‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 29 sur 54 · SUR LES F O N C T I O N S · texte numérisé non relu

SUR LES F O N C T I O N S

ne pouvait s’en empêcher, en songeant à la grimace que faisait ce fondeur de cuillers à qui il avait verse' de l’étain fondu dans la Louche. Gabrino-Fundulo, fameux par ses perfidies et ses cruautés, condamné à avoir la tête tranchée, dit fièrement au confesseur qui l’exhorta vainement à se repentir de ses crimes : « Qu’il n’avait qu’un regret en mourant ; c’était de n’avoir pas précipité du haut de la tour de Crémone , le pape Jean XXIII et l’empereur Sigismond, lorsqu’ils avaient eu la curiosité d’y monter avec lui. » Lisez la biographie des tyrans qui ont désolé la terre, et voyez si un seul d’entre eux a renoncé au crime avant que la vengeance publique ou la mort ne l’aient retranché lui-même de la société.

L’étude psychologique des grands scélérats prouve donc qu’ils sont inaccessibles au repentir ou aux remords. « Pourquoi, dit le cardinal l'olignac, des hommes très vicieux, pour qui le crime a des délices, et qui ne se croient pas criminels, se repentiraient-ils ?

En dernière analyse, il est constant que, dans beaucoup de cas, le sens moral ne nous éclaire point sur là moralité ou l’immoralité d’une action; qu’il nous fait souvent illusion sur les objets sur lesquels il devrait s’exercer; qu’actif dans toute son énergie, ou gradué jusqu’à la

houle, à la bienveillance, à la sensibilité, il nous grossit souvent un mal qui n’existe pas même et trouble le repos de notre âme par des scrupules minutieux et des remords injustes ; que dans les individus où son organe n’a reçu qu’un développement faible, et où au contraire de funestes pencbans sont très impérieux, il se tait, reste mort, ne produit pas même un simulacre de son existence. Quelle leçon le moraliste, l’instituteur et le législateur doivent-ils nécessairement retirer de ces observations ? 11 s’ensuit qu’il faut dissiper les illusions du sens moral trop exalté, rectifier ses égarcmens, et remplacer sou absence par la création cV une conscience arlijicielle ; c’est-à-dire qu’il faut mettre en vigueur tous les moyens pour éclairer les hommes sur ce qui est véritablement bon ou mauvais, sur ce qui est juste ou injuste, sur ce qu’il est commandé ou défendu de faire. C’est ici que la maxime: l’ignorance est la source de tout le mal, trouve son entière application. L’homme, instruit de l’influence de certaines actions sur son propre bien et sur celui de la société, familiarisé avec le mal qui le menace lui-même, et avec celui qu’il cause à ses semblables, ne sera plus la victime que des remords justes j et là où ses pencbans sont opposés aux principes d’une morale épurée, il trouvera dans ceux-ci un guide sur, un régu-

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lateur de ses actions; car il n’y a personne qui ne se croye obligé de faire le bien et d’éviter le mal : seul but et principe du sens moral inhérent à notre nature.

Dois -je encore faire observer que la conscience artificielle devient d’autant plus indispensable, qu’un individu est plus disposé à faire le mal, et que c’est contre les dispositions mauvaises en particulier que tous les efforts de l’instruction morale doivent être dirigés?

Il suit de tout ce que je viens de dire sur la conscience, qu’elle ne peut nullement être considérée comme qualité fondamentale; qu’elle n’est réellement qu’une affection du sens moral ou de la bienveillance, et que par conséquent aucun organe particulier ne peut lui être affecté.

Siège et apparence extérieure de V organe de la bienveillance.

Nous avons vu les organes qui sont placés sous la partie anlérieure-inférieure, et antérieure-supérieure de l’os frontal. Nous arrivons a présent aux organes qui ont leur siège sous la partie supérieure de l’os frontal. Cette partie supérieure de l’os frontal se divise encore, sous

le rapport de l’organologie, en sa partie supérieure-antérieure, et en sa partie supérieurepostérieure. Ces deux parties sont couvertes de cheveux pour peu que le sujet soit chevelu.

Contre chacune de ces deux moitiés , se rencontrent, dans la ligne médiane, des parties cérébrales jumelles des deux hémisphères, et ces parties, lorsqu’elles sont très développées, forment une protubérance allongée dans la partie antérieure, et une protubérance semblable dans la partie postérieure. Si, au contraire, les organes placés sous celte région ne sont que très médiocrement développés, au lieu de s’élever, soit dans sa moitié antérieure , soit dans sa moitié postérieure, elle reste aplatie jusqu’au sommet de la tète, où elle rencontre les bords anlérieurssupérieurs des deux pariétaux, PI. LIY , lig. 2.

Or, j' ai trouvé que toutes les personnes éminemment bienveillantes, toutes celles qui se distinguent par une très grande philanthropie, ont la partie supérieurc-an té rieure-rn o y en n e d u fr on l, ou la partie moyenne de la partie supérieureantérieure de l’os frontal, proéminente en une protubérance allongée, et que par conséquent la partie cérébrale xiv , PI. IX, PI. XI, PI. XII, est 1 organe dont l’action énergique consli-

tue la boute, la bienveillance, le caractère doux.

Depuis que j’ai découvert cet organe, il ne s’est pas passé de jour où je n’aie trouvé des confirmations, soit positives , soit négatives de cette vérité.

Tôt ou lard, et quelquefois dans les occasions les moins importantes , on découvrira dans les personnes chez lesquelles ces parties cérébrales n’ont acquis qu’un très faible développement, de la méchanceté, un caractère haineux, vindicatif, dur et ingrat, et un esprit médisant. Que l’on admette qu’il en est ainsi, parce que dans ce cas il n’existe pas d’organe dont l’activité tienne la balance à celle des autres organes , et que de cette manière l’égoïsme devient prédominant , ou que bon imagine que le faible développement de cette partie cérébrale emporte en lui même ces dispositions haineuses; toujours est-il certain que des personnes ainsi organisées, lorsque des motifs d’un ordre relevé ne viennent point à leur secours, ne seront jamais capables d’une bienveillance durable. Ce que j’ai dit plus haut des qualités négatives, est encore applicable ici. Tout comme l’appétit peut dégénérer en dégoût pour les alimens, le penchant à l’amour physique en antipathie pour le sexe, le sens des tons

en aversion pour la musique ; de meme la bienveillance, la bonté, doivent pouvoir dégénérer en méchanceté» en penchant à se réjouir du mal qui arrive aux autres.

Que l’on compare maintenant tous les personnages, anciens et modernes, qui se sont distingués soit par leur caractère bienveillant , soit pai la dureté et la méchanceté, et l’on trouvera entre elles une différence marquée dans la conformation de la partie supérieure - anterieuremoyenne du frontal. Je me contente de citci un petit nombre d’exemples.

Que l’on compare Tibère, Caligula , Caracalla, Néron, Catherine de Medicis, le Néron du Nord, Christian le cruel, parjure et perfide; Danton, PL LXIX , fig. 3; Robespierre, fig. 4 > avec Trajan, Marc-Aurele, Anlonin le Pieux, PL XCIII, fig. i (1); St. Vincent de Paule, PL XC1II, fig. 2 (2), Henri IV, L’Hôpital, Camille-

(1) Adrien disait : « Je sais qu’Antonin est, de tous ceux que je connais , celui qui désire le moins l’empire ; mais je sais aussi qu’il en est plus digne que personne. i> Aussi a-t-il la partie supérieure de la tète très haute , les organes de l’ambition et de l’orgueil, au contraire , très peu développés.

(2) St. Vincent de Paule, fondateur des établissemen s pour les enfatis trouvés , des filles île la Charité , po ur

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SM LES FONCTIONS

des-Moulios, Jean-Baptiste Cloots, madame de Geoflrin, Dupont de Nemours (i). Qu’on observe, en général, tous les philanthropes, tous les hommes d’un caractère bienveillant, et qui sont entraînés, sans qu’ils y pensent, à la bienfaisance, à la confiance, à la loyauté, à la cordialité ; et qu’on compare ces hommes avec les médians , les vindicatifs, les perfides, avec ceux qui méditent et cherchent partout la fraude, la

le service des pauvres malades; et à qui les hôpitaux de Bicêtre , de la Salpétrière , de la Pitié; ceux de Marseille pour les forçais, du St. -Nom de Jésus pour les vieillards , doivent la plus grande partie de ce qu’ils sont devenus.

(i) Je cite un seul passage de ce philosophe bienveillant naturaliste. Eu parlant des hirondelles de fenêtre , il dit : « Et quand un des époux meurt. , il est rare que l’autre ne le suive pas en peu de jours. Le doux caquetage est cessé ; plus de chasse, plus de travail. Un sombre repos, un morne silence , sont les signes de la douleur à laquelle le survivant succombe.

» J’en avertis les jeunes gens , d’ailleurs bons et honnêtes , qui s’amusent, quelquefois à leur tirer des coups, de fusil , parce qu’elles sont difficiles à toucher. Mes amis , tirez des noix en l’air, cela est plus difficile encore, et respectez ces aimables oiseaux. Songez que chaque coup qui porte tue deux hirondelles; la dernière par un supplice affreux. »

nu CERVEAU.

cabale , la ruine des autres , etc., cl bientôt l'on sera force d’avouer que la bienveillance est une qualité fondamentale, indépendante de toutes les autres, cl que son organe est placé dans la ligne médiane de la partie supérieure-antérieure de l’os frontal.

Tous les crânes de Caraïbes, PI. LXXIV, %• i et fig. 2 , que j’ai eu occasion de voir, ainsi que les crânes d’une tribu de Nègres des îles Caraïbes qui se distingue par sa cruauté, sont déprimés dans la région indiquée.

Suivant que cet organe co-existe avec d’autres organes également très développés, il doit résulter différentes modifications de ces combinaisons diverses. Le voleur , doué de bienveillance, donne aux pauvres une partie du fruit de ses vols. C’est ainsique St. François de Sales trompa au jeu pour venir au secours des indigens. Le voluptueux partage sa fortune avec des femmes qui se trouvent dans l’abandon • le dévot fait de bonnes œuvres pour l’amour de Dieu.

Comme cet organe est commun à l’homme et aux brutes, l’on pourrait demander pourquoi dans 1 homme il n’est pas placé immédiatement à la suite des autres organes qui lui sont communs avec les autres espèces animales? Pourquoi

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chez lui il est, placé au-dessus des organes des facultés intellectuelles ?

Cette exception, dans l’arrangement des organes , peut servir de preuve au lecteur que je ne me suis point laissé entraîner par le raisonnement, mais que j'ai pris les faits pour mon guide unique. En y réfléchissant, l’on trouve que la nature peut avoir eu de très sages raisons pour placer ainsi l’organe de la bonté. Peut-être la nature se proposait-elle un but très relevé en combinant l’action de l’organe de la bonté, de la bienveillance, de la générosité, de l’amour du prochain , du sens moral avec celle des organes des facultés intellectuelles. L’Auteur de tout ce qui existe n’ignorait pas que les jugemens et les actions de l’homme sont déterminés bien plutôt par ses sentimens et par ses penchans que par son jugement. C’est encore apparemment par une raison analogue que l’organe du sens moral, du sentiment du juste et de l’injuste est immédiatement suivi de l’organe qui porte l’homme à l’adoration d’un Être suprême.

U U CEKVËiUJ,

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De l action de V organe de la bienveillance dans

la manie.

Cet organe joue, plus souvent qu’on ne pense, son rôle particulier dans la manie, tant chez les aliènes qui se livrent à toutes sortes de malices et de méchancetés, que chez ceux qui veulent combler de bien tout le monde.

Un hussard, qui avait toujours manifesté une grande bonté de caractère, devint aliéné. Il ne souffrit plus sur lui le moindre vêtement, mais il donnait tout; il ne cessait de dire qu'il voulait rendre tout le monde heureux; et dans tous ses projets de bienfaisance, il mêlait la Sainte- Trinité. Son crâne prouve qu’il avait l’organe de la bonté et celui de la dévotion l’un et l’autre extrêmement développés.

Quand j’ai prouvé la pluralité des organes du cerveau et l’indépendance naturelle des qualités morales ou des facultés intellectuelles, j’ai cité plusieurs cas où , à coté d’une aliénation ou d’une imbécillité complète à l’égard de toutes les autres facultés, certains penchans ou talens se manifestaient avec une grande énergie, tels que le désir vénérien , la ruse, le penchant au vol , le talent d’imitation, une mémoire verbale extraordinaire, etc.; d’autres accablent tout le

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monde de démonstrations d’attachement et de bienveillance; d’antres, au contraire, sont de véritables démons de méchanceté et de malfaisance, qui cassent et déchirent tout ce qui tombe entre leurs mains; qui maltraitent et tourmentent les hommes et les animaux, et tirent vengeance des moindres sujets. M. Spurzheim cite deux faits pareils mentionnés par M. Harlam. « W. H. Y..., garçon âgé de près de sept ans, fut reçu à l’hôpital le 8 juin 1799. La mère, qui vint souvent le voir , raconta qu’un mois avant d’ètre délivrée de cet enfant , elle a eu une forte frayeur. Immédiatement après la naissance, l’enfant fut sujet à des agitations , et la moindre indisposition lui causait des convulsions. A l’âge d’un an , il paraissait plus vif, et dormait moins que les autres enfans. Quand il eut deux ans, la mère s’aperçut qu’on ne pouvait pas le maîtriser malgré de fréquentes corrections.

» Toutes ses facultés physiques et intellectuelles se développaient lentement. A quinze mois les dents n’avaient pas encore poussé; à l'age de deux ans et demi, il ne marchait pas encore seul; à quatre ans seulement il commençait à parler. En entrant à l’hôpital , au moment où il quitta sa mère, il versa quelques larmes , mais son chagrin fut île courte durée- On le plaça près des femmes; la nouveauté de sa situation

duf>

parut lui être agréable ; chaque objet excitait sa curiosité, sans fixer son attention ; constamment dans une agitation turbulente, il parcourait on courant tous les appartenions de la maison. Sa manière de se comporter avec les autres malades avait quelque chose de brusque et d’insolent • tantôt il leur donnait des coups de pied , tantôt il leur faisait mille grunacesou leur crachait au visage. Dès que la garde paraissait, il cessaitses méchancetés, et il lui promettait d’être plus tranquille. En vain on tenta plusieurs fois de lui faire connaître l’importance de la vérité, ou n’a jamais pu lui faire avouer les fautes qu’il avait commises; il se lirait toujours d’affaire avec quelque mensonge. En très peu de temps il acquit une habileté extrême dans l’art de contrefaire; il s’exercait à singer les malades dans leurs accès de folie, et particulièrement ceux qui étaient renfermés, parce qu’il pouvait le faire impunément.

» Dans l'espace de trois mois il fit des progrès dans ses connaissances ; mais il emprunta son langage de tous ceux qui juraient ou faisaient usage d’expressions obscènes. Ce fut en vain qu’on entreprit plusieurs fois de lui enseigner l’alphabet. Les leçons lui déplaisaient constamment, et rien ne pouvait le stimuler, soit qu’on employât

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la douceur , soit qu’on lit usage de la violence; son attention ne pouvait se fixer long-temps sur le meme objet, quoiqu’il put apprendre et retenir le nom de caractères arbitraires.

» A l’âge de treize ans, il avait bien grandi, et jouissait d’une bonne santé. Il reconnut de suite M. Haslam , et lui répétait les mots : Ecole , Moorfields, mauvaise médecine. A cette époque il avait fait comparativement de grands progrès dans la langue. Il connaissait le nom des choses ordinaires, et pouvait prononcer et indiquer exactement le nom de la rue et le numéro de la maison qu’il habitait. Ayant contrarié l’habitude à l’hôpital de se servir pour ses besoins naturels d’un vase , il la conserva opiniâtrement. Sa malpropreté dégoûtante s’étendait jusqu’à salir de toutes sortes d’ordures son propre logement. C’était toujours avec un plaisir extrême qu’il voyait les autres enfans se livrer dans leurs jeux à quelques excès. Incapable de se lier à eux, il ne prenait aucune part à leurs récréations. Lorsqu’il était calme et dans son état naturel, il paraissait aimer tendrement sa mère; souvent meme on le vit la caresser ; mais dans ses accès de folie, son cœur était fermé à la crainte et à la tendresse. Deux Ibis il lui lança un couteau. Tout objet brillant fixait son attention , mais plus particulièrement l’aspect des

soldats et la musique guerrière, dont il savait si bien retenir les tons , qu’il les sifflait avec beaucoup de justesse. Ses phrases étaient courtes, et il n’employait jamais de particules pour les lier ensemble; il parlait toujours de soi-même à la troisième personne, et ne faisait jamais usage de pronoms. Son attention n’était jamais réveillée que par de fortes intonations ou des causes frappantes : aux choses ordinaires il était impassible. »

« Au mois de juillet i8o3, je fus consulté pour un garçon de dix ans, que l’on avait envoyé ici accompagné d’un jeune homme de mœurs douces, chargé de sa surveillance. Les parens de l’enfant ne se rappelaient pas qu’aucun membre de leur famille eut jamais éprouvé aucune affection mentale. Cet enfant devint à l’àge de deux ans si méchant et si intraitable , qu’ils furent obligés de l’éloigner de la maison paternelle, et l’envoyèrent chez sa tante. Là on satisfit tous ses désirs, mais il ne se corrigea point, et il était devenu à sa neuvième année un enfant entêté et capricieux, le fléau de sa famille. A cette époque on le mit, d’après l’avis d’un médecin, sous la surveillance d’un étranger, et on adopta un système différent de traitement. On recommanda à son surveillant de le corriger

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à chaque faute qu’il ferait. Il refusait alors de s’habiller où de se déshabiller quoiqu’il eu fût capable. Si ses mains étaient libres, il déchirait ses habits, cassait tout ce qui l’environnait, ou ce qu’il pouvait atteindre ; souvent même il refusait de prendre toute espèce de nourriture. Constamment, en opposition avec les avis qu’on lui donnait, il ne répondait que par caprices aux questions qui lui étaient adressées. Pendant plusieurs moisson surveillant le traita comme on en était convenu, peut-être même ne déployal il pas toute la sévérité qui lui avait été recommandée; car il est à présumer qu’après quelques flagellations , la voix de l’humanité l’emporta sur l’ordonnance du médecin. Quand l’enfant devint le sujet de mes observations, il jouissait d’une bonne santé, et sa tctc était bien conformée. Plusieurs anatomistes distingués auxquels il fut présenté partagèrent cette opinion. Sa langue, quoique excessivement épaisse, n’empêchait pas qu’il n’articulât les mots très distinctement. Sa physionomie décélait ouvertement la folie; il était d’une petite taille, mais vigoureusement constitué; sa peau douce et claire était dépourvue de sensibilité. Il supportait le fouet et la canne, en affectant moins de douleur que les autres enfans. Son pouls était naturel et son ventre régulier. Il avait bon appétit sans vora-

n U C. E K V EAU.

cite. On pouvait le priver de nourriture pendant tort long-lexns sans qu’il s’eu plaignît. Il paraissait avoir besoin d’un long sommeil.

» A-peu-près insensible au plaisir, il pouvait néanmoins rendre un compte assez exact de ce ij ni lui avait été agréable. Comme il ne pouvait apporter à aucun objet une attention soutenue , et que sou attention ne pouvait être excitée que par des impressions vives et profondés, on suppose bien qu’on ne lui avait pas enseigné les lettres de l’alphabet, et encore moins l’art de les copier. Plusieurs fois on essaya de l’envoyer a l’école, mais il ne lit jamais concevoir aucune espérance aux maîtres à qui il avait été confié, bien qu’ils fussent connus par leur patience et la rigidité de leur discipline. On peut donc en inférer qu’il avait profité sous la verge des écoles de tout le bien qui aurait pu résulter pour lui des privations de toute espèce et des corrections les plus sévères.

» A notre première entrevue il trouva le moyen, dans l'espace de trois ou quatre minutes, de briser un carreau et de déchirer le jabot de ma chemise. Ennemi juré de tous vases lragdes, il brisait tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Lors de ses promenades dans la rue, son surveillant avait la précaution de se mettre du côté du mur, car s’il sc trouvait à portée des

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fenêtres, il en brisait les vitres, toutefois si adroitement cju'il ne se blessait jamais. Ce n’êtait pas sans éprouver une joie extrême qu’il déchirait les dentelles et les tissus les plus élégans de la todette des femmes; enfin il ne sortait presque jamais sans mettre à profit quelque occasion de satisfaire ses goûts destructeurs.

» Incapable de s’attacher à aucun animal faible, loin d’avoir pour aucun d’eux l'amitié que d’ordinaire les enfans leur prodiguent , il les traitait avec férocité. Oppresseur de tout être faible, il évitait ceux dont il redoutait la force. S’étant convaincu de la supériorité qu’il avait sur son chat, il lui arrachait les moustaches avec une barbarie inconcevable toutes les fois que l’animal confiant s’approchait de lui, et pour rendre ici ses propres expressions, il disait; «il faut que je lui arrache la barbe. » Quand il l’avait ainsi martyrisé, il le jetait dans le feu ou le lançait par la fenêtre. Un petit chien s’approchait-il de lui, il le chassait à coups de pied; s’il arrivait qu’il fût gros, il ne le regardait pas. Les jeux de l’enfance étaient pour lui sans attraits; aussi n’y prenait-il jamais aucune part. Ignorant les liens de l’amitié, il traitait avec la même dureté, sans distinction de sexe, tous les enfans; et il aurait mordu ou frappé une fille comme uu garçon. Insensible aux marques d’intérêt qu on

üü CERVEAÜ.

lui manifestait, lui donnait-on un fruit, une orange, il les recevait comme une faveur pour les jeter au visage de celui dont il les avait reçus.

» Il paraissait doué d’une sorte d’attachemcut pour l’homme préposé à sa garde. Il sortait de l’appartement ou feignait de vouloir en sortir ; il poussait des cris en disant : « Que deviendrai-je s’il me quitte! Je Vaitne parce qu il porte la canne qui me rend bon sujet. » Peu rassuré malgré ces protestations , son précepteur manifesta souvent l’intention de lui cesser sa surveillance lorsqu’il serait plus âgé, persuadé qu’il était c[u’il le tuerait quand il en trouverait le moyen ou l’occasion.

» On le vit souvent, sensible à sa maladie, exprimer le désir de mourir. « Dieu, disait-il, ne l’avait pas fait comme les autres enfans. » Si on l’irritait, il manifestait alors le désir de se suicider. Conduit un jour à l’hospice de Bethlem , comme on lui montrait un fou plus turbulent que les autres et plus étroitement enfermé, on lui entendit dire avec ravissement : « V oici un endroit qui me conviendrait à merveille. » Nous omettrons une infinité d’autres détails pour lesquels nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de J\J. Haslam. »

Ces faits, véritablement curieux, qu’on ne

peut expliquer d'après les principes ordinaires de la philosophie, peuvent l'être par notre Physiologie du Cerveau. En effet,, quelques idiots sont doux et d’autres médians, et c’est une règle commune à tous les êtres en général; chez les idiots, quelques-unes de leurs facultés sont susceptibles de se développer avec une rapidité extraordinaire, tandis que quelques autres, au contraire, peuvent être pour ainsi dire anéanties; et comme l’attention est le résultat de l’activité des facultés , il est possible que cette attention se développe sous quelques rapports, et reste engourdie sous plusieurs autres. Le second enfant dont parle M. Haslam dirigeait son attention vers tous les objets qui pouvaient satisfaire à son penchant destructeur, et demeurait insensible lorsqu’il s’agissait des douceurs de l'amitié ou de compatir aux souffrances des autres créatures. Les idiots méchans ne sont pas extrêmement rares, car le docteur Hallaran par le aussi de plusieurs enfans idiots qu’on lui assure avoir eu ce penchant dès leur naissance , et qui soumis depuis à ses observations, ont continué de donner des marques non équivoques de folie.

Les fonctions automatiques des idiots complels et incomplets de naissance sont souvent sans énergie, et s’opèrent avec plus ou moins de souffrance, surtout pour ce qui a rapport

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