodique. |
MM. Dujarric de La Rivière et Leclercq, d'autre part, firent, à peu près à la même époque, une communicalion à l’Académie de Médecine, au cours de laquelle il est question de troubles gastro-intestinaux et d'ictères hémolytiques dus aux gaz de combat. Et les asserlions de ces deux auteurs sont appuyées d'une aulopsie dont nous parlerons plus loin.
Il nous a été donné, à nous-même, en 1915, à l'hôpital temporaire 66 d'Hardinghen, d’obsetver chez des gazés, des phénomènes du même genre. Etat saburral des premières voies digestives, avec céphalée et courbature, anorexie, fétidité de lhaleine, dou: leurs gastriques, vomissements! et diarrhée : nous avons déjà dil quelques mots de la plupart de ces symplômes, au début de ce travail. Ils ont été, pour ainsi dire, à peu près constants.
Ajoutons-Y le subictère des conjonctives, plus rare, el même un cas d’ictère france (M. Rathery).
Ne
On a vu également, des gazés avec foie hypertrophié et douloureux, ainsi que deux cas de rate hyper- {rophiée mais indolore (Dujarrie).
Qu'il nous suffise de faire mention des nombreux
cas d'embarras gastrique fébrile, rencontrés parmi les observations que nous possédons, et qu'il serait fastidieux de développer ici en détail. Nombreux aussi, furent les malades présentant des régurgitalions acides, tantôt précoces, au cours des trois premiers jours de leur entrée à l'hôpital, (tel le cas du caporal L..., légèrement atteint, par ailleurs, au point de vue respiratoire) ; tantôt assez tardives au contraire (soldat Z..., du 1° tirailleur, chez qui les régurgitations acides apparurent seulement le 15° Jour, et se prolongèrent pendant plus d’une senaine). |
Voici, d'ailleurs, un des cas de gastrite aiguë, obser-
vés par nous, à la suite de la première affaire des gaz suffocants. :
OBSERVATION XII (Personnelle. Hôp. 66 d'Hardinghen)
OK, x ans, soldat au 74° territorial: À éprouvé, le 29 avril 1915, à Langhemarck, les mêmes symptômes immédiats que la plupart de ses camarades : accès de suffocation, toux, expectoration abondante et vomissements. Mais ce militaire a pu gagner le poste de secours sans trop de peine, et nous est arrivé dans un état pas trop mauvais, avec une dyspnée modérée et une toux quin-
teuse qui furent à peu près calmées dès le lendemain. Il
| se plaint surtout d'éprouver une sensation de brülure pharyngée et œsophagienne.
95 avril. — Examen du malade : homme robuste, n'ayant aucun passé gastrique. Ne présente, au point de vue respiratoire, que des signes de bronchite légère. Mais la sensation de brûlure n’a fait qu'augmenter d'intensité, et se fait sentir jusqu’au niveau du creux épigastrique. La palpalion de l'estomac est douloureuse ; douleur qui s’exagère par la pression. Quelques régurgitations acides.
27. avril. — L'impression de cuisson, et les régurgitations acides persistent, ainsi que la sensibilité gastrique. Alimentation exclusivement composée de lait coupé d'eau de Vichy.
1% mai. — L'état gastrique du malade s’est amélioré, mais il est très abattu. Il demande à manger.
À la reprise de l'alimentation, pourtant dirigée d’une façon très prudente, apparaissent aussitôt des .vomissements. Vomissements constitués par la petite quantité d'aliments ingérés, mélangés de mucosités, mais pas de sang.
Au cours de la semaine suivante, les vomissements, qui jusque-là se répétaient presque après chaque ingestion d'aliments, deviennent moins fréquents. Les douleurs gastriques sont beaucoup moins vives, et la sensation de brûlure disparaît peu à peu. L'alimentation lacto-végétarienne est de mieux en mieux tolérée par le malade, qui reprend des forces et du poids. Le 9 mai : sortie.
On peut dire qu'en général, les accidents gastro-intestinaux, produits par l'absorption des gaz suffocants, ont guéri assez rapidement. Nous avons vu pourtant, chez un certain nombre de gazés à Zuydcoote et à Hardinghen, les symptômes d’ hyperchlorhydrie et les douleurs gas-
triques persister pendant des semaines. Ces malades,
très amaigris, étaient évacués sur l’intérieur. »
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ANT AS L, LÉRe wars
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Üne très bonne observation de Bureau, détaillée dans sa thèse et reproduite dans celle de Willot, est venue depuis lors, confirmer les faits que nous avançons
Nous en donnons ici les passages essentiels :