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poil’, et lui luisaient chercher les moyens de se détruire, comme de s'empoisonner ou de se précipiter du haut d’une fenêtre. Elle avait recours, dans ses perplexités extrêmes, à un confesseur compatissant et éclairé, qui cherchait à relever son courage, et qui lui répétait souvent avec douceur qu’elle devait s’attacher à Dieu pour retrou ver la paix du cœur. « Mais je me sens , répliquait celte fille avec naïveté , plutôt portée vers les créatures que vers le Créateur , et c’esllà précisément ce qui fait mon supplice. » Le bon prêtre persévérait , lui tenait des propos consolans, et l’engageait a attendre avec résignation le triomphe de la grâce , à l’exemple de plusieurs samts et même d’un grand apôtre. C’est ainsi que loin d’inspirer des craintes sur l’avenir, il cherchait à ramener le calme dans cette âme agitée, et à lui opposer le meilleur remède aux grandes passions , la patience et le temps ; mais les inquiétudes et les veilles prolongées finirent par produire une aliénation qui fut traitée à la Salpétrière suivant les mêmes principes moraux, et qui fut de peu de durée (i). »
Il n’cst pas rare du tout que l’organe de la dévotion et celui de l’amour physique se trouvent
( i ) 1 bidem , ji . 2-ocl 271.
nu C !■'. K V F. A. U .
lésés à-la-fois, et voilà pourquoi les cas de manie mêlée de manie erotique et de manie religieuse sont si frëquens.
La manie religieuse peut devenir extrêmement funeste lorsqu’il s’y joint encore le penchant au meurtre.
J’ai vu un homme chez lequel l’instinct du meurtre et celui de la dévotion étaient, l’un et l’autre, extrêmement développés,- il avait déjà eu deux violens accès de manie, dans lesquels il menaçait d’égorger tous ceux qui ne professaient pas la religion catholique , quoique lui-même fût protestant.
Quelquefois le penchant au suicide vient se joindre à la manie religieuse. Un homme, de Weil en Souabe, fortement constitué , avait été très religieux dès son enfance; depuis quelques années il se livrait de plus en plus au fanatisme religieux , et finit par éprouver des angoisses terribles. L’idée le poursuivait qu’il ne pourrait pas être sauvé, parce qu’il était possédé du diable. Quelque résistance qu’il opposât aux idées funestes qui l’obsédaient , il succomba enfin au penchant pour le suicide ; la première tentative qu il fit pour se détruire fut infructueuse , mais il finit par se couper le cou. Cet homme était raisonnable sous tout autre rapport: en examinant
SUR LUS FONCTIONS
vS;t tète , je trouvai l’organe de la dévotion et celui de la circonspection extrêmement développés.
Un hussard, dont j'ai parlé à l'occasion de la bienveillance , qui avait toujours été d’un caraclèretrès bon et très compatissant, tomba dans la manie. Dans cet état, il témoignait le désir de faire le bonheur de tout le genre humain, et dans tout ce qu’il disait et dans tout ce qu’il faisait, il prenait constamment à témoin la Sainte-Trinité.
Très fréquemment la lésion de l’organe de la dévotion est accompagnée de la lésion de l’organe de la hauteur. La femme d’un tailleur passait une partie de la journée dans les églises avec des enfans bien parés, traitait un mari fort complaisant avec le plus grand dédain, et finit par exiger de sa part de la servir à genoux , et tic voir en elle une âme privilégiée et comblée de grâces surnaturelles. Une autre femme bien née, et dont le mari était tombé dans l’infortune, crut trouver des consolations assurées, d’abord dans de longues méditations et des prières très ferventes, puis dans des ravissemens extatiques, où elle croyait s’élever jusqu'au sein de la divinité , et qui furent le prélude d'une aliénation décidée.
C’est de ces aliénés que M. Pmel dit : « On ne
Il U C E n V E A U.
peut se dissimuler certaines difficultés de dissiper cette sorte de prestige qui tient à une dévotion très exaltée ou au fanatisme. Comment ramener à des idées saines un aliéné bouffi d'orgueil, qui ne pense qu’à ses hautes destinées, qui se croit un être privilégié, un envoyé du Très- Haut, un prophète ou même une divinité ? Quels propos peuvent contre-balancer l’efTet des visions mystiques et des révélations sur la vérité desquelles l’aliéné s’indigne qu’on puisse former le moindre doute? (i) »
Il est donc démontré, par l’état de maladie, aussi bien que par l’état de santé, que le sentiment de l’existence d’un être supérieur et le penchant à un culte religieux, sont une qualité fondamentale de l’espèce humaine, et que, par conséquent, ils doivent être affectés à un organe cérébral particulier.
Ajoutons encore quelques preuves sur l’apparence extérieure de ce noble organe.
( i) Ibidem , p. 43 et 44-
Apparence extérieure de l’organe du sentiment.
de l’existence de Dieu , et du penchant à un
culte religieux . Continuation.
Que l’on considère les bustes et les portraits des hommes qui, dans tous les temps et dans toutes les sectes, ont ètè attachés avec le plus d’ardeur aux idées religieuses : l’on remarque dans tous l’organisation que j’ai indiquée dans l’historique de la découverte de cet organe. L’on trouve constamment chez eux que le grand développement des parties cérébrales xxvn, PI. VIII, PI. IX, PI. XI, PI. XII, fait bomber considérablement la partie postérieure moyenne de la moitié supérieure du frontal. Du grand nombre d’exemples qui sont connus , je ne citerai que les suivans : Constantin, PI. XCIV, fig. i; Antonin le Pieux, PI. XC11I, fig. i; Marc- Aurèle, Saint Jean Chrisostôme, Saint Ambroise, Saint Athanase, Saint Etienne Ier., roi de Hongrie, Pl. XCIV, fig. 2; Saint Bruno, Saint Bernard, Saint Dominique, Aubusson, Saint Ignace de Loyola, Pl.XCIII , fig. 6; Charron, Saint François de Sales, Pl. LXXX\ II, fig. 5; Gustave-Adolphe, Pl. XCIV, fig. 4» Charles Ier. d’Angleterre, Louis XIII, Pl. XCIV, fig. 5; Bourdaloue, Malebranche, Antoine Ar-
nu CERVEAU.
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naulcl, Benoît Joseph Labre, PI. XCIV, fig. 6; Joseph de Paris , PI. XCIV, fig. 7. Les philosophes et les naturalistes Newton, Montagne, PI. XCIV, fig. 9; Bonnet, Kleinjogg , Clarke, Lavater, Sailer , PI. XCIV, fig. 10. Les poètes Milton , PI. LXXXIV, fig. s t , et Klopstock. Le pieux artiste Philippe Champagne, PI. XCIV, fig. 3.
Cet organe est très remarquable sur la tète du prêtre qui donne la communion à Saint Jérome expirant, tableau du Dominiquain exposé dans la galerie du Muséum.
Le petit crâne, PI. L, est d’une femme très dévote, très superstitieuse, diseuse de bonne aventure à Vienne, qui, en même temps , entretenait deux vigoureux amans. Le crâne, PL XXX, est d’un ex-jésuite, excellent prédicateur, qui réunit l’organe de la dévotion avec celui de la perspicacité comparative. L’auteur de Y Indifférence en religion, l’abbé F. de La Mennais, PI. XCV, fig. 2. Faites accompagner un grand développement de l’organe de la dévotion do celui du sens des localités, et vous aurez le missionnaire Jacques-Léonard Perocheau , PI. XCV, fig. 3.
Combien toutes ces têtes élevées diffèrent de la tête aplatie du haut de l’athée Spinosa? PI. XCIV, fig. 8.
C’est à dessein que j’ai choisi des hommes dont les occupations et les devoirs variaient beaucoup» On voit qu’il suffit d’avoir la partie indiquée du cerveau très développée, pour se livrer aux sentimens religieux, quelles que soient d’ailleurs leurs habitudes.
On ne sera plus étonné à présent de rencontrer la même conformation dans les têtes du Christ de Rapliaëi. Dans ces mêmes têtes, les parties postérieures sont aplaties, par conséquent les organes des qualités communes à l’homme et aux animaux sont très peu actives. Les organes, au contraire, placés sous la ligne médiane de la partie antérieure-supérieure, supérieure-antérieure et supérieure-postérieure de l’os frontal sont très développés; d’où il résulte que ces têtes sont l’expression de la sagacité et de la pénétration, de la bienveillance et du sentiment de Dieu; enfin de la source de la plus pure morale.
Mais cette forme divine a-t-elle été inventée , ou peut-on présumer qu’elle soit la copie fidèle de l’original?
Il est possible que les artistes aient imité la forme des têtes des hommes les plus vertueux, les plus justes, les plus bienveillans , pour donner un caractère aux têtes du Christ qu’ils voulaient représenter. Dans ce cas , l’observation de
ccs artistes confirmerait la mienne. Cependant cette marche suppose ou un pressentiment de l’organologie, ou au moins trop de circonspection pour qu’elle me paraisse admissible.
Il est plus probable qu’au moins le type général de la forme de la tête du Christ nous ait été transmise. Saint Luc était peintre, et en cette qualité comment n’aurait-il pas voulu conserver les traits de son maître? Il est certain que cette forme de la tête du Christ est d’une très haute antiquité ; on la trouve dans les mosaïques, dans les tableaux les plus anciens. Les Gnostiques (i) du deuxième siècle possédaient des images de Jésus et de Saint Paul; ainsi ni Raphaël, ni aucun autre artiste plus ancien, n’ont inventé cette configuration admirable de la tête du Christ, PI. XCV, fig. i.
Lorsque la dévotion se rencontre dans des hommes doués d’ailleurs de qualités qui ne paraissent pas bien se comporter avec elle, ou qui lui sont même diamétralement opposées, on prele ordinairement à ces hommes de l’hypocrisie, ou au moins des intentions calculées pour un but quelconque. On a de la peine à croire que
(i) Ce mot signifie savant , illuminé, spirituel; les Gnostiques prétendaient être les seuls qui avaient la véritable connaissance du christianisme.
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c’était de bonne foi que Gustave - Adolphe , pi. xciv, %. 4, et Suwarow, la veille d’une bataille , aient exécuté eux-mêmes et ordonné à leurs armées les exercices religieux les plus sévères, les prières, les jeunes, etc., soit pour obtenir une absolution générale, soit pour remporter la victoire.
Gabrino Puenzifut généralement accusé d’être imposteur, hypocrite, et défaire servir la religion à ses desseins, en mettant en œuvre les révélations, les visions, pour autoriser son ambition et sa cruauté. L’inspection de son portrait, PI. XCIII, fig. 5, explique tous les contrastes de sa conduite.
Maintenant que l'on comprend comment les contradictions les plus révoltantes peuvent subsister dans le même individu, on ne sera plus étonné de voiries dévots Louis XI, PI. XC1V, fig. il, et Philippe II, Pl.XCIV, fi". 12, exercer tous les actes de cruauté, faire des aulo-dafé, et remplir de leurs propres mains les fonctions du bourreau. C’est encore l’organologie seule qui donne l’explication la plus raisonnable des horreurs de la sainte inquisition.
La vie du conquérant Cromwell est une énigme pour la plupart de ses biographes. Sa dévo- I ion fut-elle réelle? lut-elle un calcul de l’hypo-
orisie? Voici comment s’exprime M. Villemain en parlant de la mysticité de Cromwell (i) :
« Celte mysticité, pour ainsi dire officielle, employée par Cromwell dans les relations qu’il adresse au parlement , se trouve à la. meme époque dans les letLres privées. Faut-il, d apres ce lait, supposer, comme Voltaire, que Cromwell lut long- temps fanatique de bonne loi, et qu d devint hypocrite, à mesure que son esprit se raffina par les progrès de sa puissance? ou laut-il croire que Cromwell , ainsi que Mahomet , fit ses premières dupes dans sa famille, et commença par l’illusion des siens, le prestige qu’il voulait étendre autour de lui?
» Au reste, voici quelques-unes des lettres religieuses que Cromwell , déjà puissant et célèbre, écrivait aux personnes de sa famille. La première, datée de 16.46, est adressée a sa lille Bridges :
« Chère Fille,
» Votre soeur Gleypole est tourmentée par » quelques pensées inquiètes ( je me lie en la » miséricorde du Seigneur) ; elle voit sa propre » vanité et la disposition charnelle de son âme ;
(i) Histoire de Cromwell, vol. 1 , ;>. 4°4-
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» elle eu gémit et cherche celui qui doit la sa- » tisfaire. Chercher ainsi, c’est appartenir à la ») secte la plus heureuse, après celle qui trouve, « comme doit y parvenir tout chercheur hum- » ble et fidèle. Heureux chercheur ! heureux » trouveur ! qui a jamais goûte combien le Sei- » gneurest doux, sans éprouver quelques retours » d’amour-propre et de faiblesse? qui a jamais » goûté cette douceur de Dieu, et pourrait de- » venir moins zélé dans son désir, et moins » pressant pour obtenir la pleine jouissance du » Seigneur? Ma chère amie, poursuis toujours » le Seigneur; que ni ton mari, ni aucune chose » au monde ne refroidisse tes affections pour » Jésus-Christ. J’espère qu’il sera pour toi une « occasion de les exciter encore. Ce qu’il y a de » plus digne d’amour dans ton mari , c’est qu’il » porte en lui l’image de Jésus-Christ. Fixe là » tes yeux; voilà ce qu’il faut aimer avant tout, » et tout le reste pour cela, etc. »
Une autre lettre de Cromwell à sa femme présente le même caractère, et n’est pas moins curieuse :
« Ma très chère
» Cela me réjouit de savoir que ton âme » prospère, cl que le Seigneur augmente de
» plus en plusses faveurs pour loi : le grand bien » que loti âme peut désirer, c'est que le Seigneur » verse sur loi la lumière de sa protection , qui » vaut mieux que la vie, clc. »
» Je livre au lecteur ces lettres ascétiques , qui semblent plus dignes de madame Guyon que d’un conquérant : s’il ne veut pas y voir une habitude de langage el une intention de tromper, qui n’est puissante que lorsqu’elle est de tous les momens, on peut en conclure que Cromwell était de bonne foi. Indépendamment des diverses preuves que j'ai opposées à cette opinion , et du témoignage des ennemis de Cromwell qui, fanatique ou non, l’accusent tous d’hypocrisie, je puis citer l'autorité d’un témoin impartial et indifférent, l’ambassadeur de France, Debordcaux, écrivaità l’occasion du zèle que Cromwell montrait pour le protestantisme : « Les bruits » qu'on fait courir du général ne sont pas vrais : » il affecte bien une grande piété ; mais par une » particulière communication avec le Saint-Es- » prit ; il n’est pas si faible que de se laisser prendre par des flatteries. Je sais qu’il s’en est » moqué avec l’ambassadeur de Portugal. » ( Thwloes State Papers , vol. i , p. 206. )
M. Villemain dit, dans une note du livre 1 Ie. de son Histoire de Cromwell :
w On trouve dans une lettre écrite apres la
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mort de Cromwell, par un homme qui l’avait approché , quelques détails sur son caractère cl sur sa personne, utiles pour faire connaître ce qu’il était ou ce qu’il paraissait. Le trait le plus •curieux de cette peinture a pour objet celte facilité de s’attendrir, souvent remarquée dans la vie de Cromwell, et qui fait dire à Whilelocke dans scs Mémoires, que le protecteur était un homme très bon , espèce de sensibilité quelquefois toute physique , qui ne passe point jusqu’à l’àme, et qui s’accorde, dans certains hommes, avec la froide méditation des plus grandes cruautés. Voici les termes de cette lettre : « Le protecteur » était d’une constitution puissante et robuste ; » sa taille était au-dessous de six pieds (de deux » pouces, je crois), sa tête si forte que vous » auriez cru (pi elle renfermait un 7>aste trésor » de facultés intellectuelles ; son humeur exces- » sivement inflammable : mais ce feu tombait en » partie de lui-même, ou était bientôt appaise a par les qualités morales du protecteur. Il était, » par nature , compatissant pour les objets en » souffrance, même jusqu’à un degré de fai— » blesse ( even to an effeminate measurc.) Quoi- » que Dieu lui eût fait un cœur dans lequel il y » avait peu de place pour l’idée de la crainte, » excepté celle qu’il inspirait lui-même , cepen- » dant il poussait jusqu’à l’excès la tendresse
» pour ceux qui souffraient
» ii a vécu et il est mort dans une parfaite union » avec Dieu, comme l’ont observé des personnes » judicieuses qui étaient près de lui. » ( Phuvloes State Papers , v. I , p. 76G. )
En effet, la forme delà tète de cet homme extraordinaire, PI. XCV, fig. 4? prouve, d’une manière irrécusable, que sa dévotion aussi bien que ses autres qualités sont en harmonie avec son organisation. En général, je ne pense pas que les souverains , surtout lorsqu’ils sont puissans, fassent de grands frais pour paraître autres qu’ils ne sont réellement, et on ne manquera jamais de trouver l’explication de leurs contrastes les plus singuliers et de leur hypocrisie apparente , dans un concours particulier d’organes développés simultanément à un haut degré d’activité.
On voit combien il est essentiel que les artistes renoncent à leurs caprices de maniérer les portraits des hommes qu’ils veulent transmettre à la postérité, à laquelle ils procurent par une exacte ressemblance le moven de juger les véritables motifs de leurs actions.
Preuves de l’existence de Dieu, prises de l’Organologie.
Après tout ce que je viens de dire, on ne peut plus douter que l’espèce humaine ne soit douée d’un organe au moyen duquel elle reconnaît et adore un auteur de l’univers: c’est là la plus belle prérogative que l’homme possède sur les animaux. La seule créature moralement libre de la terre devait être l’homme : par conséquent l’homme seul devait être susceptible des motifs d’action d’un ordre élevé ; lui seul devait avoir la faculté de peser et d’apprécier des motifs moraux avant de se déterminer à des actes que ses penclians provoquent; pour lui seul le bien moral et le mal moral ont une existence ; et comme ses propres forces ne sont pas toujours suffisantes pour comprimer l’élan désordonné de ses désirs ; comme il trouve trop facilement le moyen d’éluder les lois delà société; etentîn comme il n existe pas de frein pour ceux que leur pouvoir ou même la convention sociale a mis hors de toute responsabilité, il était nécessaire que l’éternelle Providence plaçât une autre loi puissante dans l’homme lui-même; c’est un besoin pour le genre humain que chaque individu trouve et redoute en lui-même un censeur secret , un censeur qui
suppose un juge suprême auquel il est impossible de se soustraire. Appliquons l’organologie à ce sentiment inné, et emparons-nous en comme d’une preuve nouvelle de l’existence de Dieu.
Tous nos sens sont en rapport avec certains objets extérieurs: à quoi serviraient la bouche, le sens du goût, de l’ouïe , de l’odorat , de la vue , si dans le monde extérieur il n’existait point des corps tactiles, des molécules, des émanations , des vibrations et de la lumière, propres à faire naître les saveurs, les odeurs , les tons et la vision ? L’histoire naturelle des cinq sens serait donc incomplète , si l’on faisait abstraction des objets extérieurs et de faction réciproque des uns sur les autres.
De meme tous les penchans et toutes les facultés de l’homme et des animaux sont calculés sur des objets extérieurs avec lesquels la nature a établi un rapport immédiat. Le mâle et la femelle sont les objets de l’instinct de la propagation ; les petits et les enfans satisfont l’amour de la progéniture ; l’instinct de la propre défense combat les ennemis de sa conservation ; l’instinct carnassier rencontre partout des animaux pour en faire des victimes j l’impérieux trouve des individus et des nations à subjuguer ; les organes des localités, de la peinture, de la musique, des calculs,
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delà mécanique, s’exercent sur les lois et les rapports de l’espace, des couleurs, des tons, etc.
Ainsi tous ces penclians, toutes ces facultés et leurs organes seraient sans but, si les objets extérieurs sur lesquels ils opèrent n’avaient point d’existence. La nature se serait jouée de l'homme et des animaux, si, en leur donnant des instincts, des penclians et des facultés, elle leur avait refusé les objets extérieurs pour les satisfaire. Leur état serait, au premier moment de leur existence, un état de privation, de violence et de contradiction ; le second moment serait celui de leur mort. Il est donc certain que la nature n’a créé aucun sens, aucun organe, sans lui avoir préparé d’avance, dans le monde extérieur, l’objet de sa fonction.
Or, il est constant que dans tous les temps et partout sur la terre, l’organisation de l’homme l’a conduit à la connaissance d’un Être suprême; il est constant que , partout et dans tous les temps, l’homme sent sa dépendance d’une première puissance ; que toujours et partout il éprouve le besoin d’avoir recours à un Dieu, et
de lui rendre hommage Qui oserait penser
que ce seul sentiment, ce seul organe fût privé de son objet dans le monde extérieur ? Non, la nature ne peut pas à ce point abuser l’homme
nu C E R V E \ U. 3()<)
dans son interet le plus important! Il est un Dieu, parce qu’il existe un organe pour le connaître et pour l’adorer (i).