‹ Sur les effets cliniques des gaz de combat allemands: D'un carnet d'observations et de notes relevées aux Armées des FlandresChapitre 9 sur 51 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SYMPTOMATOLOGIE

© A, —— SYMPTOMES FONCTIONNELS. — 1° APPAREIL RESPIRATOIRE Dyspnée. — Précédée de picotements et de cons-

triction laryngée, la dyspnée est apparue presqu'aussitôt après l'inhalation des gaz suffocants. Nous n'avons pu, naturellenrent, assister à l'éclosion de ces symptômes, mais les récits des militaires étaient tous concordants. La gène respiratoire s‘accentuait progressivement : chez un certain nombre d’entre eux,’ elle devint rapidement assez intense pour annihiler complètement leurs forces, et les mettre dans l’impossibilité de se sauver en arrière, dès que l’ordre en fut donné. Parmi ceux parvenus à l'hôpital, nous avons vu chez le plus grand nombre d’entre eux, le symptôme dyspnée s’amender rapidement, au bout des 8 ou 4 premiers jours, sous l'influence du traite-

iment. Chez quelques autres, au contraire, dont Île visage élail cyanosé €t couvert de sueurs, la dyspnée ne faisait que s’accentuer ; ils présentaient du tirage sus el sous-sternal ; les progrès des symptômes as- phyxiques, dans ces cas suraigüs, entraînaient fatalement la mort, au bout de peu de termps.

Toux. — La toux a fait son apparilion presque en mème temps que la dyspnée. Ces deux symptômes | - fonctionnels ont donc été très précoces. Foux sèche, éructante, provoquée par un picotement laryngé. Très rapidement, cette toux prenait la forme de quintes très pénibles, secouant le malade atrocement, ne lui laissant aucun répit, et amenant avec la dyspnée progressive, un épuisement complet des forces. Au cours des jours qui suivirent l'accident, la toux avait revêtu à peu près invariablement l'allure coqueluchoïde, et lorsqu'on pénétrait dans une salle d’asphyxiés, on avait réellement l'impression d’être . dans une salle de coquelucheux. Chez certains gazés, cette allure cqueluchoïde de la toux persista pendant plusieurs semaines, mais ce fut rare. Chez la plupart, la toux devenait, au bout de six à huit jours, moins sèche et moins fréquente, s'étant rapprochée, en gé- néral, de celle de la bronchite. Elle prenait, du reste, pour chaque malade en particulier, le caractère inhérent à la varitéé d'affection pulmonaire qui se dessinait chez lui.

Expectoration. — Elle a été, également, un symptôme précoce. Cette expectoration s’est présentée,

tout au début, sous la forme d'un liquide nrousseux, aéré, transparent, inodore, quelquefois strié de sang.

Chez un certain nombre de sujets, les stries sanguinolentes, où même les gouttes de sang pur, ne SY sont montrées que plus tard,. au bout de cinq ou six jours environ.

A ce moment, d'ailleurs, l'expectoration a changé de caractères ; elle est devenue moins aérée, plus épaisse, gommeuse et adhérente au vase, contenant des îlots purulents jaunes ou verdâtres. D'autre part, elle s'est modifiée quant à la quantité : de remarquablement abondante qu'elle était au début (un de nos malades a expectoré jusqu à 500 cc par jour), elle l'est devenue beaucoup moins.

En sonime, après avoir revêtu d'abord les caraetères plutôt exsudatifs de l'œdème pulmonaire, elle s’est ensuite rapprochée, en tous points, de Fexpectoration de Ja bronchite et de Ia broncho-pneumonie.

Examens de laboratoire. — Un certain nombre d'examens de laboratoire, ont montré qu'au début cette expecloration était constituée par un abondant mucus hyalin, renfermant des cellules épithéliales cylindriques, des polynucléaires, quelques fibres. élastiques, et souvent des globules rouges.

Au point-de vue bactériologique, on y trouvait, à côté d’une flore banale, des pneumocoques, et dans quelques cas, des anaérobies, tels que le Bacillus perfringens et le B. refrens. Plus lard, sur un fond de mucus épais, se détachaient un grand nombre de po-

lynucléaires plus ou moins altérés, des cellules cylindriques et alvéolaires, des globules rouges, des granulations albuminoïdes et graisseuses.

On notait aussi, la présence de fibrine en abondance, se présentant sous forme de fibres élastiques isolées, ou plus souvent réunies en amas.

Bactériologiquement, on y trouvait, en général, du pneumocoque en abondance, el parfois des anaérobies assez nombreux : B. repens, B. perfringens, B: ramosus, et du tétragène. — Ces examens, montraient le proceësus évident d’une forte congestion du tissu pulmonaire, et dans quelques cas ont pu faire envisager, la possibilité de lésions gangréneuses, d’ailleurs soupçonnées par la clinique, et confirmées plus tard, par la nécropsie.

Hémoptysie. — L'hémoptysie a été relativement fréquente, et a été le plus souvent, un phénomène de début. D'après Lian, de nombreux soldats sont morts en quelques instants dans la tranchée, succombant à une hémoptysie foudroyante, survenue dans un accès d’étouffement.

Mais, hâtons-nous de le dire; dans les nombreux cas que nous avons pu observer, le phénomène a préscnté un caractère infiniment moins grave.

Et, habituellemet, c’est de deux à trois heures après l'accident, à l’arrivée au poste de secours, que, Phémoptysie s'est produite. Quelquefois plus tard ainsi, chez deux de nos malades, elle est survenue dans la nuit qui a suivi l'accident, et chez un autre,

Le æ X le lendemain seulement. — Nature : L'hémoptysie s’est manifestée, en général, sous une des trois formes suivantes a) Crachats siriés de quelques filets de sang ; LED) Crachats nettement sanglants

c) Rejet de sang pur, en ne généralement minime.

Durée et abondance : Dans une trentaine de caf, la durée de l'hémoptysie a été courte, et elle a été peu abondante : durée de quelques heures seulenient, ou de la totalité de la nuit qui à fait suite à l'absorplion des gaz. x

Ces cas n’ont été suivis que de bronchite ou de congestion sans gravité. Dans neuf cas, observés par nous," l’hémoptvsie a revêtu un caractère un peu plus sérieux, tant par la durée que par l'abondance ; sans cependant devenir un symptôme inquiétant. Dans les trois premiers, la durée a été longue : SUTVEnue quelques heures après l’accident, elle a persisté respectivement : trois jours, quatre jours, et six jours. Mais son abondance a élé modérée, se manifestant sous la forme de crachats sanglante et de re- Jet de sang pur. Ces trois cas ont été suivis de bronchite généralisée et de congestion plus sérieuse aux bases. Ils ont d’ailleurs évolué vers la guérison.

Dans cinq cas, la durée de lhémoptysie a été courle (une soirée et une partie de la nuit suivante), mais l'abondance plus grande. Ces cas ont été suivis de bronchite à forme congestive et ont été compliqués

SUR MR Ar d'asthénie prolongée. L'hémoplysie avait été accom- pagnée, chez deux dé ces malades, de SYNCOpes Iniliales,

Dans un dernier Cas, enfin, la durée a été longue, deux jours et deux nuits, et l’hémoptysie assez abondante. Une bronchite tenace a fait suite, compliquée plus tard d'asthénie prolongée.

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