‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 18 sur 54 · S IJ K L F. S FO N C T I O N S · texte numérisé non relu

S IJ K L F. S FO N C T I O N S

un grand géomètre, étant sui' ie point d’expirer, Maupertnis lui demanda quel était le carré de douze; le mourant répondit sans hésiter : cent quarante-quatre. J’ai vu, dans l’hospice de Vienne, un aliéné dont la manie avait dégénéré en idiotisme. Son unique occupation était de compter, mais il s’arrêtait toujours à quatrevingt-dix-neuf; j’eus beau faire, je ne pus jamais l’engager à dire, cent; il recommençait toujours à compter par un. M. L.-A. Gcehs, dans son excellent Traité sur ^hydrocéphale chronique et aigu (i), s’exprime ainsi : « Jamais le physiologiste n’expliquera comment, à côté d’une abolition complète de toutes les facultés de l’âme, une seule faculté peut se manifester dans toute sa force. Le fils d’un maréchal-ferrant, quoique stupide à tout autre égard, manifestait encore à sa douzième année une étonnante mémoire des nombres et une bienveillance particulière. Ces deux qualités se sont perdues à proportion que sa maladie, l’hydrocéphale, s’est accrue.

Voilà certainement des preuves irrécusables que les fonctions de l’organe des nombres sont indépendantes de celles des autres organes.

(i) Practische Aldiandlung uberdie vorzuglichern Krankheiten des kindlichcn Allers-Zweiter Band.

Siéçe

:<rC et apparence extérieure clés nombres.

de V organe

L’organe du sens des nombres est formé par

la partie la plus externe latérale du plancher orbitaire, dans un sillon ou enfoncement qui se dirige de devant en arrière. Lorsque cette

dans sa moitié interne, et que sa moitié externe représente une ligne droite qui descend obliquement, PI. LXXXV1I, fig. 3, portrait de Monge. De-la résulte que la partie externe de la paupière est abaissée, et cache la partie correspondante de l’oeil. Ce caractère est encore plus infaillible, lorsque la partie externe de l'orbite se trouve en meme temps écartée en dehors, de manière que l’a ng lesaillant de l’arcade sourcilliaire déborde les parties antérieures de la tempe, comme on le voit dans le crâne du célèbre mécanicien

S U U LES FONCTIONS

I/fB

11’existe pas lorsque les parties latérales sont très bombées par un grand développement , soit de l’organe de la musique, soit de celui de la construction.

Après avoir acquis une connaissance exacte de la forme et de la place de cet organe, que l’on observe les hommes qui se sont distingués dans les mathématiques parleur génie créateur. Je connais personnellement un grand nombre des mathématiciens vivans, et j’ai étudié les bustes, les portraits et les gravures de plusieurs autres. Je trouve à tous, sans exception, l’organe que je viens de décrire. Que l’on examine le portrait du* jeune Coîborn, PI. LXXXVII, fig. r ; chez lui, la partie externe du plancher orbitaire est tellement déprimée et poussée en dehors que celte conformation n’a point échappé à l’auteur des premières notices sur ce jeune homme, insérées dans les journaux américains. Que l’on considère les bustes et les portraits d’Euclide , d’Archimède , de Galilée, PI. LX XXII, fig. 3; de Kepler, de Newton, de Leibnitz, de Pierre Gassendi, de Iluyghens, de Sully, de Descartes, fig. 5; d’Euler, de lloberval , de Lagny , de Bernouilli , de Lagrange, de la Place, de Trafics , de Lalande, fig. 4; de Herschel, de Olbers , de Bessel , de Boetzenberg , d’Egmeycr, de Monge, de Carnot, de

Jedidiah Buxton, PI. LXXXV1I, lig. 2; de Bü rgss , deBodé, de MM. Prony, Arago, etc.

Lorsque l'on connaît les conditions sous lesquelles le talent pour les malliëina tiques s’est constamment manifesté jusqu’ici, l’on peut annoncer , sans crainte de se tromper , qu’il se manifestera toujours par la suite sous les mêmes conditions.

Quelques médecins de Paris , pour me mettre a l’épreuve, m'amenèrent trois jeunes garçons, dont l’un se distinguait par une facilité extraordinaire pour le calcul; à peine ces enfans furentils entrés dans ma chambre, que j'indiquai le calculateur.

II n’est pas besoin de dire que le sens des nombres et des grandeurs trouvera une application différente, selon qu’il sera accompagné de tels organes très développés ou de tels autres. C’est selon ces variations que celui qui en est doué sera géomètre, géographe, opticien, astronome, mécanicien ou fabricateur d’inslrumens «.le mathématiques , compositeur de musique; il n’est, peut-être, pas de grand compositeur qui ne soit doué en même temps de l’organe du sens des rapports des tons et de celui du calcul.

D’ord inaire, cet organe est moins développé chez les femmes qucchez les hommes. Cependant il existe des exemples de femmes qui avaient une

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grande Lcililé pour le calcul, cl qui se sonl distinguées dans les mathématiques. Les Nègres ont. rarement des dispositions très fortes pour le calcul et pour les mathématiques ; aussi leurs têtes sont-elles presque toujours étroites , comprimées dans la région de l’organe du calcul. M. le docteur Spurzheim croit que l’organe des nombres est assez généralement développé chez les Anglais. Ce développement est-il une suite d’un exercice habituel , ou bien le goût pour les spéculations commerciales tient-il au développement de cet organe?

II existe à Paris un homme dont l’intelligence, il est. vrai , est en général assez bornée, mais qui se trouve tellement dépourvu de la faculté de combiner les nombres, qu’il a toujours été impossible de lui faire comprendre que a et 2 font 4? que 2 et J font 3. J’ai fait mouler Je crâne de cet homme, qui est remarquable par le développement presque nul de l’organe du sens des nombres.

J, cs animaux sont -ils doues du sens des nombres.

Je ne déciderai jns si les animaux comptent, s’ils ont une idée délerminée des nombres.

« Les bêles comptent, cela est certain , dit Leroy ; cl quoique jusqu’à présent leur arithmétique paraisse assez bornée, peut-etre pourrait on lui donner plus d’étendue. Dans les pays ou l’on conserve avec soin Je gibier, on fait la guerre aux pies, parce qu’elles enlèvent les œuls et détruisent l’espérance de la ponte. On remarque donc assidûment les nids de ces oiseaux destructeurs ; et , pour anéantir d’un coupla famille carnassière, on tâche de tuer la merc pendant qu’elle couve. Entre ces mères , il en est d’inquiètes, qui désertent leur nid dès qu’on approche. Alors on est. contraint de faire un a fl ut bien couvert au pied de l’arbre sur lequel est le nid , et un homme se place dans l’affût pour attendre le retour delà couveuse ; mais il attend en vain : si la pie qu’il veut surprendre a été quelquefois manquée en pareil cas; clic sait que Ja foudre va- sortir de cet antre oû elle a vu entrer un homme. Pendant que la tendresse maternelle lui tient la vue attachée sur son nid , la frayeur l’en éloigne, jusqu’à ce que la nuit puisse la dé-

J 5 2 S XJ II L E S F U N c: T IONS

rober au chasseur. Pour tromper cet oiseau inquiet , on s’est avisé d’envoyer à l’affût deux hommes, dont l’un s’y plaçait et l’autre paraissait; mais la pie compte et se tient toujours éloignée. Le lendemain trois y vont, et elle voit encore que deux seulement se retirent, lin fin , il est nécessaire que cinq ou six hommes, en allant à l’affût, mettent son calcul en défaut. La pie, qui croit que celte collection d’hommes n’a fait que passer, ne tarde pas à revenir. Ce phénomène, renouvelé toutes les fois qu’il est tenté, doit être mis au rang des phénomènes les plus ordinaires de la sagacité des animaux (1). »

Dupont de Nemours assure même que la pie compte jusqu’à neuf.

L’on croit que la poule compte ses œufs et la chienne ses petits. Il est certain que la chienne s’aperçoit lorsqu’on lui a enlevé l’un de ses petits. Mais je ne crois pas que pour cela elle ait absolument besoin de les compter. Lorsque nous nous trouvons dans une société peu nombreuse, et que quelqu’un s’est retiré, nous nous apercevons de son absence sans que nous ayons compté Je nombre des personnes ; la chienne pourrait de

(i) Lettres philosophiques sur l’intelligence et la perfectibilité des animaux. (Édition de 1802. ) Pag. i/fp et 1 5o.

mémo s’apercevoir de l’absence de l’un de ses petits , par la seule raison qu’elle connaît chacun d’eux individuellement.

Sur le sens du temps. [Zeit-sinn.)

11 est des personnes qui ont une grande facilité pour retenir les dates et les époques. Elles savent le jour des naissances, des mariages, des décès , l’époque de tous les événemens, même les moins remarquables. Elles commencent tous leurs récits en indiquant l’année et le jour. Ce qu’elles savent le mieux de l’histoire, cc sont les époques. Le jésuite Denis Petau s’appliqua surtout à la chronologie, et se fit dans ce genre un nom qui éclipsa celui de presque tous les savans de l’Europe. Dans sa gravure, l’organe des nombres est très apparent. Le senior Degmayer, à Augsbourg, est généralement connu par sa facilité pour retenir les dates de tous les événemens , les jours de naissance, de mariage, de décès , etc. Dès son enfance il avait un penchant décidé pour les mathématiques; aussi en a-t-il la marque extérieure très prononcée. Je demande si celte faculté tient aux sens des nombres, du calcul , ou s’il faut chercher pour elle un organe particulier?

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Il csl. des personnes qui, en sc couchant , sont capables de fixer exactement le temps qu’ellesvont dormir, cl se réveillent précisément au moment qu’elles avaient fixé. Certains musiciens , quoiqu'ils aient un grand talent pour la musique, ne peuvent jamais observer la mesure: d’autres, au contraire, sans avoir du talent pour la musique, ne la manquent jamais ; de sorte que celle différence paraît constituer une variété essentielle de musiciens. Il est aussi des individus qui n’ont aucun sentiment du rhylhme des vers non rimés. On voit des gens qui trouvent une jouissance particulière dans une collection de montres et de pendules, et il faut que toutes marchent avec la plus grande exactitude. Il parait qu’il n’existe plus de temps pour ces aliénés qui restent pendant des journées cl des semaines entières toujours à la même place. Un aliéné, à Vienne, n’avait qu’une idée fixe, c’est-à-dire que c’était toujours le 17 octobre. Il arrive souvent , dans l’aliénation mentale comme dans d’autres maladies graves, que l’idée du temps est complètement abolie. Lorsque ces malades se rétablissent, ils commencent à compter le temps du moment où ils ont recouvré le sentiment distinct de leur existence. Après vingt-sept années de réclusion et de manie, une dame éprouva une révolution favorable au moral. Son délire et sa lu-

D ü CERVEAU. 1 >0

reur ont été continues durant cet, espace do temps, au point de déchirer ses vêtemens,de rester nue, etc. Au moment de Ja cessation de son délire, elle a paru sortir comme d’un rêve profond, et a demande des nouvelles de deux enfans en bas-âge qu’elle avait avant son alienation, et elle ne pouvait concevoir qu’ils fussent mariés depuis plusieurs années (i).

Les animaux ont-ils aussi la mesure du temps?

« Les animaux, dit Buffon, ne peuvent avoir aucune idée du temps, aucune connaissance du passé, aucune notion de l’avenir. »

Déjà C. G. Leroy a très bien réfuté cette assertion de Buffon.

Ce qui fait pour nous la mesure du temps, c’est la succession des idées ou sensations dont nous avons été frappés, et qui laissent quelque trace dans notre mémoire. Il est sûr que les animaux ayant moins d’idées que nous, il doit y avoir moins de degrés marques sur 1 eclielle avec laquelle ils mesurent le temps; mais il faut bien qu’ils en aient l’idée, puisqu’ils en prévoient et en marquent les retours périodiques.

Tons les animaux qui se lèvent à certaines heures pour manger, et il y en a beaucoup, y sont fidèles, non pas cependant comme une boi-

(i) Pinel , Traûé médico-pliilosopliiquc sur! alienation mentale , p. 08

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loge qui sonne les heures , mais avec les modifications que les circonstances de la saison , ou même de la journée, peuvent occasionner dans leur volonté.

Lorsque la terre, découverte par la récolte entièrement faite, a forcé les faisans de se rassembler aux remises dans lesquelles on les conserve, c'est-à-dire , environ vers le premier de septembre, ils vivent rassemblés en troupes, et alors ils sortent du bois deux fois par jour pour chercher leur nourriture, ce qu’on appelle aller au gagnage. Tous à-peu-près ensemble s’acheminent au lever du soleil. Lorsque celui-ci commence à monter sur l’horizon , leur repas étant bientôt fait, parce qu’alors la nourriture est abondante, la chaleur qui se fait sentir les invite à rentrer aux bois. Ils en sortent ensuite entre cinq et six heures, et leur souper dure jusqu’à la nuit. Si la chaleur est moins grande, et si la nourriture est moins abondante, le départ a lieu un peu plus tôt. Lorsque la nourriture devient rare, et que les jours sont plus courts, les faisans ne sortent plus qu’une fois par jour vers neuf ou dix heures du matin, et leur repas dure alors jusqu’au coucher du soleil. Comment ces oiseaux exécuteraient-ils ces procédés réguliers, s’ils ne mesuraient pas les intervalles du temps?

Les perdrix rouges, quoiqu'on société moins

nu cerv i: au.

rapprochée, sont dans le mêmecas que les faisans; et les chasseurs intelligens savent si c’est dans les bois ou dans les plaines qu’il faut les aller chercher, selon les heures. Les lapins ont cela de particulier, (|ue l’expérience du passé leur donne, à quelques égards, d’une manière plus marquée, une connaissance assez certaine de l’avenir. Pendant l’été, ils sortent ordinairement de leurs terriers quelque temps avant le coucher du soleil , restent dehors une partie de la nuit, et se lèvent encore assez généralement vers liuità neuf heures du matin, quand il ne fait pas chaud. Mais si vous les trouvez sortis presque tous à deux ou trois heures après midi, s’ils mangent fort avidement, si l’attention qu’ils y mettent les rend plus hardis et moins précautionnés qu’à l’ordinaire, vous pouvez être certain qu’il pleuvra dans la soirée ou dans la nuit. L’avidité très caractérisée des lapins est donc alors un acte de prévoyance, c’est-à-dire, qu’en conséquence d’une sensation quelconque qu’ils ont déjà éprouvée , et qu’ils éprouvent encore, ils jugent de l’avenir par le passé.

Les animaux domestiques ont également la mesure du temps. La connaissance du passé leur fait aussi préjuger l’avenir. Les heures de l’avoine se marquent par le hennissement impatient

l5tf SUR LES FONCTIONS

des chevaux. Ceux qui sont ou faibles ou de mauvais caractère , ne manquent pus de faire les plus grandes difficultés pour outre-passer les lieux où ils ont coutume de se reposer. Us ont donc la conscience de leur existence passée. Les chiens, ceux surtout qu’on a coutume de mener à la chasse à une certaine heure, annoncent le moment par des cris d’impatience toutes les fois qu’il est retardé. Celui du départ est signalé par les signes de la joie la plus vive. Le chasseur en est souvent importuné, et il a beaucoup de peine à les réprimer , surtout lorsqu’armé de son fusil il leur annonce le retour prochain du plaisir dont ils consei'vent le souvenir. Qui ne sait que les chiens et tous nos animaux domestiques marquent avec impatience le moment où ils ont coutume de recevoir leur manger ? Il est donc certain qu’ils ont la mesure du temps.

Mais y a-t-il un organe particulier pour cette mesure, et où a-t-il son siège? M. Spurzheim est disposé à croire que son organe est situé audessus de celui de l’ordre, et près de la mélodie qui en reçoit une assistance marquée. Quand on aura recueilli de nombreuses observations sur des personnes qui se livrent avec passion à tout ce qui a rapport à la chronologie , au temps , aux dates, et qu’on les aura comparées soigneu-

sernent à celles laites .sur les arithméticiens, l’on sera peut-être en état de prononcer sur cette matière.

XIX. Sens de mécanique , sens de construction , laie ni de l’ architecture. (Kunst sinn, Bau-sinn. )

Historique de la decouverte.

Il m’est arrive' pour le sens de la mécanique , des constructions et de l’architecture, et pour son organe, la même chose précisément que pour le sens et l'organe de la musique. Lorsque je commençai à m’en occuper, je ne m’étais pas encore bien pénétré de l’idée que chaque qualité ou chaque taculté dépendît d'une partie cérébrale particulière. C’est là ce qui m'induisit à porter mon attention sur la forme totale de la tête des grands mécaniciens. Souvent je fus frappé de la circonstance que la tête de ces artistes était aussi large dans la région temporale que dans celle de la pommette. Ce n’était point encore là un caractère certain, mais je le retrouvai souvent, et je fus du moins de plus en plus convaincu que le sens de la mécanique est aussi une faculté fondamentale propre.

Je m’appliquai principalement à découvrir un

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caractère extérieur certain. Je cherchai partout a faire la connaissance de mécaniciens distingués ; j’étudiai la forme de leur tète, et je la moulai. J’en rencontrai bientôt chez lesquels le diamètre d’un temporal à l’autre était bien plus considérable que celui d’un zygomatique à l’autre. Je rencontrai enfin deux mécaniciens très marquans chez lesquels les tempes étaient renflées en un gros bourrelet arrondi. Ces tètes me convainquirent que ce n'est point l’éga lité des diamètres temporal et zygomatique qui détermine le génie pour la mécanique , mais bien une grande protubérance arrondie placée dans la région teniporale, tantôt immédiatement derrière l’œil , tantôt un peu au-dessus. Lorsque je me fus assuré du siège de l’organe et de son apparence extérieure, je multipliai mes observations ; partout où je jetais les yeux, je trouvai, tant dans notre espèce que chez les animaux, les preuves les plus irrécusables que le sens des mécaniques est une faculté fondamentale. Je me contenterai d’indiquer ces preuves.

lfl stoire naturelle du sens des mécaniques , des constructions et de V architecture chez les animaux.

Le tissu de la chenille, la toile de l'araignée, les cellules hexagones de l’abeille, les galeries souterraines de la fourmi, de la taupe, du lapin, les nids des oiseaux et de l’écureuil, la cabane du castor, etc., sont autant de chefs-d’œuvre. Quelle est la force qui les a créés?

Le chien et le cheval, si supérieurs à tant d’égards aux animaux que je viens de nommer, n’ont jamais, meme dans les mornens de la plus grande détresse, manifesté la moindre trace d’instinct pour bâtir, ou d’une aptitude industrielle quelconque. Quelle est donc la force qui suggère à des êtres si bornés les moyens les plus ingénieux pour leur propre conservation et pour celle de leur famille?

L’instinct? oui: c’est sans contredit un instinct, c’est-à-dire une impulsion intérieure; mais ce n’est pas cetinstinct, recours ordinaire desphilosopbes de cabinet et des naturalistes amoureux de leurs idées spéculatrices. C’est un instinct propre, absolument indépendant de toute autre espèce d’impulsion intérieure , et calculé exprès d’après les rapports particuliers dans lesquels l’animal se V. ii

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trouve avec le monde extérieur. Le tissu de la chenille devait la garantir delà pluie et du froid; la toile de l’araignée devait lui assurer sa proie ; les galeries souterraines de la taupe devaient servir de refuge et de demeure à elle et à ses petits. Il fallait que ^organisation de ces êtres fût d’accord avec leurs besoins, et recelât le type primordial des ouvrages qu’ils devaient exécuter en dehors. Ainsi donc, ici encore même harmonie entre l’intérieur de l’animal et les lois du monde extérieur , que pour tontes les autres qualités et facultés fondamentales; ici encore, dans un petit organisme vivant, le type ou l’empreinte d’une partie du monde extérieur.

Voilà la seule idée raisonnable des aptitudes industrielles innées. Que servirait à l’hirondelle et à la grive de pétrir avec de l’eau la terre glaise qui doit donner de la solidité à leur nid , si la terre glaise en se desséchant se réduisait en poussière? C’est en vain que la pie entourerait son nid d’épines, si les épines n’empêchaient pas ses ennemis d’en approcher. C’est l’harmonie entre les aptitudes industrielles des animaux et les objets du dehors qui seule les met en état d’assurer leur existence contre les dangers qui les menacent.

L’action de celte faculté, même chez les animaux, n’est pas soumise aux lois d’une aveugle

DU CliliVKAU.

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nécessité. Ils varient, suivant les circonstances, la structure de leurs nids , de leurs galeries. Les écureuils modifient beaucoup leurs nids et surtout leurs habitations d’hiver $ ils varient dans le choix de diHérens matériaux qu’ils savent chaque fois mettre en œuvre conformément à leur but. Dans certaines espèces, les aptitudes industrielles sont réduites à l’inaction par la captivité, et même par des circonstances peu importantes. Dans d’autres , elles continuent de se manifester, en quelque façon, irrésistiblement sous les conditions même les plus défavorables. J’ai vu un oiseau tisserand, en cage, qui dans toutes les saisons enlaçait de chanvre les barreaux de sa prison. Les castors que l’on nourrit à Heilbrun, près de Salzbourg, et à INymphen'bourg, près de Munich , rongent des branches de saule, les assujettissent ensemble et les recouvrent de limon. ■

Ce qui vient à l’appui de l’idée que l’aptitude à bâtir est une faculté propre, c’est que non^ seulement certains mammifères construisent des demeures pour eux et pour leurs petits, et que d autres ne le font pas, mais que la même chose a lieu aussi chez les oiseaux ; la plupart de ces derniers, il estvrai, font des nids, mais plusieurs cependant , tels que le duc-moven (strixotus L.),

1 effraye ( slnx Jlammen L.), et une espèce de

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chouette {strix ulula ), l’hoîlrier ( hœnuilopus ostralegus Lin . ), la petite alouette de mer de Bufton, ne construisent pas.

Il est probable que le climat exerce une influence particulière sur l’organe de l’instinct de bâtir comme sur ceux de plusieurs autres qualités ou facultés. On prétend que le castor qui habitait la Gaule ne bâtissait pas. Les castors lapons et russes se bornent, à ce qu’on dit, à creuser deux terriers , l’un au-dessus de l’autre, au-dessous du niveau de l’eau, et à établir entre eux une galerie. L'on prétend que dans certaines contrées le coucou construit un nid , et couve luimême ses petits. Mais on demande avec raison si , dans ces cas , l’on s’est assuré de l’identité de l’espèce, ou si c’est réellement le résultat de l’influence du climat? Est il vrai que les abeilles qui furent transportées à la Barbade et dans les autres îles du Levant, cessèrent de faire du miel après la première année, parce qu’elles trouvèrent qu’il ne leur était point nécessaire?

DU CE It VEAU.

Histoire naturelle du sens des arts et de l’architecture. chez l'homme.

Ce que l'homme connaît le moins, c’est luimême; d’abord, parce qu’il attribue toutes les qualités et toutes les facultés des animaux à ce prétendu instinct par lequel on veut tout expliquer; en second lieu, parce qu’il s’isole absolument de tout le reste du règne animal, et se prive ainsi de tous les points de comparaison. L'homme confectionne des vêtemens pour s’en couvrir : par quelle impulsion ? par celle du besoin, pour se garantir de l’inclémence de l’air et des piqûres des insectes; il élève une cabane, une maison, des palais, des temples, parce qu'il trouve pi us commode d’être abrité que de vivre en plein air, et qu'il veut satisfaire son orgueil ou rendre hommage à un Être qu’il croit au-dessus de lui; il construit des machines, parce que ses mains sont insuffisantes pour exécuter ce qu’il entreprend; toutes les productions de notre industrie sont dues à notre intelligence et à nos besoins. « L’homme ne paraît avoir rien qui ressemble à de l’inslinct; aucune industrie existante n’est produite par des images innées; toutes ses connaissances sont le résultat de ses sensations ou de celles de ses devanciers,

1 GG S U II L li S FONCTIONS

transmises par la parole , fécondées par la méditation, appliquées à ses besoins et à ses jouissances ; elles lui ont donné tous les arts (i). »

Tel est le langage qu’ont tenu jusqu’ici tous les auteurs, si j’en excepte quelques observateurs philosophes, relativement à toutes les actions humaines. Si je n’ambitionnais que l’approbation de mes contemporains , je devrais bien rester fidèle à celle routine.

J’ai déjà prouvé, eri général, dans les premières sections du Ier. vol. , combien est fausse celte manière d’envisager l’homme; et chacune des qualités ou des facultés fondamentales dont j’ai traité jusqu’ici, m’en a fourni de nouvelles preuves. Les réflexions suivantes convaincront le lecteur qu’aussi l’esprit des arts et des inventions mécaniques a été donné à l’homme par une organisation particulière.

Si les impressions antérieurement reçues, uos besoins, la réflexion , la raison, étaient les sources de nos arts, leurs progrès devraient être en proportion directe avec le nombre des impressions reçues , l’urgence de nos besoins , et avec le degré d’activité de nos facultés intellectuelles. Mais que l’on considère les arts chez des indivi—

(t) Le règne T. f , p- q i •

animal, par M. le chevalier Cuvier,

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dus ou chez des nations entières, l’on trouvera (inc ccs circonstances peuvent bien déterminer la nature, la direction de nos arts et de nos inventions, en favoriser les progrès, mais nullement en faire naître le talent.

Que l’on observe les enfans , meme ceux d’une même famille, ceux rassemblés dans la meme école qui sont environnés des mêmes objets, et voient les mêmes exemples : tandis que les uns se livrent à leurs divers penchans, les autres sont constamment occupés à dessiner avec du charbon , de la craie , du crayon, dilférens objets sur les murs, sur le parquet, sur les tables, sur du papier, à découper ou à façonner en cire différons objets, ou à réparer les ustensiles déménagé. L'on a vu des garçons de quatre à six ans faire un modèle admirablement exact d’un vaisseau de ligne. A peine le jeune Vaucanson a-l-i! regardé le mouvement d’une pendule à travers une fente de son étui, qu’il fait une pendule en bois sans autres outils qu’un mauvais couteau. Le fds de M. Reiclienbaclier, ingénieur pour les instrumens de mathématiques, à Munich, avait, dès l’âge de cinq ans, son tour à lui, dédaignait tous les jeux de son âge, et ne voulait absolument s’occuper que de ce quia trait aux mécaniques; son père a eu également ce même penchant exclusif dès sa première enfance. A Mul-

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hausen, en Suisse, Jes fabricans ne reçoivent dans leur atelier que les enfans qui, dès l’âge le plus tendre, de'cèlent un grand talent pour les arls en crayonnant, en découpant, parce qu’ils savent par expérience que de semblables sujets seuls deviennent des ouvriers intelligeris.

Qu’on parcoure l’histoire des grands mécaniciens, des grands dessinateurs, des grands peintres, des grands architectes, on n’en trouvera pas un seul qui n’ait manifesté, dès sa première jeunesse, les traces de son talent inné.

Lebrun, dès l’âge de trois ans, s’exerça à dessiner avec des charbons ; à douze ans, il fit le portrait de son aïeul. Christophe Wren avait, à l’àge de treize ans , construit une machine ingénieuse pour représenter le cours des astres. Le père Truchet était encore enfant, qu’il exécutait déjà de petites machines qui annonçaient ce qu’il serait un jour. Michel-Ange naquit peintre; à l’âge de seize ans, il faisait des ouvrages que Ton comparait à ceux de l’antiquité. Dans sa plus tendre enfance , on trouva Pierre du Laar, surnommé Bamboche, continuellement occupé à dessiner tout ce qu’il voyait. Sa mémoire lui rappelait avec fidélité, meme après bien du temps, les objets qu’il n’avait vus qu’une seule fois. Jean-Laurent Berniniut,a l’âge de dix ans, cri état de fait e une tète de marbre qui lui mé-

rita le suffrage de tous les connaisseurs. André Montaigne était destiné à devenir pâtre; son génie le portait vers des choses plus élevées; il passait tons ses instans à tracer des figures sur les pierres ou sur le papier.

M. Berré ( Jean-Baptiste ), né à Anvers, fils d’un tailleur d’habits , livré à lui-même, se forma au dessin sans maître; on peut dire malgré la volonté de tout ce qui avait de l’autorité sur lui dans son premier âge. Il fit d’abord des (leurs, s’essaya ensuite dans le genre des animaux de la vénerie, animaux morts. Il vint à Paris se perfectionner, peignit des lions et autres animaux carnassiers : enfin le voilà fixé au genre de Paul- Poller. Il excelle dans la peinture des animaux domestiques, vaches, chevaux, etc., etc., qu’il place ou dans des sites champêtres, ou au milieu de bâlimens ruraux. Il prépare lui-mêrne ses moyens d’étude en sculptant ses modèles, et établissant les reliefs des vaches et des cerfs, en petit, sans s'y être jamais préparé par des études préliminaires.

Un jeune artiste, qui dans ce moment fait preuve d’un grand talent pour la sculpture, s’occupait, étant enfant, et n’ayant aucune idée de 1 existence de cet art, à sculpter des crucifix à l’usage des laboureurs , et se faisait par-là un petit revenu pour se procurer les moyens de se

perfectionner. Tout le monde connaît de pareils exemples.

La plupart des grands artistes n’ont pas reçu d’éducation convenable, et ils ont eu tout au contraire souvent à lutter contre la misère ou d’autres obstacles de toute espèce, tandis que des milliers de peintres, de sculpteurs , d’architectes et de mécaniciens qui ne se sont jamais élevés au-dessus de la médiocrité, ont eu autant et souvent bien plus cle secours que les Claude Perrault, les Poussin, les Raphaël, PL LXXXV, fig. 5; les Truchet, les Michel-Ange, PL LXXXV, fig. 6,* les Antheinius, les W ren , les Mausard , les Nanleuil, etc.

Combien de fois des hommes que les circonstances extérieures ont empêchés de se livrer par état aux occupations auxquelles les appelaient leurs dispositions naturelles, n’en ont-ils pas fait leur amusement, meme dans un tourbillon d’affaires d’un genre bien différent? Léopold 1, Pierre le-Grand et Louis XVI faisaient des serrures ; le pasteur Hahn, des montres ; le religieux Plank employa la poussière des ailes des papillons pour peindre des oiseaux; et ses peintures font tellement illusion que l’on croit voir un oiseau naturel. On a vu des paysans faire des 01ères, c’est-à-dire des machines indiquant le cours des astres.

DU l'.Ell VE AU.

Le père Vincent, paysan qui habite une chaumière à une lieue de Plombières, étant venu un jour dans celle ville pour y vendre quelques denrées, entendit, de la rue, le son d’un instrument qui lui était inconnu. Il demanda la permission d’entrer dans la maison d’où les sons partaient; on la lui accorda; il lut introduit dans un appartement où une dame jouait du forté-piano. Ravi en extase, il voulut connaître cet instrument dans tous ses détails; on satisfit sa curiosité, il l’examina avec beaucoup d’attention; et après en avoir saisi Pensemble et les diverses parties, il dit qu’il en ferait un pareil. En effet, sans autres secours que quelques outils grossiers, tels qu’un rabot, un marteau et une lime, il fabriqua seul la caisse, les chevilles, les touches et les tampons, et assembla tout cela avec une industrie merveilleuse. Les formes, les proportions furent observées. Il en a fait depuis deux autres qui n’ont pas l’élégance des pianos d’Érard, mais enfin qui valent beaucoup de ceux qui portent le nom de facteurs connus.

Ce n’est pas tout : après cet essai, il voulut avoir une horloge. Il en examina une, et construisit toutes les pièces qu’il réunit, /et auxquelles il donna toute la régularité qu’aurait pu leur donner un bon horloger.

172 Sun LES FONCTIONS

Ce succès n’enorgueillit point le père Vincent. Un autre eût peut être quitté la bêche et la charrue; niais ce Vaucanson rustique continua à cultiver son champ, se contentant d’employer son nouveau talent dans ses heures de loisir, et uniquement pour se procurer quelques jouissances ou embellir sa demeure.

Partout on voit des hommes, occupant des places éminentes, se délasser de leurs occupations habituelles en travaillant au tour ou eu dessinant. O11 ne peut attribuer ces goûts ni à des sentimens particuliers, ni au besoin, ni à des facultés intellectuelles très distinguées.

L’on voit, tout au contraire, souvent des hommes doués de facultés intellectuelles très distinguées, qui ne savent absolument rien faire avec leurs mains. Lucien et Socrate renoncèrent à la sculpture, parce qu’ils ne se sentaient pas de vocation pour cet art. M. Schurer, ci-devant professeur de physique à Strasbourg , cassait tout ce qu’il touchait. Il y a des gens qui 11e savent pas tailler une plume, pas repasser un rasoir. Deux de mes amis , l’un excellent instituteur, l’autre grand ministre, s’étaient passionnés pour le jardinage, mais je 11e pus jamais leur apprendre à greffer un arbre.

D’un autre coté, les plus grands mécaniciens sont souvent, pour tout le reste, des hommes

étonnamment bornes. La plupart d’entre eux sont, d’ordinaire, comme tous les génies en general, de grands maîtres avant de s’en douter.

Je finis en faisant observer que l’exercice des aptitudes industrielles a lieu d’autant plus servilement et d’une manière d’autant plus invariable que l’animal se trouve placé plus bas sur l’échelle de perfection; plus au contraire il y est placé haut, plus il a de liberté dans l’exercice de ces aptitudes. Le nid de l’écureuil offre bien plus de variété que l’enveloppe de la chenille; c’est ainsi que nous voyons cette liberté apparente aller en croissant dans la proportion de 1 organisation en général, et de l’organe des arts en particulier, jusqu’à ce que nous arrivions enfin au dessinateur, au peintre, au sculpteur, à l’architecte, au mécanicien, qui croient que dans l’exercice de leur art ils ne sont assujettis à aucune entrave; cependant les bornes qui sont assignées à cet égard à l'espèce humaine, n’échappent pas à l’œil de l'observateur philosophe qui compare les ouvrages d’un artiste à ceux d un autre, les ouvrages des anciens à ceux des modernes, les ouvrages d’une nation à ceux d’une autre.

Du reste, je suis bien loin de nier que l’exercice et les modèles ne servent à perfectionner les produits des arts comme tout le reste. Mais

comme dit Ferguson : « Tool ce que l'homme acquiert d’habileté dans l’espace de plusieurs siècles, n’est que le développement du talent qu’il possédait dès les premiers temps. La hutte du Scythe offre aux yeux de Vilruve les élémens de l’architecture; l’arc, la fronde et le canot des sauvages présentent à l’armurier et au constructeur les constructions originales de leur métier (i). »

Sens de construction dans l'état de maladie.

Il n’est pas rare de voir des idiots qui marquent un talent étounant pour les mécaniques.

M. Pinel rapporte l’exemple (déjà cité) cl’un aliéné qui s’imaginait qu’on lui avait changé la tête, et qui faisait les machines les plus ingénieuses, qui étaient le résultat des combinaisons les plus profondes. M. le docteur Spurzheim parle cl’une femme chez laquelle l’organe de la construction était, toutes les fois qu’elle était grosse, dans un tel état d’incitation, qu’elle avait alors la rage de bâtir. Le docteur Rhus cite deux cas où le talent du dessin s’est développé

(i) Essai sur Phislo’re de la société civile, T. I! , P- O3-

pendant lu folie; et il ajoute qu’il n’y a pas cl’iiôpital de fous, dans lequel on ne trouve quelques exemples d’individus qui, n'ayant jamais montré auparavant la moindre trace d’un talent mécanique, ont construit les machines les plus curieuses , et même des navires complètement équipés.

Siégé et apparence extérieure de V organe des arts dans l’homme.

C’est la circonvolution vit roulée en spirale, Pl. 1Y, PI. V, PI. VIII, qui constitue cet organe. PI. VIII, il est recouvert presque à moitié par les circonvolutions très considérablement développées des lobes moyens. Lorsqu’il a acquis un développement considérable , il se manifeste dans le crâne par une protubérance en forme de segment de sphère, dont la base a un pouce et au-delà de diamètre. Elle est placée tantôt un peu plus haut, tantôt un peu plus bas, selon que les organes voisins sont plus ou moins développés, immédiatement derrière l’organe de la musique et au-dessus de celui des nombres. Un œil peu exercé pourrait le confondre très facilement avec l’organe du sens de la propriété ; mais la forme de ce dernier est allongée d’arrière

IJÜ SUR LES FONCTIONS

en avant, et lorsque le bourrelet qu’il forme est très considérable, il s’étend jusqu’au bord externe de l’arcade surciliaire. La protubérance que forme l’organe des arts, est ronde au contraire, et placée au-dessus de celle de l’organe du sens de la propriété. PL LXXXV, fig. 5, le portrait de Raphaël , et fig. 6 , celui de Michel-Ange.

On rencontre quelquefois de grands talens mécaniciens qui, loin d’avoir les régions temporales aussi saillantes que les régions zygomatiques , les ont plutôt rétrécies. Cela tient alors au défaut de développement des organes placés dans la partie antérieure latérale du front.

Cette protubérance donne aux tempes une saillie égale à celle des régions zygomatiques; c’est pour cela que les grands mécaniciens ont une tête qui paraît renfermée entre deux plans parallèles. Chez des artistes très distingués, cette région est extrêmementsaillante,etprésente l’aspect d’un bourrelet très apparent que les graveurs , les peintres et les sculpteurs regardent comme une difformité ; ce qui est cause qu’ils ne l’expriment jamais dans toute sa saillie.

A Vienne , plusieurs hommes très considérés m’amenèrent un sujet sur lequel ils me prièrent de leur dire mon avis. Je leur déclarai qu'il devait avoir de grandes dispositions pour les mé-

DU CERNEAU.

caniques; ces messieurs crurent que je m'étais trompe, mais la personne en question fut extrêmement frappée de ma décision ; c’était le fameux peintre Unterberger. Pour donner la preuve que je l’avais parfaitement bien jugé, il déclara qu’il avait toujours eu un goût passionné pour les mécaniques, et que l’art de la peinture qu’il exerçait n’était que son gagne-pain ; il nous mena dans sa maison, où il nous lit voir plusieurs grandes pièces remplies de machines et d’instrumens qu’il avait en partie inventés, en partie perfectionnés. Au surplus , le dessin , si nécessaire au peintre, dépend de l’organe de la construction.

Le docteur Scheel, de Copenhague, avait suivi l’un de mes cours à Vienne; de là il alla à Rome. Un jour, il entra tout-à-coup chez moi , dans un moment où j’étais entouré d’un assez grand nombre d’auditeurs, et me présenta un crâne en plâtre, sur lequel il me pria de lui dire mon avis. «Jamais, m’écriai-je à l’instant, je n’ai vu l’organe des arts développé au point où il l’est dans ce crâne. » Scheel continua de m’interroger. Je fis remarquer aux assistans un développement assez considérable de l’organe de l’amour physique et de celui de la mimique. — Comment, continua-t-il, trouvez-vous l’organe des couleurs? Je n’v aurais pas fait allen-

1^8 SU P. LES FONCTIONS

tion, car il n’était que médiocrement développé. M. Scheel déclara alors avec toutes les marques de la joie la plus vive, que c’était le plâtre du crâne de Raphaël qu’il venait de me remettre, et que pendant son séjour en Italie il avait trouvé mes idées confirmées par l’étude des antiques.

Plusieurs de mes auditeurs me parlèrent d’un homme doué d’un génie extraordinaire pour les mécaniques; je leur décrivis d’avance la forme que devait avoir sa tête, et nous allâmes le trouver; c’était l’habile ingénieur pour les instrumens de mathématiques, Lindner, à Vienne. Ses tempes sont renllées en deux bourrelets difformes. Auparavant, j’avais trouvé à-peu-près la même forme à la tête du célèbre mécanicien et astronome David, frère Augustin , et du fameux Voigtlænder, ingénieur pour les instrumens de mathématiques.

A Paris , le prince de Schwartzenberg , alors ministre d’Autriche, voulut nous mettre à l’épreuve, M. Spurzheim et moi. Au moment où nous nous levions de table, il me conduisit dans une pièce attenante, et me fit voir un jeune homme; sans dire un seul mot, j’allai rejoindre la société avec le Prince, et je priai M. Spurzheim d’examiner le jeune homme; pendant son absence, je dis à la société ce que je pensais du

jeune homme. M. Spurzheim eul à peine vu le sujet, qu’il vint nous rejoindre dans le salon, et déclara egalement qu’il le croyait grand mécanicien, ou grand artiste dans une partie semblable. En effet, le Prince bavait fait venir à Parisà cause de son grand talent pour les mécaniques, et lui fournissait les moyens pour y achever ses études.

A Vienne, et dans tout le cours de nos voyages, nous avons trouvé chez tous les mécaniciens, architectes, dessinateurs et sculpteurs, cet organe développé à proportion de leur talent; par exemple chez MM. Fischer et Zauner, sculpteurs à Vienne ; Grosch, graveur à Copenhague jPlœtz, peintre jHause, architecte ;Block, à Wurzbourg; Canova, Muller, graveur, Danecker, sculpteur à Stutlgardt; Baumann , ingénieur pour les instrumens de mathématiques et d’astronomie; chez un jeune homme dont le roi de Wurtemberg , dernier mort , a confié l’instruction ultérieure à M. Danecker , parce qu’on avait remarqué en lui de grandes dispositions pour les arts; chez M. Hœslein, à Augsbourg, qui, en 1807 , avait construit, sur la simple description, un bélier hydraulique , qui, avec une pente de deux pieds, élevait l’eau à plus de quarante pieds; Oltony et Pfug, à Jéna; Huébcr , dessinateur d’insectes à Augsbourg; Baader et Reichenbachcr, à Munich; le baron Drais, in-

S U n L F. S F O N CTI ON S

ido

venlcur du vélocipède, et d’un nouveau système de calcul; Bréguet et Régnier, à Paris, etc. , etc.

C’est donc de cet organe, et nullement du nombre et de l’espèce des sensations , ni du degré des facultés intellectuelles en général, et encore moins des mains , que dépend le talent de l’artiste; et Lcssing a parfaitement raison de dire que Raphaël eut élé le plus grand peintre quand meme il serait né sans mains.

Observations sur le sens des arts et son organe

chez l'homme.

Le lecteur n’aura pas de peine à déterminer ce qui doit résulter de la combinaison de l’organe clés arts avec les autres organes. De sa combinaison avec l’organe des nombres, quia lieu chez le frère David, Voigtlænder, Lindner, Bré- . guet, etc. , résulte le talent pour les mécaniques qui exigent de grands calculs; de celle avec l’organe de la musique, le talent de l’inventeur et du facteur d’instrumens de musique, etc. Ce sont encoreces différentes combinaisons quidéterminent le talent du graveur, du peintre, du sculpteur, etc., pour tel genre en particulier, pour

DU CEltVEAD.

l'iiisloire , pour les batailles, pour les sujets religieux, pour les sujets voluptueux , etc.

Le climat paraît agir sur cet organe comme sur les autres, c’est-à-dire que tantôt il favorise son développement, et que tantôt il le contrarie. Les modèles et les leçons d’un maître ne pourront guère suppléer à ce que le ciel a refusé a l’élève. Déjà , au seizième et au dix-septieme siècle, beaucoup d’artistes de tous les pays allaient à Rome ; cependant , il n’en est revenu ni un Raphaël, ni un Michel-Ange, ni un Léonard de Vinci, ni un Carrache, sous le rapport du dessin. Rubens meme, malgré tout son génie, malgré tout le feu de son imagination, et l’étude approfondie qu’il avait faite de l’antique, de rhisloire cl de l'anatomie , n’est point du tout au premier rang pour la composition et le. dessin.

Les Italiens paraissent être doués d’un organe des arts plus développé que les liabitans des contrées plus septentrionales , tels que les Flamands, les Allemands, etc. Voilà aussi pourquoi l’Italie a plus et de plus grands peintres d’histoire que tout autre pays ; car dans ce genre le sens des arts est plus essentiel que celui des couleurs. Presque tous les peintres italiens ont esquissé leurs tableaux, soit à la craie blanche, soit au crayon brun et blanc; plusieurs d’entre eux ne les ont esquissés qu’à la plume: on en

trouve souvent les contours corrigés, jamais on ne les trouve colories : preuve bien forte qu’ils n’ont travaillé que par l’inspiration du sens des arts. La plupart des gravures italiennes décèlent un goût très épuré sous le rapport des contours, ainsique l’étude de l’anatomie; souvent les sujets en sont tels, qu’il serait impossible de les traiter sans être doué à un haut degré du sens des arts.

L’on voit sans peine jusqu’où ces observations peuvent s'étendre, et combien il sera intéressant un jour de comparer les têtes et les crânes des différentes nations, sous le point de vue du talent pour les arts.

Il est donc prouvé par l’expérience que le sens des arts, ainsi que son organe, peut avoir acquis un très haut degré d’activité dès l’enfance, tandis que les autres qualités ou facultés sont beaucoup moins développées; que le sens des arts peut à tout âge exister à un degré d’activité très différent de celui des autres qualités ou facultés ; qu’il peut se manifester encore, et même avec énergie, lorsque les autres facultés sont dégradées jusqu’à l’idiotisme ; qu’il peut se manifester dans la manie, et s’y manifester même dans toute son intégrité; un sens des arts singulièrement actif peut se transmettre du père au lils, et de celui-ci au petit-fils; certaines es-

pèces d’animaux en soûl douées; d’autres espèces, quoique placées sur un degré supérieur de l’échelle, en sont privées.

Le sens des arts doit donc être considéré comme une faculté propre et indépendante de toutes les autres , c est-a-dire comme une faculté fondamentale; il doit donc avoir son organe propre.

Or donc, si l’on ne peut nier ni les faits que je viens de rapporter, ni les conséquences qui en découlent, il faut admettre que les objets sur lesquels cet organe est destiné à agir, existent hors de nous; que par conséquent il existe des lois du mouvement, du dessin, de la sculpture, du goût ; enfin que cet organe du sens des arts n’est autre chose que la condition materielle au moyen de laquelle le Créateur nous met en communication avec celle partie du monde, et à l’aide de laquelle il a voulu nous révéler ce fragment de l’univers.

Il serait , je crois , fort superflu de prouver que ces lois existent dans le monde extérieur. Toute personne qui a étudié les premiers élé— mens de la physique, connaît les lois de l’équilibre et du mouvement; et l’on ne s’attend pas non [dus à ce que je développe les lois de la peinture, de la sculpture et de l’architecture (i).

(1) « Indépendamment de l’architecture grecque,

Mais ce que je viens de dire doit convaincre loulc personne qui n’est pas irrévocablement attachée aux idées reçues , que les arts ne sont point un produit de nos sensations et de nos réflexions, qu’ils sont au contraire réellement une institution de la nature.

Jusqu’ici, en parlant des arts, je n’ai fait mention ni de la composition, ni de l’expression, parce que ces objets se rapportent à d’autres facultés dont je parlerai plus bas. Il me reste à parler de l’organe des constructions chez les animaux.

que toutes les nations ont adoptée ( dit M. J. -F. Sobry , dans sa pratique des arts, p. 3y4), il existe encore plusieurs autres genres d’architecture, tels que le genre égyptien, le genre chinois, le genre gothique et le genre arabesque. »

« Tous ces genres d’architecture sont bien distincts , et cependant ils partent tous du même principe, qui est la construction primitive; ils s’y rapportent dans leurs détails... » Et p. 584 , « Les Chinois ont , comme tous les autres peuples , des palais, des ports, des aquéducs, des arcs-de-triomphe , et toutes les décorations de ces édifices sont également tirées des constructions primitives; les mœurs et les coutumes ont beau mettre des différences dans les formes , on retrouve partout le même principe. »

nu CERVEAU.

De l'organe des constructions chez les animaux .

Cet organe, pour peu qu’il soit développé , est, la plupart du temps, très facde à reconnaître chez l’homme; mais comme, dans la plupart des especes animales, tantôt tels organes , tantôt tels autres, existent ou n’existent pas dans la région antérieure-inférieure de la tête, il en doit résulter beaucoup de variations dans la forme de la région où est placé l’organe des constructions. Elle doit avoir, chez l’animal dont les organes des localités, de la musique et des constructions sont en même temps très développés, une forme différente de ce qu’elle est chez celui qui n’est doué que de l’organe des constructions seul, ou de cet organe accompagné de l’un des deux précédens seulement.

Cet organe est en général très difficile à distinguer chez la plupart des animaux qui creusent des souterrains, ou qui construisent. Ceux qui n’ont pas encore des connaissances détaillées de 1 anatomie comparée, ne doivent commencer l'élude de l’organologie, ni par l’organe du sens des localités , ni par l’organe des rapports des tons, ni par celui de la construction. Chez l’homme, ces organes sont placés plus haut dans la tête, et ont une direction perpendiculaire. Chez les ani-

maux, comme ils sont prives de plusieurs organes intermédiaires, et qu’en général leurs organes sont plus petits, ces trois organes se trouvent placés plus bas, et leur direction est horizontale.

L’observateur exercé, comme je l’ai déjà démontré pour les organes des localités et de la musique, découvrira aussi l’organe de la construction dans les animaux, et il ne confondra pas celui-ci avec les deux autres. L’organe de la musique, chez les animaux, est placé vers le milieu de l’arcade orbitaire; celui de la construction se trouve placé plus en arrière. De même, l’organe des localités est plus en avant; et quoique quelquefois, comme chez les mammifères, sur l’angle externe du frontal, il occupe pourtant toujours la région supérieure du front, au lieu que l’organe de construction est non seulement plus reculé, mais aussi plus abaissé vers les côtés.

Ch ez le hamster, PI. LXXII, fig. 9, la marmotte, PI. LXX, fig. 7, et le castor, fig. 8, l’organe des constructions est très facile à reconnaître. Aussi les crânes de ces trois animaux se ressemblent- ils beaucoup dans la région où cet organe est placé. En général , il faut le chercher chez tous les rongeurs, immédiatement au-dessus et en avant de la base de l’arcade zygomatique. Plus ces animaux sont doués à un haut

degré de l'instinct des constructions, plus cette région de leur crâne est saillante.

Maintenant, on trouvera sans peine la réponse à cette question : Pourquoi le lièvre qui, quant à ses membres, est conformé comme le lapin de garenne, ne creuse-t-il pas des terriers comme lui? Que Ton compare cette région du crâne de l’un avec celle du crâne de l'autre, et l’on se convaincra que dans le lapin elle forme une saillie, tandis que chez le lièvre elle est déprimée. L’on trouve la même différence entre les crânes des oiseaux qui construisent des nids, et de ceux qui n’en font pas. C’est même peut-être le meilleur moyen pour se familiariser avec cet organe, de comparer les animaux du même genre, dont certaines espèces construisent, tandis que d’autres 11e construisent pas. C’est ainsi qu’en confrontant la tète du lapin de garenne avec celle du lièvre, les espèces d’oiseaux qui font des nids avec celles d’oiseaux qui 11’en font point, on acquiert une conviction complète de l’existence et du siège de cet organe. A l’égard de l’organe de la musique, j’ai dit qu’il fallait comparer non seulement les oiseaux chanteurs en général avec ceux qui ne chantent pas , mais surtout les oiseaux du même gemc, dont certaines espèces chantent, tandis que d’autres ne chantent pas ; par exemple, il y a parmi les différentes espèces de fauvettes plu-

S U R LES FONCTIOJSS

sieurs especes qui chantent, et plusieurs autres qui sont privées du chant. Il y a des prives qui n’ont aucun chant, et d’autres qui chantent merveilleusement bien. Parmi les faucons, on ne connaît qu’une seule espèce qui chante agréablement, l’épervier chanteur. ( Falco rnusicus.) On obtiendra le même résultat en confrontant la tête de notre castor, qui, abandonné à scs instincts, construit si bien, avec la tête d’une autre espèce de castor, qu’on dit être dénuée de l’instinct de bâtir.

Quoique les crânes du blaireau et de la taupe aient, dans la région indiquée, une proéminence assez sensible, elle est pourtant très difficile à saisir, à moins qu’on ne soit déjà très au fait de cette organisation.

Plus nous nous familiariserons avec l’organisation du cerveau des différentes espèces d’animaux, et plus nous aurons acquis de connaissances relativement à leurs instincts , plus nous nous convaincrons de la vérité de l’organologie.

Plusieurs de mes adversaires se sont déclarés contre l’idée que c’est la même faculté fondamentale, au moyen de laquelle le castor bâtit une cabane, une femme fait des ouvrages de modes, et Raphaël dessine ses immortels tableaux. Di\in Raphaël , le mettre sur une même ligne avec le hamster , le castor et une ouvrière

DU CKRVEA.IT.

iS<)

un modes! Les plaisans de profession peuvent attacher quelque importance à de semblables observations ;mais le naturaliste philosophe sait se dire qu'une force exprimée ici par trois , et là parun million, peut être très différente dans scs effets, quoique sa nature reste la même.

« N’y aurait-il pas, dit M. Demangeon, dans quelque lande du cerveau des faisceaux de fibres encore ignorés et propres à expliquer les différences de l’industrie mécanique; car il est difficile de croire que le petit renflement circulaire qui s’aperçoit derrière l’organe de la musique, dansla direction de l’angle externe de l’orbite, suffise aux conceptions si variées du mulot, du castor, de l’oiseau constructeur de nids, de l'architecte, du statuaire, du dessinateur, du machiniste, de l’horloger, et d’une mécanique aussi ingénieuse que celle des Vaucanson et des Maëlzel ? Ce qui me surprend , c’est qu’un organe circonscrit dans un si petit espace à la base du cerveau, puisse dominer tous ceux dont i! appelle le secours , au point de se les assujettir et de leur imprimer son cachet.»

M. Demangeon trouve difficile de croire qu’un petit renflement circulaire suffise aux conceptions du mulot, du castor, de l’oiseau constructeur de nids, etc., etc.; lui est-il plus facile de

concevoir que le petit cerveau de la fourmi , de l’abeille, de T araignée, du mulot, de la penduline, ne suffisent pas seulement à leurs instincts mécaniques, mais aussi à tous leurs autres instincts si variés et si étonnans? Depuis quand un philosophe a-t-il cru pouvoir s’arroger le droit de demander à la nature, quelles doivent être les dimensions d’un tel ou tel organe, pour produire telle ou telle force?

Après avoir traité du sens des couleurs, du sens de la musique, du sens des arts, etc. , il me paraît superflu de faire remarquer fort au long, combien sont dans l’erreur ceux qui disent de la sensation de la vue, qu’elle devient pour l’homme la source d’idées sublimes, et de plusieurs arts libéraux, tels que la peinture, la sculpture, l’architecture, la mimique ou pantomime, etc. (i), et qui attribuent au loucher notre supériorité sur les brutes.

(i) Dictionnaire des Sciences médicales, T. XXI, p. 206.

nu cervf.au.

Facilites intellectuelles et qualités morales dont la plupart distinguent essentiellement l’ espèce humaine d'avec toutes les autres espèces d'animaux.

Les instincts, les penchans , les talens ouïes qualités morales et les facultés intellectuelles que j’ai traités jusqu’ici, se retrouvent toutes, au moins clans leurs rudimens, chez les animaux. Mais il n’y a que l’homme qui les réunisse toutes, quoique aucune ne soit exclusivement sa propriété. Tous les organes de ces facultés sont, comme je 1 ai démontré, placés dans les parties inférieures-antérieures, et inférieures-antérieures-late'rales du cerveau , et quelqu’élevés , relativement à l’étendue de leurs fonctions , qu’ils soient au-dessus de ceux des animaux, quelque merveilleux que soient leurs résultats, on ne peut encore les signaler que sous la dénomination d’organes de facultés intellectuelles inférieures, que l’homme partage avec un grand nombre de brutes.

Mes lecteurs, après avoir vu l’homme si longtemps associé aux animaux, seront enlin impatiens de savoir quelles sont donc les qualités morales et les facultés intellectuelles qui donnent a l’homme son immense supériorité sur les ani-

S U lî LES F O N C T IONS

maux; quelles sont les qualités elles facultés qui constituent le caractère essentiel, distinctif de l’humanité ?

Rien de si facile que la réponse à cette importante question pour ceux qui aiment encore à croire que les animaux ne sont que des machines , des automates , privés de tout sentiment, de toute conscience , de tout principe moral et intellectuel. Dans cette supposition , l'homme seul est muni d’une substance immatérielle douée de volonté et de raison. C’est l’âme qui donne exclusivement à l’homme le caractère de l’humanité. Toute recherche ultérieure est interdite , et tendrait à ravaler la dignité de notre espèce.

On tranche la difficulté de la meme manière , lorsqu’on veut bien accorder aux brutes de la conscience, des penchans, de la mémoire, du jugement, etc.; mais qu’on prétend que toutes leurs qualités et toutes leurs facultés sont ou des forces matérielles, ou le résultat d’un principe occulte, d’un principe vital, indépendant de l'organisme, suppléant de l’âme, tandis que les mêmes forces chez l’homme émanent d’une substance spirituelle, également indépendante dans l'exercice de ses forces, de l’organisation.

Ceux , au contraire , qui scrutent les choses à fond , et qui désirent opposer la vérité à l’erreur et à la superstition, trouvent le problème sur le

Dl) CEI! VEAU.

caractère distinctif rie l'homme entouré de plus •r rail des ditïicul tés. Plus ou a suivi les animaux

dans l’exercice de leurs instincts, de leurs penciians et de leurs facultés , plus l’embarras de déterminer les bornes de leur intelligence augmenle. Combien de lois l’étonnante perfectibilité et les actes muets du chien , de l’éléphant, de l’orang-outang , ne présentent-ils pas les images les plus illusoires de l’intelligence et delà moralité de l’homme! Plusieurs naturalistes philosophes n'ont pas craint de soutenir que l’espèce humaine ne diffère des autres espèces d’animaux, que par sa capacité de connaître et d’adorer un Dieu.

Pour arrêter une opinion raisonnable dans celte incertitude, et pour ne pas m’engager dans la recherche des premiers principes, ou dans des questions insolubles, obstacle éternel à toute découverte positive, je me borne encore aux conditions matérielles, ayant recours à l’anatomie et à la physiologie comparées du cerveau. Nous avons déjà vu combien le cerveau de l’homme est plus volumineux dans sa partie aillérieure-inférieure que celui des animaux; nous avons vu aussi combien les fonctions de ces parties cérébrales sont plus étendues et plus parfaites dans l’homme, que ne le sont les fonctions de

la mémo région cérébrale chez les brutes. Que

IÇ)4

Ton compare maintenant la partie antérieure-su» perieure du front de l’homme avec les tètes' des animaux. Tandis que les parties antérieures-inférieures du cerveau ne pèchent chez les animaux que parle défaut d’un développement favorable, les parties antérieures-supérieuresleur manquent tout-à-fait. Chez l’homme , le front s’élève à une hauteur beaucoup plus considérable que chez aucun des animaux les plus parfaits. En outre , Les parties cérébrales de cette région , ainsi que le front , avancent plus ou moins au-delà des orbites. Quel avis frappant pour ceux qui sont convaincus du rapport intime qui existe entre le physique et le moral, entre l’organisation cérébrale et ses fonctions les plus nobles !

C’est cette région du cerveau que nous allons analyser; c’est là où nous découvrirons la cause matérielle du caractère distinctif de l’espèce humaine. Après avoir étudié, l’un après Tautre, chacun des fragmens dont l’ensemble du caractère moral et intellectuel de l’homme se compose; après avoir démontré matériellement que chaque nouvelle force morale ou intellectuelle est constamment et nécessairement accompagnée d’une nouvelle partie cérébrale propre à l’homme seul , nous pourrons dire avec la satisfaction de la plus haute probabilité : voici la barrière entre l’homme et l’animal; voici où l’animalité limt, et

ig5

où l’humanité commence ! Et j’aurai prouvé que la méthode la plus féconde et la plus sûre d’étudier l’homme, est l’étude successive des organes du cerveau. i

Nous avons dit ailleurs que l’os frontal se divise en sa partie antérieure, en sa partie supérieure et en ses parties latérales. Les organes placés dans la partie antérieure-inférieure , et antérieure-inférieure-latérale, ont été exposés dans la section première. Il nous reste à examiner quels sont les organes placés dans la partie antérieure-supérieure, et antérieure-supérieurelatérale de l’os frontal. Je commence par l’examen de celui qui occupe la ligne médiane, et auquel, par conséquent, la nature paraît avoir attaché le plus d’importance.

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